Date : vendredi 13 juillet 2018

 

C'est vendredi, la semaine se termine, et si on a un peu récupéré des concerts tardifs en milieu de semaine, on ne prend pas de risques en rejoignant l’Élysée Montmartre : en arrivant après 20h30, on n'aura pas testé les deux premières parties, mais on aura conservé intactes nos oreilles, dont on peut s'attendre à ce qu'elles souffrent...

 

Car, si on pensait que la "prestation" de Ministry de 2012 au Bataclan (achevée au bout de 40 minutes suite à un coma éthylique du chanteur, ou plus officiellement une "déshydratation") serait sa dernière, le groupe a bien survécu (Al Jourgensen aussi), et s'est même remis à faire des albums, ce qui explique cette nouvelle tournée. Et le dernier en date, finement nommé "AmeriKKKant", va se tailler la part du lion, au moins en début de set, avec pas moins de trois nouveaux titres qui s'enchaînent. Musicalement, on reconnaît la patte du groupe, c'est indus avec une bonne dose électronique, puisqu'aux deux guitares (trois lorsque Al s'y met aussi), à la basse et à la batterie s'ajoutent un clavier et un scratcheur, l'ensemble étant soutenu par des vidéos omniprésentes. Cela n'étonnera personne, sur ces vidéos c'est Trump qui se taille la part du lion (en sus des deux poules gonflables à coiffures trumpisées sur les côtés de la scène), c'est l'ennemi déclaré du groupe, et ces vidéos au rythme hyper soutenu (au bout d'un moment, on finit même par lâcher l'affaire, tant cela devient saoulant) défilent sans interruption, avec tout de même de temps en temps des incrustations du concert en direct, que ce soit du public ou de Al derrière son micro. Car Al est super en forme ce soir, il est affuté comme il ne l'a peut-être jamais été, et même si son chant varie énormément d'un effet à un autre (les divers micros sont tous assortis d'effets), on le sent bien présent, à l'unisson de son groupe bien carré. Le côté électro-métal-indus finit par s'affaiblir un peu, et on retrouve plus nettement l'influence d'un Killing Joke (si wargasm n'est pas une pâle imitation de the wait, qu'on me fasse écouter l'intégrale des Smiths pour me punir !), en un peu plus black métallisé bien sûr, mais on remarque avec plaisir que si le lead guitariste se permet de temps à autres des branlages de manche, cela reste limité, et ne donne pas forcément envie de se pendre. Certaines vidéos sont un peu plus lourdingues que les autres, je pense à celle d'antifa, qui sur fond de drapeaux rouge et noir tente de dénoncer les violences policières, le racisme, les néo-nazis, et un peu tout en même temps, mais le concert prend réellement une autre ampleur lorsque les titres les plus anciens se mettent à fleurir : de just one fix à so what, les quatre derniers morceaux convainquent bien plus que le reste de la set-list, et le public réagit avec une ferveur incroyable, compensant par son énergie une densité de population assez faible (allez, on a rempli les 2/3 de la salle ?), et cela permet également de constater que l’inventivité était bien plus évidente dans les premières années du groupe, qui compense par du gros son des "mélodies" relativement absentes, ou du moins ressemblantes au fil des titres. Lorsque les lumières se rallument, on constate qu'on vient d'en prendre peu ou prou 70 bonnes minutes, mais cela ne suffit pas aux fans, ni visiblement au groupe, qui revient pour un rappel qui n'est pas forcément habituel sur la tournée - peut-être la volonté de brosser dans le sens du poil un public qui avait été un peu refroidi au Bataclan. C'est donc avec bad blood que se termine cette prestation, très honnête à mon sens, même si l'abus des vidéos et des bandes (plus de la moitié des voix est enregistrée) me dérange un brin. En tout cas, le groupe a tenu son rang, on ne repart pas déçu, loin de là, et cela donnerait même envie de rejeter une oreille sur la discographie d'Al et ses comparses - en repartant du début, tout de même !

 

Set-list probable :

  1. i know words
  2. twilight zone
  3. victims of a clown
  4. punch in the face
  5. senor peligro
  6. lieslieslies
  7. we're tired of it
  8. wargasm
  9. antifa
  10. just one fix
  11. n.w.o.
  12. thieves
  13. so what
  14. Rappel : bad blood

 

On enchaîne dès ce samedi avec Papier Tigre à l'Espace B.