Date : jeudi 16 novembre 2017

 

Petite escapade au sud de la capitale en ce jeudi frisquet, puisque c'est en direction d'Orléans que nous prenons le train, avant d'entamer un long périple en tramway pour traverser du nord au sud l'agglomération orléanaise, et finalement découvrir que l'auberge de jeunesse se trouve à proximité du campus universitaire, mais surtout DANS le stade de foot de la ville. Heureusement, il n'y a pas de matches de pizza le jeudi, les lieux s'avéreront très rapidement d'un calme à toute épreuve...

Le temps de trouver son chemin dans le noir presque complet, et on découvre le Bouillon, la "source culturelle de l'université d'Orléans",  un lieu qui n'a pas encore attiré la grande foule (on frisera sans doute la centaine de spectateurs), mais où l'on est bien accueilli, où le demi est à 2€, et où l'acoustique dans le cube de concert, d'une capacité approximative de 150 personnes, sera également d'un très bon niveau.

 

Il est presque 21h lorsque le trio lorrain Dirty Work Of Soul Brothers arrive sur scène, et si visuellement je suis au premier abord effrayé (il y a un batteur et deux claviéristes, et ni basse ni guitare !), le premier titre réussit très vite à contrebalancer cet a priori négatif. En effet, non content d'être rempli d'une belle énergie, le groupe nous propose un garage rock qui n'est pas si psychédélique que ce que l'on pouvait craindre, et il est ainsi assez difficile de résister aux titres à la fois pêchus et remuants. Sur la durée (50 minutes), je finis bien par trouver cela un peu répétitif, mais on ne mettra pas ce groupe dans le pot commun des "première partie dont on se serait bien passé", loin de là, l'absence de 4 ou 6 cordes étant étonnamment bien compensé par un jeu de clavier efficace et pas prise de tête. Bref, une plutôt bonne surprise, et surtout un moyen de mettre la soirée sur de bons rails.

 

C'est uniquement pour la suite que nous avions fait le déplacement, puisque The Experimental Tropic Blues Band n'avait pas annoncé de date parisienne il y a encore un mois et demi, et que la date de ce soir était la plus proche de la capitale. Depuis, évidemment, une date au Supersonic est apparue, le 5 décembre, mais tant mieux, on en profitera pour aller y revoir avant le concert le film "Spit'n'Split", rockumentaire-fiction dont le groupe est l'élément central, pour la diffusion de ce soir notre arrivée était un poil trop tardive...

Le trio monte sur scène un peu avant 22h10, le batteur derrière ses fûts, les deux guitaristes-chanteurs derrière leurs pieds de micro et leurs impressionnants racks de pédales respectifs, et c'est parti pour une grosse cinquantaine de minutes de garage-rock déjanté, dans la foulée d'un titre initial issu de la b.o. qui correspond au nouvel album du groupe, ce baby bamboo qui correspond à un accessoire indispensable du film. Contrairement aux habitudes rock'n'roll, les concerts de cette tournée ne sont pas centrés sur le nouvel album, car celui-ci est très varié, et pas forcément aisément adaptable à la version live, mais on aura tout de même droit à quelques uns de ses morceaux les plus garage, le titre initial comme le power of the fist qui interviendra peu après. Pour entourer ces nouveautés, le trio pioche dans toute sa discographie, s'appuyant sur son savoir-faire pour remuer la fosse (qui mettra du temps à s'animer, on doit le reconnaître), et si le batteur restera stoïque du début à la fin (c'est lui qui tient en place le set, laissant la possibilité à ses deux comparses de partir dans toutes les envolées possibles), les deux guitaristes font de leur mieux (et avec succès) pour associer l'auditif au visuel, sans pour autant sauter partout, il est essentiel de les regarder jouer (et partager entre eux ce moment), tant leur complicité influe sur l'atmosphère générale du set. Dirty Coq est le plus bavard, et ses obsessions sont connues (on les résumera en un mot : l'amour), mais il n'est jamais trop lourd, et encore moins arrogant, la volonté de fusion avec le public est nette et évidente, et elle explique que les fans réagissent avec ferveur, tant à la musique qu'aux speeches. Le trio liégeois est composé d'un batteur et deux guitaristes, mais on n'oublie pas que lorsque Boogie Snake s'empare d'un harmonica, ce n'est pas pour ralentir le tempo ni calmer les choses, c'est un blues bien sale qui en ressort, comme sur ce i dig you much and more, et cet ajout n'est pas inutile, il permet d'offrir d'autres options musicales, dans lesquelles le groupe s'engouffre avec délice. Ceux qui ont déjà vu le groupe sur scène le savent, ceux qui ne l'ont pas encore fait devraient commencer à cocher les prochaines dates sur leurs calepins, car la version du garbageman qui nous est offerte en guise de final est peut-être la seule au monde sans la moindre guitare ou basse, puisque c'est en utilisant uniquement la batterie et des jacks reliés aux pédales que le trio réinterprète avec talent l'un des titres les plus emblématiques des Cramps, groupe avec lequel ils ont d'ailleurs partagé la scène...

Après un intermède rapide en coulisses, le groupe revient pour un rappel, pour un morceau assez incroyable en hommage à Allan Snon, héros malheureux du film et ingé-son du groupe (absent ce soir, au passage), sur ce morceau la température a monté de plusieurs crans, Jérôme le réalisateur a empoigné la guitare de Boogie Snake qui s'est empressé d'aller chanter au milieu de la fosse, et on commence à y voir un genre de gentil pogo. On est il faut le dire soufflés de la performance du réalisateur, et bien échauffés, alors même si rien d'autre n'était prévu Dirty Coq insiste pour en rajouter une couche. C'est donc un vieux titre (tetbb eat sushi) qui déboule, ce n'est pas avec ça que les esprits vont se calmer, ni que le public va se décider à abandonner les lieux, et pour arranger tout le monde le consensus se porte sur alas alas, un titre lent issu de "spit'n'split", qui voit un genre de maul se former devant la scène, les torses nus luisants de sueur mélangés à d'autres corps bien moins moites pour un slow à 6 ou 7 totalement improbable, dans une excellente ambiance, la volonté d'harmonie est ici concrétisée, et le groupe peut enfin quitter définitivement la scène après 76 minutes aussi intenses que l'on pouvait l'attendre, mais qui comme à chaque concert sont uniques, on sait d'ores et déjà que le 5 décembre il s'agira encore d'une autre expérience - et on en profitera à fond ! Bref, on n'a aucun regret d'avoir fait tant de kilomètres pour ce concert, au contraire l'ambiance totalement bienveillante de ce soir aura été très appréciable, et on sait qu'il faudra être en forme au Supersonic.

 

Set-list presque complète quoique globalement probable :

  1. baby bamboo
  2. weird
  3. satisfy me
  4. power of the fist
  5. gangrene blues
  6. impro
  7. i dig you much and more
  8. those dicks
  9. i went down
  10. garbageman
  11. Rappel : ??
  12. tetbb eat sushi
  13. alas alas

 

La suite, ce sera samedi dans 8 jours, avec Protomartyr à la Maro, accompagné de Pierre & Bastien en première partie.