Date : dimanche 23 juillet 2017

 

Difficile de se motiver pour sortir un dimanche soir, alors que le temps est plus automnal qu'estival, on ne s'étonne donc qu'à moitié de constater que le Klub sonne légèrement le creux, il faut dire qu'en arrivant à l'heure indiquée, on a trois bons quarts d'heure à patienter avant de voir des musiciens grimper sur la scène (du bas, pour l'occasion). On aura donc eu le temps de constater que le Klub a subi un bon coup de ripolinage, fini le tout noir les murs sont clairs, et on gage que la salle du haut a elle aussi été la bénéficiaire de ce petit rajeunissement.

 

C'est un duo qui est chargé d'inaugurer la soirée, et on ne va pas tourner longtemps autour du pot avant d'avouer que Poison Point ne m'aura guère permis de sortir de ma torpeur, vous comprendrez immédiatement pourquoi lorsque vous apprendrez qu'en dehors du micro du chanteur, on ne trouve que des boîtes, des machines et des claviers pour composer les morceaux oscillant entre dark-cold (relativement supportable et écoutable en début de set) et EBM (ça commence à sérieusement bastonner, et je ne trouve plus grand chose à conserver en fin de prestation). On notera tout de même que la cave s'est bien remplie, qu'une partie des spectateurs danse allègrement, et que cela ne doit guère dépasser la demi-heure de durée, autant dire qu'on ne se plaindra qu'à mi-voix : tout n'était pas à jeter, et ce n'était pas interminable ! Mais lorsque le groupe termine son set, on se rapproche nettement de la scène, histoire de profiter à plein de ce qui va arriver.

 

Depuis leur prestation d'août dernier au Gibus, les Anglais de 1919 ont écrit un nouvel album (que l'on récupère illico au merch, avec en sus une longue et agréable discussion avec Rio, le chanteur) et perdu leur guitariste et fondateur (un crabe ultra rapide), autant dire qu'on attend cette prestation avec un intérêt accru par la perspective de nouveaux morceaux et d'un guitariste très juvénile. Le quatuor se pointe sur scène, s'installe, Rio s'est grimé en genre de Joker (maquillage dépassant largement sur les joues), son bassiste arbore un joli t-shirt des Lords of the New Church, et si le batteur est encore en t-shirt, cela ne durera guère... Histoire de mettre les choses au point d'entrée, le groupe débute avec un nouveau titre, et ce zeitgeist prouve immédiatement que le nouvel opus ne dépare pas dans la discographie, on retrouve ce post-punk à la guitare évoquant énormément celle de Geordie (Killing Joke), et à la rythmique implacable, le batteur martelant ses fûts avec un degré de finesse improbable et le bassiste faisant office de métronome, histoire de laisser toute latence à son guitariste pour faire son taf. Ce jeune guitariste ne se laisse d'ailleurs pas démonter par son faux départ sur revenge, on le sent sûr de ses qualités musicales, tout en restant largement dans l'ombre de Rio, seul à faire le spectacle au milieu de ses acolytes. Le chanteur est assez bavard, mélangeant un français très correct et un anglais au débit pour le moins difficile à suivre, il présente les titres, anciens comme tout neufs, et on retrouve cette passion et cette puissance vocales qui nous avaient tourneboulés l'été dernier. Après le raté du guitariste, c'est le batteur qui doit se faire remettre la batterie en place, cela fait sourire Rio qui invoque Zeus et les Dieux du Klub, mais en vain, puisque c'est son micro qui le trahit, et plutôt deux fois qu'une, sans pour autant que le groupe ne s'abandonne à un quelconque désappointement, cela continue à jouer, et ô combien magnifiquement, et tant pis si quelques paroles se sont perdues en chemin... Dans la cave, chacun est hyper attentif, des danseurs du premier rang, qui ne cherchent pas à empiéter sur l'espace alloué aux plus statiques spectateurs, qui se régalent eux aussi devant cette copie quasi parfaite, même si on n'oublie pas les petits désagréments techniques. Il faut dire que le public n'est pas venu par hasard, on l'a dit, une bonne partie était au Gibus, d'ailleurs, et ce retour au début des années 80 n'est en rien nostalgique, car les sonorités sont bien actuelles, et si le son est plutôt fort dans la cave, on peut estimer qu'il est d'une qualité très correcte. Le groupe mélange donc allègrement les nouveautés (8 des 10 morceaux de "bloodline") et les titres plus éprouvés, les mythiques after the fall, dream (le clou de la soirée, pour beaucoup) ou control ayant le même impact ce soir que sur galette, et comme il n'y a pas vraiment de temps morts (les 18 titres de la set-list seront expédiés en 69 minutes), on comprend que la sueur semble le vêtement le plus adapté aux musiciens, particulièrement le chanteur et le batteur. On ne fait même pas semblant de quitter la scène avant le rappel, on note donc que les deux derniers titres en font office, la prestation surpuissante se terminant avec un cry wolf monstrueux, et encore plus impressionnant quand on se rend compte que le guitariste se contente de 5 cordes, après que la 6e se soit cassée en route... Et une fois que le concert est terminé, croyez-vous que les musiciens vont se délasser/prélasser dans leur loge ? Que nenni, direction le stand de merch, mais pas en mode vente forcée, c'est surtout l'occasion de discuter avec qui veut, de demander ce qu'on a pensé du set, bref de faire preuve d'une gentille et d'une humanité sacrément appréciables dans le monde actuel ! On n'ose pas espérer revoir le groupe rapidement, mais l'opportunité s'en présentait, nul doute qu'on ferait le trajet avec envie et passion, y compris un dimanche soir s'il le faut.

 

Set-list :

  1. zeitgeist
  2. revenge
  3. retrograde
  4. control
  5. machine
  6. alien
  7. bloodline
  8. waiting for god
  9. inquest
  10. after the fall
  11. repulsion
  12. trespass
  13. dream
  14. death note
  15. disassociation
  16. tear down these walls
  17. this vanity
  18. cry wolf

 


La suite, ce sera sans doute Dear Deer au Supersonic dès ce mardi soir, en espérant que cela ne sera pas le dernier concert avant septembre - mais rien n'est moins sûr !