Date : samedi 18 octobre 2014

 

Samedi soir, les terrasses parisiennes sont prises d'assaut, il faut dire que les températures sont anormalement élevées, et la situation est la même lorsqu'on arrive devant la Cantine de Belleville, on se doute rapidement que la plupart des présents ne sont pas venus pour le concert mais bien pour se restaurer, et on comprend mieux pourquoi les propriétaires ont agrandi les lieux...

Le temps de croiser quelques connaissances, de tester la bière pression, et on peut descendre dans la cave, là où vont se dérouler les festivités musicales du jour. Pas de doute, les travaux du rez-de-chaussée n'ont pas eu de répercussions sur la taille de la cave, elle est toujours aussi petite, si on dépasse les 70 spectateurs cela va tomber comme à Gravelotte, d'autant que même à vide il fait déjà chaud !
Alors lorsque le duo féminin basse-batterie Cheshire Cat (the Bouncing) entame son set, on est presque content de ne se compter qu'une grosse cinquantaine dans la salle, même si les absents auront ce soir eu indubitablement tort... En effet, si la cave a été décorée d'araignées et de leurs toiles, de chauve-souris et autres éléments très orientés goth, ce n'est pas pour rien, on est devant un groupe qui tout en mixant des genres un peu divers peut raisonnablement être taxé de batcave, avec ses atmosphères sombres, ses rythmes plutôt lents, et son timbre de voix évoquant en premier lieu Siouxsie, avant d'évoluer vers d'autres influences (certains penseront aux B-52's, par exemple). Alors, puisqu'il est plus simple d'utiliser des comparaisons pour tenter de faire comprendre nos ressentis, on dira que l'influence d'un Christian Death (version Rozz plutôt que Valor) me semble évidente, que parfois la basse semble échappée d'un inédit de Cure, que les Cramps ont droit à leur petit hommage sonore, et si le public est aussi attentif et appréciateur, ce n'est pas pour rien : il n'y a pas de problèmes techniques, pas de ratés des musiciennes, et la musique jouée correspond à 100% au public dark de ce soir ! En sus, le son est plutôt correct, en tout cas lorsqu'on est placé devant, et c'est presque une surprise, et on espère que cela pourra durer toute la soirée... Dans tous les cas, cette demi-heure de première partie aura été une totale réussite, et on en profite pour aller faire un tour au stand de merchandising, histoire de comparer les impressions live avec les productions en studio...

On l'a dit, il fait (très) chaud, on remonte donc respirer et se réhydrater (figure de style), le temps de redescendre on s'aperçoit que the Saint-Cyr a déjà entamé son set, et comme la cave est de nouveau remplie, et toujours pas rafraîchie, on se dit qu'on testera le groupe à une autre occasion, car il ne s'agit pas de tomber en syncope avant le dernier groupe...

Car si je ne suis pas tombé amoureux du dernier opus de Guerre Froide, le trouvant un peu trop policé à mon goût, limite pop par instants, ainsi que trop "électro" (qu'on se comprenne bien, il ne s'agit pas non plus d'un ersatz de Vive la Fête ou Ladytron), je reste tout de même sur de bons souvenirs de concerts du groupe, et le passage de la rondelle au live m'intéresse au plus haut point. Alors il faut se faire une place, on est bien plus loin qu'en début de soirée, et lorsque le trio entame son set, on se rend vite compte que le son n'est pas à la hauteur des espérances, et les premiers morceaux sont un peu difficiles à entendre, même s'il n'y a pas de doute que la voix féminine est celle de la chanteuse des Cheshire Cat, et que la basse ne fait pas son apparition tout de suite... Débuts un peu gâchés, donc, mais dès lors que le technicien réussit à arranger les choses, ou que nos oreilles s'habituent au son (les deux solutions sont envisageables, et pas forcément exclusives l'une de l'autre), on découvre que les morceaux sont très pêchus, y compris ceux du dernier album, qui constituent plus du tiers de la set-list, ce qui conforte notre a priori favorable au groupe, scéniquement parlant. Le chanteur réussit lui aussi à faire entendre sa voix, cela aide bien à mettre les morceaux en place, et si les parties de guitare semblent légères, elles prennent leur pleine part, et s'avèrent même indispensables à l'équilibre de chaque titre. Au fil du set, il est difficile de différencier les titres anciens des nouveaux, le groupe possède un son sur scène, qui lui permet de reprendre ses morceaux de bravoure issus du siècle dernier (demain berlin, ersatz...) sans qu'un auditeur lambda puisse imaginer qu'ils ont plus de trente ans d'âge ! Même saint-ex, objet de ricanements de ma part il y a quelques années, passe sans écueil le cap de l'écoute attentive, et s'il faut rater quelques minutes de la prestation, c'est simplement que le rapide passage aux toilettes est une possibilité de respirer un peu plus aisément l'espace de quelques instants... Le public dans son ensemble reste stoïquement installé devant la scène, ne voulant pas rater la moindre miette d'une prestation bluffante, et lorsque le groupe annonce la fin du set, il n'y a même pas la possibilité de faire illusion en filant en coulisses, puisqu'il n'y en a pas...
Alors le rappel est quasiment enchaîné à la set-list principale, et est l'occasion, entre deux titres propres au groupe, d'une reprise improbable, puisque c'est le planet claire des B-52's qui est passé à la sauce Guerre Froide, et c'est clairement une réussite, ce qu'on n'aurait pas forcément parié, tant les univers des deux groupes ne semblent pas proches l'un de l'autre... Et si à corps perdus invoque lui plus nettement les mânes de Joy Division, c'est une fin idéale pour une prestation très aboutie, et le groupe aura su résister aux difficultés acoustiques pour convaincre l'ensemble des spectateurs, qui peuvent repartir ravis de cette soirée ; de notre côté, la satisfaction aura été encore plus grande, vu les doutes qui pouvaient m'habiter avant le concert, et cela va sans doute m'inciter à reprendre l'écoute du dernier opus avec une autre oreille !

Set-list (officielle, merci Emmanuel !) :
  • Enivrez-vous
  • Aliénés
  • Les fils de Cassandre
  • Furieux
  • Le regard
  • Zéro
  • Nom
  • Métamorphose ?
  • Come back
  • Saint-Ex
  • Sauvages
  • Demain Berlin
  • Ersatz
  • Rappel : Les films de Garrel
  • Planet claire
  • A corps perdus


La suite, ce sera dès jeudi prochain, à la Cigale avec Frustration et les Black Lips, puis le lendemain à Mains d'Œuvres avec Rawdog.