Date : lundi 1er janvier 2018

 

Sur la carte de France du rock (terme générique, en cette première année de libération post-Smet), Tulle (et la Corrèze plus largement) est rarement apparue en première ligne, y compris lors de la période "Chaos en France", qui mettait pourtant en avant des groupes provinciaux. Cet état de fait pourrait bien changer, grâce à un jeune duo prometteur répondant au nom de Hinin, énigmatique terme correspondant à une partie de la population japonaise exclue de la société à l'époque Edo...

 

Après un intéressant premier EP, paru dans un relatif anonymat fin 2016, le duo chant/guitare/batterie nous propose un 4 titres, sous un visuel dessiné en jaune, rouge et noir qui m'évoque un Serge Clerc des 80's, qui creuse le même sillon d'un post-punk/cold-wave aux influences marquées mais qui semble trouver sa propre voie. L'auto-appellation "Duo Post-punk de zone sinistrée pour jeunes en errances", si elle est sans doute géographiquement correcte, devrait concerner et faire s’enticher du monde, si la vie est bien faite... Particularité, cette sortie s'effectue sous deux formats, en K7 chez ‘Et mon cul c'est du tofu?’ et en CD chez ‘Medication Time’.

 

Dès les premières secondes, le son très sombre amené par la guitare et la batterie martelée, qui sont emblématiques du son du groupe, envahit les enceintes, et le chant à la fois clair et légèrement sépulcral apparaît en arrière-fond ; un chant intégralement en français, qui me semble difficilement compréhensible jusqu'à ce que je découvre que les paroles sont livrées sur le bandcamp du groupe. Ce premier titre, comme les trois qui vont suivre, comporte des variations de rythmes, plaçant directement le duo au-dessus d'une majorité de nouveaux groupes : clairement il y a une ligne directrice qui n'est pas celle de céder à la facilité ! Les textes sont extrêmement travaillés, pas forcément faciles d'accès car d'une poésie guère évidente, on pense deviner les sujets de chaque morceau sans jamais en avoir de réelle certitude... On ne pourra s'empêcher tout de même de rapprocher concrête de suicide (Camera Silens), et ce rapprochement n'est sans doute pas fortuit, car on trouve également des similitudes musicales (très partielles) avec cette époque "Chaos en France" ; je dis bien partielles, car on est tout de même souvent loin du son afférent, la référence semble plus proche, y compris au niveau du chant, d'un Litovsk très actuel.

Ce chant, relativement maniéré si l'on veut, est lui aussi très marquant, et peut expliquer que sur les deux derniers titres c'est la tutelle de Marc Seberg qui vient à l'esprit, les textes ciselés s'accordant aussi bien au rythme lent de aveugle qu'au plus accéléré feu de paille. Et si la notion de cold-wave est mentionnée ici ou là par le groupe, ce n'est pas pour rien, la boucle de basse sur terrain vague est très connotée, mais sans que cela n'ait rien de péjoratif !

 

Au final, en un tout petit quart d'heure, le duo nous donne envie d'en entendre bien plus, car si le style est balisé les quatre morceaux sont bien distincts, autant dire que si on a l'occasion de les voir sur scène on s'en réjouira d’avance, et on suivra également leurs futures pérégrinations discographiques de très près.

 

hinin

 

https://hininband.bandcamp.com/releases
Et mon cul c'est du tofu?/Medication time



Tracklist


  1. Concrête
  2. Terrain vague
  3. Aveugle
  4. Feu de paille