Date : samedi 25 novembre 2017

 

La dernière fois que j'avais mis les pieds à la Maroquinerie (il y a un mois, avec les Dead Kennedys), les bars étaient à l'abandon, ce samedi soir les choses sont revenues dans l'ordre, on a le choix à proximité de la salle entre Jupiler et Bud, de quoi patienter avant le début des concerts - en espérant que les spectateurs finissent par arriver (la crainte est réelle, car il y a beaucoup de bons concerts ce soir), car sur les coups de 20h on est loin de se marcher sur les pieds !

 

Heureusement, dès que Pierre & Bastien arrive sur scène, il y a un afflux qui permet de remplir au moins la moitié des lieux, et plus spécifiquement la fosse, ce qui est sympa pour le groupe chargé d'entamer les hostilités. Sympa, c'est d'ailleurs le titre du morceau inaugural, tiré du dernier album en date, mais le groupe ira fouiner un peu partout dans sa discographie pour nous offrir une prestation efficace, un set costaud au sein duquel les éventuels pains ne seront détectés que par les seuls les musiciens... La répartition des tâches est toujours la même, globalement Paul chante et gère la guitare rythmique en demeurant en permanence à proximité de son pied de micro, Freddy tape sur ses fûts, bien installé au centre de la scène, et gère les chœurs avec Baptiste, le lead-guitariste qui a toute latitude pour partir dans les envolées dont il a le secret et qui ne sont jamais insupportables. Le groupe enchaîne les morceaux, annonçant préalablement les titres, mais on sent une petite réserve, d'habitude certaines blagues fusent tandis que ce soir le quant-à-soi est de rigueur. On remarque que la plupart des morceaux évoluent, encore et encore, cela brise une potentielle routine assurément, et on a tout de même droit à de la nouveauté : je ne reconnais pas hygiène, que je suppose récent, et geoffroy (incluant des jeux de mots laids à base de Jonathan)est dédié à leur ingé-son absent ce soir, ce qui n'a aucun rapport avec un son excellent, tant dans la salle que sur scène. "Un autre absent ce soir", et c'est mitterrand qui déboule, la part du public qui ne connaissait pas le trio au préalable semble apprécier son punk-rock à textes intelligibles, et au fil des minutes on remarque que les musiciens se détendent un peu. Pour boucler la grosse quarantaine de minutes, c'est twist qui déboulera, titre sur lequel Baptiste peut tirer de longues minutes s'il le veut, ce soir la deadline fait qu'on n'atteint pas le quart d'heure, mais lorsque les lumières se rallument tout le monde semble content : les musiciens ont assuré, les spectateurs ont aimé, la salle est donc bien chauffée !

 

Set-list :

  1. sympa
  2. handicapé
  3. secret
  4. facho
  5. hygiène
  6. destinée
  7. geoffroy
  8. mitterrand
  9. femme
  10. twist

 

Le temps de permettre au public de profiter du bar, et les lumières s'éteignent sur une musique plutôt planante, donc assez étonnante vu le programme qui va suivre, et les quatre musiciens de Protomartyr arrivent tranquillement sur scène, et entame sa prestation tambour battant avec my children, premier extrait du dernier album en date "relatives in descent" (le groupe en interprètera les trois quarts). On sait le quatuor américain (provenance Detroit) très fort sur scène, il le prouve une nouvelle fois, sublimant et dynamitant des titres récents qui semblent bien plus sages en version studio, clairement le live est la meilleure condition pour découvrir le groupe (c'était le cas pour moi en 2014 au Glaz'Art), dont les différentes composantes (guitare, basse, batterie, chant) n’impressionnent pas forcément, prises séparément, mais dont la conjonction est un régal et une machine sacrément bien huilée, dans le sillage d'un chanteur qui décapsule les bières tirées de ses grandes poches entre deux attaques de micro toujours aussi percutantes. A ce propos, la relation avec Mark e. Smith reste toujours aussi pertinente, et si les échanges avec le public sont quasiment absents, c'est que les titres s'enchaînent quasiment sans discontinuer, ne laissant jamais les spectateurs souffler ni récupérer de cette avalanche de sonorités toutes plus excitantes les unes que les autres, et le fait que la moitié de la set-list soit constituée de nouveaux titres n'est jamais un handicap, preuve qu'il y a une continuité certaine dans le cheminement du groupe. Tout juste peut-on ressortir certains morceaux, encore plus percutants que les autres, on gardera ainsi pour la bonne bouche un windsor hum, mais il est quasiment impossible de dissocier tous les titres à partir de male plague, et cela se voit dans la fosse, qui ne cesse de s'agiter et de réagir avec une ferveur non artificielle. Si Joe, le chanteur, attire l'attention, cela ne signifie pas que les autres musiciens sont cachés derrière un rideau, chacun est bien visible, mais semble tellement concentré sur sa partie que fatalement c'est sur le chanteur que les regards se posent, ce qui ne le gêne visiblement pas, cette morgue affichée sur scène n'étant bien entendu qu'une façade, puisqu'on le retrouvera juste après le set, discutant tranquillement au milieu des spectateurs. Cette démonstration de force est bien calibrée, au bout d'une heure le groupe quitte la scène, mais c'est pour mieux revenir, avec un rappel que certains voudraient en forme de jukebox à la demande. La réponse de Joe est cinglante : "vous pouvez demander ce que vous voulez, nous avons deux titres prévus, on n'en changera pas", et il faut avouer que cela aurait été sacrément dommage de le faire, tant why does it shake? et scum, rise! sont puissants, efficaces, en bref le point d'orgue d'une soirée ô combien réussie du début à la fin, on ne se plaint même pas d'une durée (70 minutes) relativement courte, car cela est tellement dense que personne ne fera la fine bouche devant ce qui nous a été proposé ! Désormais, on n'attend plus que deux choses de Protomartyr : qu'ils reviennent vite chez nous, et qu'ils réussissent à ressortir leurs premiers enregistrements, totalement introuvables dans nos contrées...

 

Set-list :

  1. my children
  2. ain't so simple
  3. corpses in regalia
  4. windsor hum
  5. i stare at floors
  6. up the tower
  7. male plague
  8. cowards starve
  9. the devil in his youth
  10. three swallows
  11. a private understanding
  12. here is the thing
  13. what the wall said
  14. don't go to anacita
  15. feral cats
  16. dope cloud
  17. half sister
  18. Rappel : why does it shake?
  19. scum, rise !

 

La suite, ce sera dès vendredi soir, toujours à la Maroquinerie, avec les Burning Heads, pour le début d'une grosse série de concerts avant les vacances (Frustration, The Experimental Tropic Blues Band, Les Morts Vont Bien, Charles de Goal, New Model Army, Washington Dead Cats, Jessica 93, et on en oublie peut-être...).