Date : mercredi 17 janvier 2018

 

Ce mercredi soir, en dehors de la demi-victoire des zadistes de NDDL, c'est au Gibus que ça se passe. La preuve, il s'y trouvera du monde, beaucoup de monde, à croire que la récente hécatombe dans la variété française incite les punk-rockers à se déplacer pour voir encore et encore leurs glorieux anciens, on ne sait jamais...

 

Ce n'est pas forcément pour Arno Futur qu'on s'inquiète d'ailleurs, même si l'ancien chanteur des Sales Majestés a un certain vécu. Accompagné de deux guitaristes et d'un bassiste, il a abandonné l'idée d'un batteur pour lancer les boîtes à rythmes depuis son laptop, ce qui, on le sait d'avance, va limiter la spontanéité du concert, puisque un certain nombre de titres vont s'enchaîner directement. Le premier choc (plutôt positif) concerne la voix, puisque l'image de Spi ne cessera de me hanter, en un peu plus aiguë, en un peu moins compréhensible parfois également, mais ce n'est pas le plus dérangeant ce soir. En effet, on constate assez vite que le son général est extrêmement plat, on n'a pas forcément le sentiment d'être en concert, et si le chanteur fait de son mieux pour remuer un public plus occupé à prendre des photos qu'à s'agiter, cela ne suffit visiblement pas. Il faut dire également que les paroles ont tendance à tomber à côté, les slogans s'enchaînent sans réussir à créer l'enthousiasme, et si un intermède avec un membre de Hame Rek aurait pu créer l'intérêt, cela ne fait que confirmer un côté plutôt daté pour tout cela, y compris au niveau de musiques nées de guitares qui semblent avoir été usées jusqu'à la corde. C'est donc à mon sens un coup raté, ces 35 minutes n'auront changé ni la face du monde, ni celle de la soirée, alors que l'album semble paradoxalement très réussi : le passage sur scène, surtout en incorporant pas mal de boîtes, est un exercice qui peut s'avérer périlleux.

 

Mais c'est essentiellement pour supporter un chanteur bien plus ancien que la salle est quasiment remplie : Charlie Harper, 73 ans aux prunes, cheveux verts, canette de bière en permanence à la main (il en videra plusieurs dans son gosier avide), est l'inamovible leader des UK Subs, qui semblent tourner sans interruption depuis quarante ans, en plus d'avoir sorti un nombre d'albums largement supérieur à 26, puisque "Ziezo" est le 26e album officiel (un par lettre de l'alphabet) mais qu'un bon nombre de lives ont également paru au fil des années. On voit le groupe régulièrement à Paris (en 2014, 2015, 2016, et il y a exactement 364 jours au même endroit), on sait globalement sur quoi va s'appuyer la set-list, mais peu importe, on s'attend toujours à des surprises, et on ne va pas vous faire lanterner plus longtemps : rien que pour la reprise du hier kommt alex des Toten Hosen, il fallait être là ce soir, mais ce titre n'est qu'un des multiples cerises sur le gâteau. Car le quatuor, identique à celui de l'an passé (le "nouveau" guitariste a bien fait son trou, on pourrait difficilement trouver un batteur qui frappe aussi fort sur tout ce qui est à portée de ses baguettes, et Alvin le bassiste est presque aussi ancien dans le groupe que son chanteur), va nous offrir en guise d'introduction un enchaînement ininterrompu d'une bonne dizaine de titres, avec du récent comme du très vieux dedans (emotional blackmail, pour les connaisseurs, terminera cette superbe séquence), histoire de mettre d'entrée de jeu la fosse en feu. Et cela fonctionne à merveille, bien sûr, puisque le pogo sera incessant d'un bout à l'autre du set, les slams se succèdent, les chants aussi, puisque le public est présent mais connaît également sur le bout des lèvres l'intégralité des paroles de la discographie du groupe ! Par la suite, on va se rapprocher plus nettement de la set-list de l'an passé, mais personne ne s'en plaint, il faut dire que tomorrow's girls ou another cuba ne permettent pas de s'ennuyer, et si le guitariste menace plusieurs fois de sombrer dans le hard rock, cela demeure toujours de l'ordre de la bravade, les solos cessent juste avant l'énervement des spectateurs, et ses deux comparses cadrent suffisamment bien les morceaux pour qu'il s'y réinsère sans difficulté. A force de venir par chez nous, Charlie a fini par connaître un certain nombre de phrases en français, au grand plaisir des spectateurs, mais il n'a nul besoin de traducteur lorsque les premières mesures de party in paris déboulent, premier titre d'une série énorme pour les aficionados. S'ensuivront ainsi rien moins que warhead (les chœurs sont énormes dans la fosse), riot et stranglehold... Un titre plus loin, on atteint les 50 minutes, et comme l'an passé le groupe quitte la scène, mais comme l'an passé il va revenir pour un rappel identique, mais qu'on ne changerait pour rien au monde : c.i.d. en intro, i live in a car (la réalité est sans doute plus celle d'un bus désormais) en plat de résistance, et new york state police pour vider les lieux, que demander de mieux ? Au final, on reste juste en deçà de l’heure de set, mais on a eu droit à une telle intensité qu'on ne trouvera pas une âme pour s'en plaindre : efficacité, fun et énergie sont les maîtres mots des concerts des UK Subs, et une fois encore on n'aura pas été déçu d'un poil ! Bref, si tout va bien, on les reverra encore l'an prochain avec le même plaisir extrême !

 

Ce jeudi soir, c'est direction le Klub, avec Dear Deer qui ouvrira pour les KatzKab. Et le lendemain, le Petit Bain pour la release party des Olivensteins...