Date : vendredi 8 décembre 2017

 

Fin de semaine, on en profite pour rallier le lieu de concert le plus proche du taf : la Comedia annonce un début des concerts dès 19h, et si finalement il faudra attendre une demi-heure de plus, ce sera assis dans un fauteuil, avec une pinte de Picon à la main (4€), bref des conditions idéales pour un vendredi soir !

 

C'est un groupe de pas moins de 7 musiciens, dont 3 cuivres, qui entame la soirée, et en quelques secondes on a compris où Stylnox veut nous emmener : le ska-punk est affiché d'entrée de jeu, uniquement en anglais comme il se doit, mais assez rapidement on a l'impression que les musiciens manquent un poil de motivation. Le fait que la salle sonne encore largement le vide peut l'expliquer en partie (le public n'arrivera pas avant 20h30, globalement), cependant on reste sur ce sentiment d'un manque de peps, ce qui est très surprenant dans ce style, et la reprise à moitié excitante du poinçonneur des lilas (Gainsbourg) n'en est qu'une traduction. Ces 45 minutes passent donc sans beaucoup de passion, de toute façon il faut garder des forces pour la suite, il y a encore 3 groupes à suivre...

 

Ce n'est pas non plus Splinter Radio ! qui va déchaîner les passions, en dépit des appels répétés de l'un des guitaristes ("ça va la Comedia ?", c'est sympa une fois, mais pas toutes les 17 secondes...) à un public guère plus dense et guère plus intéressé que pour Stylnox. Là, le quatuor ne nous emmène pas du tout vers le ska-punk, mais plutôt vers un punk-rock à l'américaine, teinté d'un soupçon de grunge (ce sont peut-être les chemises de bucherons à carreaux qui m'incitent à la référence). Les quatre hipsters barbus ont pourtant des titres bien carrés et efficaces, mais sans doute justement trop éloignés de ce qu'attendent les spectateurs qui commencent à remplir les lieux : de l'énergie, certes, de la technique s'il le faut mais surtout du fun, et on sent le quatuor trop sérieux pour ce public. D'un autre côté, cela ne dépasse guère la demi-heure, le choc culturel n'est donc pas trop long à supporter.

 

C'est un troisième groupe en provenance de l'Essonne qui sonne le réveil des spectateurs : Baffes ou Torgnoles s'est fait une petite réputation au sein de la scène punk parisienne, même si c'est la première fois que je les vois sur scène. La balance sur un titre des Ramones met d'entrée les choses au point : du punk, toujours du punk, encore du punk, on va avoir droit à trois quarts d'heure d'énergie, de guitares, de paroles revendicatives/naïves/volontairement crétines, et si pour le coup c'est Trotskids qui me vient à l'esprit en écoutant les musiques, les morceaux souvent très courts sont l'occasion de hurler des textes à reprendre en chœur, de sale connasse en entrée à sale connard en dessert, via une reprise/adaptation pas dégueu du police milice (Trust), en passant par des jeux de mots propres à la scène (pas à l'aise... tinien !), bref de quoi lancer le pogo et faire bouger les spectateurs qui s'en donnent à cœur joie. La Comedia est désormais bien remplie, avec quelques chiens au milieu des humains, ça fume beaucoup (on retrouvera le lendemain matin les délicieuses odeurs de tabac froid ayant imprégné les vêtements, celles qui ne donnent pas envie de revenir trop d'années en arrière), et si de la bière jaillit ici ou là, c'est surtout par maladresse, et pas par volonté de la jeter, ici on ne gâche pas la bière ! Le quatuor peut mener à bien son set, qui ravit tout le monde, et avant de céder la place le quatuor invite les gens à ne pas partir, mais c'est inutile, il ne viendrait à personne l'idée de quitter les lieux maintenant...

 

Car c'est Louis Lingg and the Bombs qui est chargé de conclure, et le sextet parisien est un habitué des lieux, et donc des spectateurs, qui n'attendent guère avant d'entamer un pogo endiablé qui ne cessera jamais, tout au long des 45 minutes accordées. Venu pour défendre son dernier album en date "favela ninja", désormais sorti en CD et en K7 (old school !), le groupe emmené par Josh (en gilet de sécurité fluo trop petit) démarre avec un favela ninja qui donne le ton : punk, oui, mais pas que, tout au long du set les diverses influences de chacun des membres se feront jour, y compris le hip-hop, et si on a droit à quelques titres encore inédits (sheena is too old, par exemple), c'est que le groupe a toujours un album d'avance... La set-list prévisionnelle est largement malmenée, car certains lancements ne fonctionnent pas de manière optimale (les samples, entre autres), alors on se balade dans le temps et la discographie, balançant tant un occupy everything récent qu'un r.e.v.o.l.t. plus ancien, et si Josh vient faire un tour rapide dans la fosse (sa guitare risque gros, sur le coup), Juliette reste sagement sur son piédestal devant la batterie, ce qui lui permet de voir et être vue par le plus grand nombre. Comme à chaque fois, on sent que chacun des musiciens s'amuse sur scène, et cela se ressent, il n'y a pas de pression qui les retienne, on donne tout, et on voit ce que ça donne. Le résultat est parlant : ça danse, ça chante, ça se bouscule gentiment, et le public très mixte (le punk n'est heureusement pas réservé à la gent masculine) s'amuse sans réfléchir, et on ne détecte pas la moindre once d'animosité entre quiconque. Au bout d'un old skool boom boom endiablé, c'était la meilleure des façons de terminer cette soirée, qui a en quelque sorte monté en puissance au fil des groupes, et si on peut toujours rechigner et se plaindre d'une durée trop courte, on se souvient rapidement qu'il est déjà 23h30, et que si l'on veut que la Comedia continue à vivre et à permettre ce genre de soirées, il ne faut pas trop tirer sur la corde et risquer les éternelles fermetures administratives. Bref, c'était bien, comme très souvent ici, et on ne regrette nullement de devoir affronter le froid en repartant, c'est le prix à payer, bien modique en regard du plaisir pris !

 

Ce samedi, on espère que la garden-party sur les Champs-Élysées ne va pas nous empêcher d'atteindre la Maroquinerie : Charles de Goal est de retour !