Date : lundi 3 décembre 2018

 

C'est lundi, le Bataclan affiche complet depuis de longues semaines, et ceux qui ont tardé à prendre leurs places se lamentent sur les réseaux sociaux, à croire qu'on va passer la meilleure soirée de toute l'année...

 

C'est un duo anglais de Crystal Palace qui entame la soirée, à 20h pétantes : John est, comme son nom le laisse deviner, composé de deux membres masculins prénommés John, l'un à la guitare, l'autre à la batterie et aux vociférations (ou au chant, suivant les avis), et va, pendant une petite demi-heure, nous proposé des morceaux qui vont globalement suivre la même logique : une intro plutôt intéressante, qui évoque plusieurs fois Blood Red Shoes, par exemple, mais après quelques secondes on comprend que les titres sont plus lourds et puissants qu'excitants et énergiques, et on retrouve donc plutôt l'influence d'un Royal Blood, si on veut en rester aux duos, soit un machin lourdingue, peu varié, et qui ne fait illusion qu'à de rares instants. On l'a dit, cela n'atteint pas les trente minutes, et c'est très bien comme ça !

 

C'est sans vraiment savoir à quoi m'attendre que j'avais pris ma place, il y a bien longtemps, et ce n'est que la veille du concert que j'ai écouté le dernier album d'Idles, un quintet anglais, lui aussi, mais de Bristol, et ce "Joy as an act of resistance" s'avère très excitant, évoquant parfois Protomartyr dans le chant, et on attend avec gourmandise le début du concert. Le groupe arrive membre par membre sur scène, le batteur, le bassiste, les deux guitaristes, puis le chanteur, sous les acclamations d'un public dont on va rapidement se rendre compte qu'il maîtrise l'intégralité des paroles, et réagira avec ferveur à tout ce qui se passera sur la scène, autant dire des aficionados impressionnants et acharnés. Visuellement, le groupe ne ressemble pas à grand chose, il n'y a pas de recherche d'unité, on se rapprocherait sur ce point pas mal d'une Fat White Family, le bassiste barbu fait métalleux, le batteur binoclard fait power-pop, le premier guitariste fait chevelu, le deuxième (mais le plus exubérant) fait acteur porno échappé de The Deuce avec sa moustache seventies, et le chanteur barbu m'évoque (ça ne me lâchera pas de la soirée, malheureusement) un mix entre Negan (The Walking Dead) et Michel Fugain version Big Bazar, la chemise fleurie y étant sans doute pour beaucoup. Très vite, on comprend qu'on ne retrouvera pas en live ce côté post-punk (il paraît que le chanteur déteste cette appellation) qui transpire de l'album, mais plutôt un mélange assez foutraque de pas mal de choses différentes, on citera The Fall ou Slaves (à petites doses) mais ce serait réducteur de s'arrêter à ces références, d'autant que les morceaux ne sont jamais linéaires, il y a tout le temps des changements de rythme, de mélodie, cela part un peu dans tous les sens, et c'est sans doute le côté le plus intéressant du groupe. Car il faut le dire, il ne faut pas longtemps pour réaliser que le chanteur va passer son temps à dédier chaque chanson, ici pour sa mère, là contre la dépression, ici pour (ou contre ?) les addictions, là pour les antifa, plus loin pour les féministes : on a vite le sentiment de voir un genre de Bono, plein de bons sentiments (il fera applaudir plusieurs fois la sécurité, vous vous rendez compte ??), avec un manque d'humour et de second degré évident (dès le second titre, il incite les spectateurs de la fosse à se respecter, on s'attend presque à le voir les bénir...), et si la tournée a été annoncée sous le thème de l'amour et de la compassion, on ne s'attendait pas à ce que cela soit du premier degré. Le bonhomme nous informe que Jason Williamson (Sleaford Mods) l'a traité de poseur (et on peut le comprendre !), mais qu'il lui pardonne, on a vraiment l'impression d'être devant un prédicateur, qui comme ses comparses rentre en transe lorsque la musique démarre, mais ne peut s'empêcher de tchatcher entre deux titres. Musicalement, on l'a dit, les morceaux sont furieux, variés, rageurs, mais là aussi on se rend compte que sur la durée on se lasse un peu, avant la fin de la première heure on se surprend à regarder ailleurs qu'en direction de la scène, même si les multiples passages du(des) guitariste(s) dans/sur la fosse ne nous échappent pas. La set-list est peu ou prou la même depuis le début de la tournée, le groupe est en roue libre, et si certains instants ne semblent pas forcément millimétrés, on sait que l'improvisation est limitée (la reprise de Mariah Carey fait partie de tous les concerts...). Autre exemple d'épisode sur lequel je mets en doute la sincérité (ou l'intérêt même) du groupe : sur un titre, le chanteur fait monter un couple sur scène, dont la fille est en fauteuil roulant, puis il repère un black en train de slammer et l'invite également, puis des filles, et ce qui semble naturel chez un Didier Wampas m'apparaît totalement calculé et plein d'une bienveillance dégoulinante. Bref, plus les minutes passent, et moins j'accroche au concert, et lorsque le chanteur quitte la scène, laissant les musiciens jouer du larsen pendant 5 minutes, je me retiens de ne pas quitter les lieux avant que les lumières ne soient rallumées. Alors tout cela aura duré plus d'1h40, les musiciens se seront sacrément dépensé, mais je me contenterai à l'avenir d'écouter les versions studio, cela m'évitera de ne pas apprécier autant que mes voisins de salle ce genre de prestations. Cerise sur le gâteau, si j'ose dire, le stand de merch', énormément achalandé, mais dont les tarifs (25€ le t-shirt) n'auront pas empêché la moitié de la salle de se rhabiller - on sent qu'on est en début de mois...

 

Set-list :

  1. Colossus
  2. Never Fight a Man With a Perm
  3. Mother
  4. Faith in the City
  5. I'm Scum
  6. Danny Nedelko
  7. Divide & Conquer
  8. 1049 Gotho
  9. Samaritans
  10. Television
  11. Great
  12. Love Song
  13. White Privilege
  14. Gram Rock
  15. Benzocaine
  16. Exeter
  17. Cry To Me
  18. Well Done
  19. All I Want for Christmas Is You
  20. Rottweiler

 

La suite, ce sera ce samedi, avec Pere Ubu (une valeur sûre) à Montreuil, et le lendemain on ne rajeunira pas (et on ne prendra pas beaucoup plus de risques) avec les Fleshtones au Supersonic.