Date : mercredi 14 novembre 2018

 

Cela faisait près de trois ans et demi que je n'avais pas remis les pieds au Bataclan, en ce mercredi 14 novembre certains ont un pincement au cœur en pénétrant dans les lieux, pour ma part je constate qu'il n'y a eu guère de changements lors de la remise en état de la salle, qu'on met toujours beaucoup de temps à y entrer (et encore plus à en sortir !), mais ce n'est pas pour cela qu'on rate la première partie, c'est surtout qu'on a fait en sorte de ne pas arriver trop tôt...

 

Il y a cinq ans, on était repartis du Trabendo en se jurant de ne plus retourner voir Peter Murphy, sauf dans l'improbable cas où Bauhaus se reformerait... Ce soir, ce n'est qu'à moitié le cas, puisque si David J est bien le bassiste d'un soir, les batteur et guitariste sont légèrement plus jeunes que Daniel Ash et Kevin Haskins, et lorsque les lumières s'éteignent, et que la partie 'reprise de "In the flat field" en intégralité' démarre, on constate que le son de la guitare est extrêmement faible (c'est une manie chez Bauhaus également pour les premiers titres), et si cela ne durera "que" l'espace de deux titres, c'est tout de même dommage, d'autant que le niveau sonore du concert ne sera jamais assourdissant, loin de là. Il n'y a guère de surprise à trouver immédiatement que Peter Murphy en fait beaucoup (trop ?), visuellement, tant dans ses attitudes, son maintien de micro, son jeu avec les lumières, ses déplacements, en revanche on ne pourra guère lui faire grief d'une voix défaillante : même en jouant avec la distance du micro à sa bouche, il est évident que sa voix est intact, on retrouve ce phrasé et cette façon de vous emmener au fond des ténèbres si reconnaissables, et même s'il en use voire abuse pas mal, on ne peut pas vraiment s'en plaindre. Ce qui me dérange un peu plus, c'est que le groupe rejoue les morceaux de Bauhaus, dans des versions extrêmement proches des versions originales studio, ce qui laisse toujours un goût amer puisque jamais le guitariste et le batteur ne peuvent atteindre ce qu'on connaît par cœur, et on préfèrera ce soir les quelques (rares) moments où on s'éloignera du son original, histoire d'éviter les comparaisons globalement malheureuses. Ce qui est sûr, c'est que ce premier album de Bauhaus, daté de 1980, n'a pas pris beaucoup de rides, et que si on reste un peu sur notre faim, c'est que l’essentiel de ces neuf titres est une véritable tuerie, et que les variations - déjà - vers des domaines encore inconnus alors (le ralentissement de the spy in the cab, le côté psychiatrique de nerves...) demeurent des chocs auditifs, et qu'il faudra se repencher sur l'album dans les jours à venir.

L'album ingéré en intégralité, sans avoir eu le sentiment de perdre son temps, on peut passer à la phase II du concert, qui est un échantillonnage de la discographie de Bauhaus, sans pour autant que cela ne s'apparente à un quelconque best of, car manqueront à l'appel quelques titres emblématiques du groupe (on pense à hollow hills ou slice of life, par exemple). Cela permet donc d'entendre un burning from the inside pas forcément attendu, tout comme silent hedges, d'ailleurs, ce qui prouve que la set-list a été pensée pour surprendre, en revanche il n'y a guère de surprise à entendre les premières notes de bela lugosi's dead, l'hymne immortel du groupe s'il en est, sur lequel on est effaré de constater que c'est une nuée de téléphones qui surgit par-dessus les têtes des spectateurs, la connerie ambiante a contaminé le public de Bauhaus, car quel peut être honnêtement l'intérêt de filmer avec une qualité moyenne une partie d'un titre dont des dizaines de versions live d'excellente qualité circulent ? Menfin, on se retient, on ne dit rien, et on attend la suite en appréciant à sa juste valeur un morceau emblématique du groupe, voire de la scène goth dans son ensemble (même si Bauhaus a toujours eu du mal avec cette étiquette...). On remarque uniquement à cet instant que l'image de fond (la pochette du premier album) a disparu, il faut dire qu'avec l'éclairage nimbé de stroboscopes on ne la devinait qu'à peine, était-il vraiment nécessaire d'user de tant de lumens ce soir ??

À mon sens, le moment fort de la soirée intervient immédiatement ensuite, puisque si she's in parties est un excellent morceau, sa deuxième partie, quasiment dub, est (enfin !) l'occasion de s'éloigner des versions ultra connues, Peter installé à côté de son batteur participant enfin à l'instrumentation et apportant une touche sonore totalement inédite. C'est un moment fort, et il fallait en profiter, puisqu'il est suivi d'une interprétation de adrenalin, qui confirme que l'album "go away white" de 2006 était largement dispensable, et ce titre confirme le côté un peu limité du batteur, sentiment qui ne nous quittera plus jusqu'à la fin du set. Ainsi, on ne se passionnera guère pour les trois derniers titres, et pourtant je défie quiconque de remettre en cause la qualité de kick in the eye, the passion of lovers ou dark entries, c'est juste que leur interprétation n'apporte vraiment rien à leur gloire, y compris la soudaine passion de Peter Murphy pour le melodica, instrument intéressant quand il est utilisé à petites doses... Cela fait 80 minutes qu'on est là, c'est gentil, moins pire qu'au Trabendo mais loin d'être le concert du siècle, voire de l'année, ni même du mois, et clairement cela ne nous réconcilie pas totalement avec Peter Murphy !

Le temps de laisser aux spectateurs l'occasion de les rappeler, et les quatre musiciens reviennent, ou plutôt Peter et son guitariste, pour un the three shadows, part II en quasi acoustique, plutôt réussi ma foi, avant de reprendre (comme souvent) Dead Can Dance sur severance, un titre qui ne m'enthousiasme pas plus que cela. On a beaucoup vu et entendu Peter Murphy, on n'aura en revanche pas entendu le batteur et le guitariste, même lors de leur présentation (dithyrambique, bien sûr) par le chanteur. Quant à David J, on le sent très en retrait, il aura fallu attendre un bon moment avant de le voir s'exprimer, pour une petite intervention qui démarre bien (le concert est dédié aux victimes d'il y a 3 ans) mais termine mal, avec un vibrant "vive la france" dont on se serait bien passé... Le groupe quitte donc la scène, après 95 minutes de concert, et comme on a bien étudié les set-lists de la tournée, on s'attend à ce que le groupe revienne avec deux nouvelles (et ultimes) reprises, un telegram sam et un ziggy stardust qui nous auraient ramené au début des 70s. Mais il y a un moment de flottement, et finalement les lumières se rallument, confirmant l'habitude lassante de pas mal de groupes de proposer des shows plus courts qu'à l'étranger lorsqu'ils viennent à Paris. C'était bien la peine de flatter le public avec des "vive la france", pour nous offrir deux morceaux en moins ! Remarquez, vu que je ne me suis guère enthousiasmé ce soir, cela ne m'aura pas forcément manqué non plus, et ce coup-ci je m'engage solennellement à ne plus jamais aller voir Peter Murphy sur scène, c'est quand même du temps et de l'argent perdu... S'il revient dans 5 ans, n'hésitez pas à me rappeler ce serment !

Set-list :

  1. Double Dare
  2. In the Flat Field
  3. A God in an Alcove
  4. Dive
  5. Spy in the Cab
  6. Small Talk Stinks
  7. St. Vitus Dance
  8. Stigmata Martyr
  9. Nerves
  10. Burning from the Inside
  11. Silent Hedges
  12. Bela Lugosi's Dead
  13. She's in Parties
  14. Adrenalin
  15. Kick in the Eye
  16. The Passion of Lovers
  17. Dark Entries
  18. Rappel : The Three Shadows, Part II
  19. Severance

 

La suite dépendra des humeurs familiales, je crains donc de rater Plomb au Supersonic vendredi et Whodunit au Blackstar samedi, il vaut mieux compter sur les Breeders mercredi prochain, au Trianon.