Date : vendredi 9 novembre 2018

 

Si on n'avait pas mis les pieds à Bercy (pardon, à l'Accor hotel arena) depuis des lustres (a priori, plus de sept ans), ce n'est pas uniquement parce qu'on sait que la pinte de bière y est facturée 10€ (rassurez-vous, en ce vendredi soir je me passerai de malt et de houblon), ni parce qu'il faut des plombes pour y entrer (les spectateurs assis rentrent direct, la "plèbe" de la fosse - plus de 40€ la place tout de même ! - doit faire un long périple pour avoir le plaisir de se faire fouiller avant de pénétrer dans le sacro-saint lieu), ni pour tous les concerts que l'on n'a pas envie de voir, ni de toutes les comédies musicales qui ne nous manquent pas. Tout simplement, on ne vient jamais là car on préfère les salles humaines, avec un son correct, et surtout sans grandiloquence dans les jeux de lumières et les décors. Mais on a tous nos faiblesses, et ce soir je n'ai pas résisté - même si j'avais un temps hésité...

 

La bonne nouvelle, c'est qu'avec tant de temps perdu avant d'entrer dans la salle, on ne va assister qu'à une minute de la première partie, et vu le côté strident et vain de ce que nous propose le duo guitare-batterie Archi Deep, on aurait souffert de devoir en supporter beaucoup plus. On a donc une annonce à l'ancienne, annonçant "20 minutes d'entracte", mais comme on a trouvé une place pas si loin de la scène (on parle du 70e rang, environ...) et qu'on boycotte le bar, on attend sur place, tranquillement, en jetant un œil amusé à la programmation qui défile plus ou moins bien sur les écrans allongés des étages.

20h45, les lumières s'éteignent, on devine pas mal de mouvement sur la scène, et ce sont les premières notes de 22 mai qui résonnent (pas très fort, au demeurant, les bouchons anti-bruit disponibles ne seront pas vraiment d'utilité ce soir), et Hubert-Félix Thiéfaine apparaît, ce soir on est loin du concert intimiste puisque sur scène sont déjà un batteur, un bassiste, deux claviers et deux guitaristes, et qu'on suppute que d'autres musiciens ne vont pas tarder à apparaître. Pour être franc, cette entrée en matière n'est qu'à moitié réussie, car le morceau est un brin boursouflé par l'entassement d'instruments, et cet abus se retrouvera un peu plus tard, sur éloge de la tristesse par exemple, mais n'anticipons pas trop... En effet, le set continue avec un stalag-tilt sur lequel je n'ai aucune récrimination à apporter, la réorchestration (l'essentiel des titres exécutés ce soir subira un lifting plus ou moins prononcé) est parfaite, on a vu arriver sur scène deux violoncellistes, et un saxophoniste d'une taille impressionnante, et dont on imagine que le poids est à l'avenant, et un guitariste supplémentaire sera aussi de la fête, ce qui porte donc à 10 le nombre de musiciens pour accompagner le chanteur - ce qui pourra donc expliquer que de loin en loin on se dise qu'un peu plus de simplicité ne nuirait pas. HFT a choisi de fêter ses 40 ans de chanson sur scène, alors il va aller picorer tout au long de ses 16 albums, certains ne seront qu'effleurés (un seul titre pour tous les albums postérieurs à "météo für nada", seul l'antépénultième "scandale mélancolique" sera cité deux fois), tandis que la part belle sera donnée aux débuts du chanteur (10 titres des deux premiers albums !), de quoi présenter une set-list que certains qualifieraient de presque parfaite ! Je ne suis pas loin de partager cet avis, même si on trouvera tous quelques pépites qui n'auraient pas dépareillé ce soir, mais peut-on vraiment se plaindre alors que sont exhumées, au hasard, la vierge au dodge 51, affaire rimbaud ou un vendredi 13 à 5h ? On l'a dit, il y a parfois surabondance d'instruments, on rappellera que depuis son arrivée dans le groupe on trouve que Hugo Thiéfaine en fait toujours un peu trop à la guitare, alors qu'Alice Botté reste plutôt sobre, et ce soir l'apport du troisième guitariste est rarement hyper pertinent, il a beau faire toutes les grimaces du monde pour montrer qu'il est habité il reste souvent de trop, et on ajoutera que parfois le sax également pourrait se faire plus discret, tant il m'évoque de temps à autres les infâmes morceaux des derniers albums de Gainsbourg... Fin ou presque des critiques, on prend tout de même un sacré pied à l'écoute de crépuscule-transfert ou critique du chapitre 3, et si je ne suis pas plus transporté que cela par septembre rose, contrairement aux milliers de mes voisins de salle enthousiastes, c'est sans doute que cette chanson ne me touchait déjà pas trop sur l'album original, car je n'ai rien à redire sur son instrumentation du soir. Le public s'agite encore un peu plus sur lorelei sebasto cha (bien, mais on a connu mieux) et pour la délicieuse exil sur planète-fantôme, mais on constate que les spectateurs, de tous âges, semblent connaître par cœur l'intégralité des paroles, ce qui n'est pas forcément le cas d'Hubert-Félix, que l'on verra obligé de jeter parfois un œil sur son prompteur, mais personne ne lui reprochera ces petites marques d'humanité - ses textes ne sont pas des plus simples ! Le temps s'écoule sans que le groupe ne semble vouloir en finir, alors on retourne dans le passé, avec un vendredi 13 à 5h ou l'agence des amants de madame müller (dans le genre inespéré, celle-ci vaut des points !), avant de terminer le set avec deux titres plus calmes, les historiques je t'en remets au vent et la dèche, le twist et le reste, histoire de clore en beauté cette heure et demie qui nous laisse déjà sur le cul.

Le temps d'un passage éclair en coulisses, et le groupe revient, pour un rappel entamé avec un automne à tanger, ce qui me satisfait grandement, et qui va se poursuivre avec l'ascenseur de 22h43, autant dire que si certains s'étaient refroidis pendant la pause, ils refont remonter rapidement leur température interne ! Petite déception avec enfermé dans les cabinets..., qui se révèle bien trop disco dans son interprétation, cela me gâche grandement le plaisir, c'est dommage, là non plus on ne se souvient plus de la dernière fois (y en a-t-il eu une ?) qu'on l'avait entendue sur scène, mais on se rattrape avec alligators 427 (celle-là, on ne l'a jamais vue faire défaut à la set-list) puis sweet amanite phalloïde queen, l'occasion pour le public de chanter en chœur, cela ne mange pas de pain, et cela fait toujours plaisir. On en termine là de ce rappel d'une demi-heure, et le groupe quitte une nouvelle fois la scène, mais les spectateurs ne craignent pas grand-chose, ils savent que la set-list ne change pas depuis le début de la tournée, alors il va y avoir un second rappel, ce n'est donc pas la peine de s'arracher les cordes vocales alors que le retour est déjà prévu...

Et effectivement, sans surprise, HFT revient, et pas pour rien puisqu'il a endossé une veste à queue de pie et un chapeau haut de forme, ainsi qu'une paire de lunettes, pour un la maison borniol magnifique, décidément on est gâtés ce soir, mais ce n'est pas tout, puisque c'est soleil cherche futur qui suit, là on est proches du nirvana, et pour nous achever Thiéfaine nous offre son exercice de simple provocation avec 33 fois le mot coupable, tiré du "bonheur de la tentation", et du bonheur on n'en manque pas, car même en connaissant la set-list je n'y croyais presque pas, et on termine donc ces vingt minutes de deuxième rappel sur les genoux, tout en sachant que l'affaire n'est pas encore terminée !

Encore un aller-retour rapide en coulisses, et le groupe revient une dernière fois, en entamant cette ultime phase par le morceau le plus récent de la soirée, un toboggan qui n'avait pas été joué lors de la dernière tournée, avant d'en finir, fatalement, avec la fille du coupeur de joints, si on se fie à nos naseaux certains l'ont rencontrée dans la salle, cela permet de chanter une dernière fois à l'unisson, avant qu'Hubert-Félix ne rameute ses musiciens pour une présentation finale, mais comme la scène est grande on en profite pour inviter les techniciens à les rejoindre. Une fois ce beau monde reparti, il ne reste que le seul Thiéfaine sur scène, qui reprend donc seul (hormis les voix des milliers de spectateurs, bien sûr) sa dernière station avant l'autoroute, et les lumières peuvent enfin se rallumer, après plus de 2h40 de concert, il n'y a pas eu tromperie sur la marchandise, et même si quelques interprétations nous ont laissés sur notre faim, globalement c'était une sacrée prestation, on ne regrette donc absolument pas (aux douleurs aux jambes et au torticolis qui guette près) de s'être déplacé jusque là. À 70 balais, le bonhomme sait encore sacrément y faire, et l'ensemble de sa discographie plaide pour lui !

 

Set-list :

  1. 22 Mai
  2. Stalag-Tilt
  3. Éloge de la tristesse
  4. Les dingues et les paumés
  5. Le jeu de la folie
  6. Crépuscule - Transfert
  7. La ruelle des morts
  8. La vierge au Dodge 51
  9. Septembre rose
  10. Critique du chapitre 3
  11. Lorelei sebasto cha
  12. Exil sur planète-fantôme
  13. Affaire Rimbaud
  14. Confessions d'un Never Been
  15. Mathématiques souterraines
  16. Un vendredi 13 à 5h
  17. L'agence des amants de Madame Müller
  18. Je t'en remets au vent
  19. La dèche, le twist et le reste
  20. Rappel : Un automne à Tanger (antinoüs nostalgia)
  21. L'ascenseur de 22h43
  22. Enfermé dans les cabinets (avec la fille mineure des 80 chasseurs)
  23. Alligators 427
  24. Sweet Amanite Phalloïde Queen
  25. Rappel 2 : La maison Borniol
  26. Soleil cherche futur
  27. Exercice de simple provocation avec 33 fois le mot coupable
  28. Rappel 3 : Toboggan
  29. La Fille Du Coupeur De Joints
  30. Dernière station avant l'autoroute

 

La suite, ce sera encore dans une salle relativement grande, puisque mercredi Peter Murphy, accompagné de David J, revient au Bataclan pour revisiter Bauhaus.