Date : vendredi 6 juillet 2018

 

C'est vendredi, le début des vacances scolaires, la continuation de la coupe du monde de foot, et ceux qui pensaient que le RER en direction de Tournan-en-Brie serait vide à l'heure où Deschamps et sa troupe ramènent des millions à TF1 en sont quitte pour faire l'essentiel du voyage debout, heureusement que la ligne E est munie de rames modernes, on y souffre bien moins que dans la plupart de celles du métro...

 

On tient à arriver à l'heure pour l'ouverture de cette 9ème édition du festival de La Ferme Électrique, rendez-vous incontournable du premier week-end de juillet, car c'est Brandt qui est chargé de l'inauguration, dans l’Étable (il y a deux endroits pour les concerts, l’Étable et la Grange, auxquels s'ajoutent des minis scènes abritées à l'extérieur). Le trio, qu'on a déjà vu et apprécié deux fois l'an passé, est sur le point de passer en studio pour mettre en boîte quelques uns de ses morceaux, et on sent qu'il y a eu du travail en six mois, car indépendamment des quelques pains inhérents à la formule live, la majeure partie des titres est super excitante, la décontraction des musiciens alliée à des morceaux percutants fait mouche. Bien sûr, on n'est pas encore très nombreux dans la salle, mais peu importe, l'important est que le groupe et les spectateurs présents profitent à plein de cette quarantaine de minutes, et c'est clairement le cas ! Basé sur des compositions originales et quelques reprises (on retiendra le three cool cats des Coasters), le set mélange titres très post-punk et d'autres plus surprenants, allant jusqu'au slow, agrémentés de petits coups de sifflets ou de parties de kazoo, les deux à l'initiative du batteur, le chanteur-guitariste utilisant de façon différenciée son clavier, soit en guise de lancement de chanson, soit pour en tirer une grosse base mélodique. Le set se clôt après un i keep the treasure hyper efficace, mais comme nous sommes gentils on a droit à un rappel, ce sera le non moins émoustillant the backdoor, et ces trois quarts d'heure mettent le festival sur de sacrés bons rails !

 

On ne s'attardera guère sur la prestation du trio Odessey and Oracle, dont les "chansons baroques et psychédéliques" ne rentrent pas vraiment dans ma grille d'écoute, le guitariste et ses deux collègues derrière leurs claviers fournissant une coloration assez prog dans la Grange qui m'incite à rester à l'extérieur (quoique on y entende presque aussi bien). C'est clairement très bien fait, mais tout aussi clairement pour d'autres spectateurs que moi...

 

On repasse du côté de l’Étable, où le trio instrumental Société étrange est en train de tester son "kraut dub" sur le public, et on doit avouer que cela a parfois très nettement des teintes le rapprochant d'un Jah Wobble. Cette référence est plutôt honorable, mais le revers de la médaille est que, comme sur certains albums de l'ancien bassiste de PIL, on a parfois une sensation de musique un peu vaine, et que l'enthousiasme initial peut tout à fait retomber avant la fin de la prestation...

 

Cela explique donc qu'on se rapproche du concert (en même temps) de Belmont Witch, un quatuor installé sur l'une des petites scènes extérieures, nommée "La Fleme Erectrique", et qui nous propose un mélange de post-punk, de pop-grunge (je ne l'ai pas inventé...) et de pas mal d'autres choses qui aboutissent à un set avec pas grand chose à jeter dedans, on a souvent le sentiment d'entendre du Breeders, mais plus par la voix et la construction des morceaux, il n'y a pas de plagiat ici, et c'est donc la première excellente découverte du week-end, que l'on suivra de près (il y a déjà une date en septembre que l'on a cochée sur nos agendas...).

 

Retour dans l’Étable, après avoir zappé l'Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp (il faut faire des choix, et se restaurer et boire, car la canicule guette...), avec le trio féminin Badaboum, dont l'album éponyme tourne régulièrement sur ma platine, mais que je n'avais encore jamais vu en live jusqu'à présent. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que cette prestation n'aura déçu personne, car en quarante minutes époustouflantes, pendant lesquelles les trois musiciennes s'échangent continûment les postes (batterie, basse, claviers, chant), avec une énergie intacte du début à la fin, et des inflexions qui nous ramènent avec plaisir du côté des X-Mal Deutschland, on trouve bien pire comme exemple ! Là encore, c'est une énorme claque, visuellement autant que soniquement et acoustiquement, et ceux qui avaient misé sur ce set comme concert de la soirée ont dû récolter une belle mise. Celles et ceux qui ont l'opportunité de les voir, allez-y sans aucune hésitation !

 

Rien à dire sur Me Donner, pour un autre  concert en extérieur, ni vu ni entendu (et rien sur le net non plus), en revanche on va jeter un œil et une oreille à la prestation de The Monochrome Set dans la Grange, un vieux groupe anglais post-punk dont une partie des membres jouait avec Adam avant qu'il ne forme Adam & the Ants. Si la voix du chanteur évoque furieusement celle de Hugh Cornwell( chanteur original des Stranglers, une référence pour moi), globalement je trouve que les claviers sont bien trop mis en avant, que certains chœurs sont un poil criards, et je reste donc un peu sur ma faim. Mais étant donné que cela ne fait pas non plus partie des groupes que j'idolâtre depuis des années (je crois bien n'avoir même pas un seul morceau dans ma discothèque), je n'en suis donc pas marri non plus.

 

On retourne dans l’Étable, où le duo suisse Hyperculte nous présente son "minimalist transpop prekraut postdisco", ce qui aboutit dans les faits pour moi à une deuxième citation de Jah Wobble, ce coup-ci plutôt dans ses années avec les Invaders of the Heart (première version, pas la chose difficile à supporter qui a été reformée ces derniers mois). C’est donc plutôt pas mal, on peut simplement reprocher une petite tendance à se répéter au fil du set, mais on connaît pas mal de groupes qui aimeraient être capables de donner des concerts de ce niveau...

 

Pas grand chose à dire à propos du set en extérieur de The Absolute Never, que dans ma méconnaissance totale du genre "Post-Amphetamine Blues" je rapprocherais d'un Rage Against The Machine (que je ne connais pas plus, d'ailleurs), en revanche on va avoir du mal à ne pas être dithyrambique en ce qui concerne le set que The Experimental Tropic Blues Band va donner dans la Grange. En effet, si on a déjà l'habitude d'apprécier grandement les concerts du trio liégeois, ce soir (cette nuit, car il est minuit et demie passé) les 70 minutes de set vont être constituées d'un déferlement incessant de blues et rock'n'roll survitaminé, piochant à l'envi dans les divers albums du groupe, y compris le dernier (la b.o. du film "Spit'n'Split"), et le public ne va pas tarder à réagir avec frénésie à ce déluge sonore. Le pogo va s'organiser (ou non, d'ailleurs), il ne va pas cesser jusqu'à la fin, les spectateurs vont slammer, les spectatrices aussi, certaines ôteront le haut dans leur enthousiasme, et cela ne fera que galvaniser encore plus les deux guitaristes-chanteurs, bien suivis/gérés par un batteur toujours aussi impassible mais d'une efficacité exceptionnelle. Pogo énorme, brutal parfois, enjoué toujours, la découverte rend dingues le public nombreux du festival, et on le comprend, il n'y a nul assagissement au fil des minutes de la part des musiciens, et power of the fist ou weird ne sont que les deux pièces émergentes d'un set qui ne comporte aucun point faible. On sent également que Jeremy et Jean-Jacques sont en grande forme, le premier nommé nous fournissant quelques petites sorties épicées à son habitude, concernant "l'amour qui nous réunit", "on devrait tous se mettre à poil et baiser" (un spectateur n'est pas loin de le prendre au mot), et le groupe n'hésite pas non plus à citer le prochain match France-Belgique (oui, c’est encore du foot...), mais sans provocation, l'ambiance restera toujours excellente. Au bout d'une heure, le groupe demande si les spectateurs en veulent encore ("vous en voulez encore deux ?", car le trio belge n'est pas mégoteur), et enchaîne avec l'hommage à son ingé-son, un titre sur lequel le réalisateur du film vient suppléer Jean-Jacques à la guitare, et on finit en apothéose avec la reprise du garbageman des Cramps, en mode larsen et jeu de jacks, ce titre emblématique s'enchaînant avec un morceau rappé, peut-être l'un des futurs morceaux de l'album à venir du groupe, dont on attend la sortie en début d'année 2019. Bref, au bout de cette prestation, il n'est plus question de risquer de redescendre trop vite de notre petit nuage, alors on abandonne les lieux et les deux derniers concerts à l'affiche, tant pis, dans tous les cas le week-end n'est pas fini car on revient ici dans quelques heures...

 

En effet, la suite, c'est dès ce samedi avec le second jour du festival, et Warum Joe à l'affiche, entre autres...