Date : mercredi 11 juillet 2018

 

Il y a bien moins de monde que la veille dans les transports et vers la place de la Bastille en ce mercredi soir, on peut donc se diriger tranquillement vers le Supersonic, pour ce deuxième soir du festival Restons Sérieux.

 

Pour entamer la soirée, c'est le quatuor Keruda Panter qui est sur scène le premier, et on ressent les mêmes sentiments qu'il y a quatre ans à la Ferme Électrique : une musique "post wave / new punk" bougrement excitante, via un trio basse-guitare-claviers/boîtes super excitant, nous ramenant au rock français des eighties, dans sa partie la meilleure (tout n'était pas bon à l'époque...), mais que je trouve gâchée par un chanteur/leader/claviériste occasionnel dont le chant ne me sied guère, et dont l'attitude me dérange également, un mélange d'arrogance et de énième degré entre lesquels on ne voit pas la limite, et qui fait perdre pas mal d’intérêt au groupe. C'est dommage, même si on imagine que c'est totalement volontaire, mais on attend la suite en se contentant de prêter attention à la seule musique...

 

C'est un trio belge qui prend le relais, que l'on avait découvert un peu par hasard via Et mon cul c'est du tofu, dont l'album "St-Arnoult 3018" m'avait interpelé, autant dire que c'est l'occasion de découvrir en live ce que vaut Guili Guili Goulag, même si le groupe joue plutôt régulièrement en France. Un bassiste, un batteur/percussionniste qui n'hésite pas à émettre des cris gutturaux et des borborygmes, et une harpiste (harpe électrique) qui maltraite son instrument avec tout ce qui lui passe sous la main, mais qui frappe aussi de temps en temps une tôle ou d'autres objets incongrus, s'occupe d'un métallophone, chante "à travers" sa harpe (c'est compliqué à décrire), et gère aussi la boîte à bidouilles pour produire en sus des sons étranges, visuellement cela peut surprendre. Acoustiquement, on se laisse emmener dans une transe improbable, qui peut prendre des formes plus ou moins virulentes, on verra certains spectateurs porter les mains sur les oreilles, surpris de sentir leurs tympans agressés, c'est hautement hypnotique, et si cela va bien au-delà de ce que l'on avait pu déceler dans l'album, on ne va pas s'en plaindre, tant on est pris par l'ambiance créée. La seule chose qu'on puisse regretter, c'est que cela ne dure pas plus de 35 minutes, on sent que la soirée a pris du retard et c'est donc GGG qui en pâtit, mais les spectateurs également. Nul doute qu'on sera encore plus attentif aux prochaines venues du groupe sur Paris, histoire de tester le groupe sur une durée de set plus conséquente...

 

La tête d'affiche, selon moi, c'est le quatuor lillois Guerre Froide, venu présenter sa cold-wave au public parisien, au sein duquel on retrouve autant d'habitués du groupe que de curieux, plutôt habitués des lieux. Le groupe va baser sa set-list sur son dernier album en date, "Coruscant", sans pour autant omettre le reste de sa discographie, et si on trouvera une ressemblance certaine avec la set-list d'il y a un an au Petit Bain, il n'y aura pas identité parfaite, et même si cela avait été le cas, on aura tout de même distingué des différences notables entre les deux prestations. En effet, la formule en trio a vécu, et la seconde chanteuse Sabatel prend désormais de plus en plus de place aux côtés d'Yves, le chanteur historique, ce qui permet aux morceaux anciens de retrouver une deuxième jeunesse, même si tous n'ont pas été réadaptés pour deux voix. Le groupe s'appuie donc beaucoup sur le dernier album, qui se taille la part du lion, avec des vidéos en guise d'accompagnement (la configuration des lieux n'est clairement pas idéale pour cela), mais au bout d'une demi-douzaine de morceaux on voyage dans le passé, avec le regard ou zéro, l'occasion pour Sabatel de jouer les vamps, avec l'appui de gants (remember Rita Hayworth) ou d'un sabre, autant dire une chorégraphie pas aisément exportable en ces temps de Vigimachin... Yves tente de présenter les morceaux, avec une réussite plus ou moins évidente (pourtant, les explications sont intéressantes, on n'est pas dans du texte fade et jetable), mais l'essentiel réside dans l’interprétation de ces titres, et là on n'est pas dans la demi-mesure, c'est carré, efficace, et si le côté cold transparaît toujours, la guitare et la basse apporte quelques degrés d'humanité aux morceaux. Nouvelle expérience sur saint-ex, puisque ce sont des avions en papier qui sont envoyés en direction du public, là encore la réussite est moyenne, mais c'est plus anecdotique, le public a semblé encore plus attentif (on en vient aux titres historiques du groupe), et si le duo sur sauvages est superbe, on sent que les spectateurs attendent avec impatience les demain berlin et ersatz, et personne n'est déçu, il ne semble pas que 40 ans ou presque se soient écoulés depuis leur création... On a atteint et même dépassé l'heure de prestation, mais comme le groupe se sent bien sur scène, que le public est prêt à une dose supplémentaire, et que les organisateurs n'utilisent pas leur droit de veto, on a ainsi un petit rappel, les films de garrel permettant de bien terminer la soirée (oui, il reste encore un groupe, mais il est déjà minuit, et on ressent l'enchaînement de soirées étirées...), en vérifiant autour de soi que le bilan est bien positif pour la majorité des spectateurs, et on peut donc quitter les lieux en se disant que ce festival aura au moins proposé deux belles soirées !

 

Set-list :

 

  1. La chienne
  2. La balance
  3. Coruscant
  4. Le voyeur
  5. Ça moins ça
  6. Le regard
  7. Zéro
  8. L’expérience
  9. Nom
  10. Les fils de Cassandre
  11. Saint-ex. avions en papier
  12. Sauvages
  13. Moralité
  14. Demain Berlin
  15. Ersatz
  16. Rappel : Les films de garrel

 

 

La suite, ce sera vendredi soir, avec un voyage à l’Élysée Montmartre, où l'on espère que le concert de Ministry ne finira pas en queue de poisson, comme lors de la dernière venue du groupe à Paris en 2012...