Date : vendredi 19 janvier 2018

 

C'est vendredi soir, la fin de semaine, le moment d'aller en concert (oui, je sais, il y en a tous les soirs ou presque !), alors direction le Petit Bain, qui va mettre du temps à se remplir, à croire que les spectateurs attendent le dernier moment pour quitter leur costard-cravate et enfiler les Perfecto et les Doc...

 

La dernière fois que j'avais vu Stygmate sur scène, c'était il y a un an et demi, à la Mécanique Ondulatoire (snif), et le groupe était encore en formule à 4. Ce soir, c'est en trio qu'on le retrouve, avec un nouveau batteur (en poste depuis avril, et récemment rencontré à Konstroy), et un Paul qui va gérer sa basse un peu comme s'il s'agissait d'une guitare, permettant à David de se lâcher sur sa guitare. Comme toujours, Stygmate va bien au-delà du punk auquel il est affilié, musicalement il se permet autant de ralentir que d’accélérer le rythme, et n'hésite pas à se lancer dans de petits solos - sachant s'arrêter à temps, et souriant de ces petites envolées. Le groupe présente quelques-uns de ses nouveaux morceaux (la release party du nouvel album "Sans couleur fixe" aura lieu dans un mois au Cirque Électrique), qui sont dans la lignée de ce que l'on connaît : des textes fouillés, intelligents, mais qui ne sont jamais en format de harangues, en compléments de musiques qui incitent la (maigre, jusqu'à présent) fosse à se déhancher et/ou à dodeliner de la tête (c'est plutôt mon style). Le début du set ayant été un poil tardif (quoique 5 minutes, cela ne devrait même pas compter !), le trio est obligé d'abandonner un titre en route, on n'aura donc pas de crevez tous, en revanche la sœur des pauvres est bien de la fête, et n'a pas perdu une once de puissance ni de finesse, conservant son efficacité originale. Si notre batteur va avoir un petit coup de chaud lorsque son tom basse décide de se faire la malle, mais il récupère le coup sans que grand monde ne s'en aperçoive, et ce sera la même chose lorsqu'il brisera une ou deux baguettes, faisant ainsi autant preuve de maîtrise que de puissance lorsqu'il se déchaîne sur ses fûts. Au final, on n'aura donc eu "que" 38 minutes, mais qui auront assurément convaincu une bonne partie des spectateurs, et auront dans tous les cas largement réussi dans leur entreprise première, qui est de chauffer la salle. Vous l'aurez compris, je vais faire mon possible pour être au Cirque Électrique en février...

 

Lorsque les Olivensteins se sont formés, il y a quarante ans, ils ont eu le temps d'enregistrer un 45T, de créer quelques polémiques et de laisser des souvenirs de concerts à quelques chanceux avant de se séparer deux ans plus tard. Ce soir, c'est un événement, puisque nous fêtons la sortie du premier album du groupe, cet "Inavalable" étant une conséquence (très heureuse) de la reformation improbable du groupe il y a quatre ans et demi. Pour l'occasion, on retrouve deux membres originaux, Gilles au chant et Vince à la guitare, accompagnés de Didier à la basse (arrivé quelques mois après la reformation), de France au clavier (que l'on apercevait de temps à autres sur scène depuis un an, et qui est désormais le 5e membre permanent du groupe), et de Jérôme derrière les fûts, en remplacement de Clément pour son deuxième concert seulement... Le quintet s'installe rapidement et commence avec je ne veux pas de catalogue (le nom officiel sur l'album), et on constate immédiatement que Gilles est dans une forme impressionnante, il est survolté et son tambourin est utilisé avec une rare ferveur, et si on le voit sauter partout sur ce premier titre, c'est une attitude qu'il perpétuera tout au long du set. Le groupe présente son nouvel album (seul un titre n'en sera pas joué), mais il peut également s'appuyer sur des titres plus anciens, datant des origines ou des différentes incarnations de Gilles au fil des années. Dans tous les cas, le travail d'homogénéisation des morceaux a été pour le moins efficace, puisqu'on ne différenciera nullement les nouveaux titres des anciens tout au long du set. Sur les premiers morceaux, on a remarqué que la salle s'était bien remplie, et la fosse également, mais le public reste attentif et presque sage, dévorant des yeux les musiciens qui nous démontrent par petites touches que les titres continuent de vivre, par petites bribes modifiées subtilement, et si Gilles est celui qui attire le plus l’œil, c'est indubitablement dû à son aspect "pile électrique", ajouté au fait qu'il emploie à l'occasion divers instruments (harmonica ou maracas en sus de son tambourin). Les nouveaux morceaux, même s'ils ont été déjà largement intégrés aux prestations antérieures du groupe, semblent prendre une nouvelle ampleur, sans doute grâce à l'écoute attentive de l'album, dans tous les cas il n'y a pas un seul instant de relâchement sur scène, même Gilles va prendre son temps avant de nous sortir de petites vacheries dont il a le secret (Jean-Paul Huchon, tu aurais dû venir...). Soudain, dès les premières notes de fier de ne rien faire, il y a un mouvement de foule dans la fosse, on constate avec plaisir et un poil de surprise que le public est très mélangé jeunes/vieux ("les vieux achètent le disque, les jeunes dansent en concert", dixit à peu près Gilles), et c'est un pogo impressionnant qui déferle, et qui dès lors ne cessera quasiment plus, y compris sur des morceaux bien moins enlevés... Le groupe est évidemment ravi de ce rajeunissement des spectateurs, cela semble lui donner un surcroît d'énergie, alors qu'il n'en manquait pas vraiment jusqu'alors, et il est sans doute impossible de résister à l'ambiance qui règne désormais dans le Petit Bain. Cela inspirera une autre remarque à Gilles ("que les fonctionnaires de Bercy nous entendent, juste de l'autre côté du fleuve : je hais les fils de riches !"), qui elle aussi déchaîne la fosse, avant de terminer les 55 minutes de set sur un euthanasie qui permet comme d'habitude à Vince de se lâcher sur sa guitare, la section rythmique et le clavier lui laissant toute latitude pour partir dans la direction qu'il veut. Le public est aux anges, le groupe ne semble pas mécontent non plus du travail accompli ni des réactions enthousiastes des spectateurs, alors on se doute qu'on ne va pas en finir aussi rapidement...

Le groupe revient donc, après les applaudissements et cris de rappel de rigueur, entamant avec la nuit tragique une bonne dizaine de minutes supplémentaires, qui permettent de réactualiser un titre emblématique : après son récent décès, c'est désormais patrick henry était innocent, sans perdre grand chose dans le rythme et l'intensité de la chanson, et ce réajustement historique est une bonne chose, puisque cela signifie que ce morceau continuera dans l'avenir à être interprété par le quintet ! De plus, comme je suis négatif et le vampire sont régulièrement des moments forts des concerts, vous imaginez bien que ce rappel est une tuerie, et qu'il ne calme pas vraiment les choses dans la fosse. D'ailleurs, Gilles y fera un petit passage, mais il aura bien du mal à conserver son équilibre et à retrouver son chemin vers la scène, emporté qu'il est par le mouvement de spectateurs qui ne se soucient que de leur plaisir, sans songer qu'il ne s'agirait pas d'abîmer notre chanteur... Tout va bien, nonobstant, il n'y aura nulle plainte de la part du groupe, tout cela confirme que l'atmosphère de la soirée est au (très) beau fixe. Le groupe quitte la scène, définitivement croit-on, mais la fosse ne se vide décidément pas, et après quelques instants d'hésitation le groupe revient pour un second rappel, un poil improvisé celui-là, mais on ne le ressent pas ainsi, tant je suis juste puis j'ai craché mes amygdales semblent avoir été autant travaillés que les titres précédents. On a donc dépassé l'heure et quart de prestation lorsque les lumières se rallument définitivement, il y a unanimité dans la salle sur le niveau extrêmement élevé de ce qui vient de nous être offert, certains plaçant ce concert dans les meilleurs auxquels ils ont pu assister ! Je ne remettrai pas en cause cette estimation, il fallait vraiment être au Petit Bain en ce vendredi soir, et la bonne nouvelle est que dans 15 jours, je vais avoir le privilège de revoir le groupe sur scène, non pas à Paris mais à Rouen, avec les Wampas de l'ami Tony, cela s'annonce là aussi comme une superbe soirée...

 

Set-list :

  1. je ne veux pas de catalogue
  2. plaire
  3. né pour dormir
  4. pourquoi penser à moi
  5. tueur à gages
  6. le rapace
  7. inavalable
  8. fier de ne rien faire
  9. maudit temps de chien
  10. grand chef
  11. c trop fort
  12. au-delà de là
  13. le spécialiste
  14. je hais les fils de riches
  15. euthanasie
  16. Rappel : la nuit tragique
  17. patrick henry était innocent
  18. je suis négatif
  19. le vampire
  20. Rappel 2 : je suis juste
  21. j'ai craché mes amygdales

 

La suite, beaucoup plus proche, ce sera dès ce dimanche, avec un Konstroy en direct du CICP, avec Union Jack, Alex et les Piétons et Apeupresk, puis lundi au Supersonic avec Le Singe Blanc.