Date : dimanche 17 novembre 2019

 

C'est dimanche, généralement il n'y a pas de concert puisque Konstroy est là, mais aujourd'hui c'est CICP, pour une soirée de soutien aux communautés zapatistes en lutte, et le timing fait que si je rate le d-beat d'Ansiax, je peux être en place à l'heure où les deux groupes allemands (que l'on vient d'interviewer en anglais) vont se succéder devant un public bien plus fourni que lors des derniers CICP...

 

C'est un quatuor de Leipzig qui entame les hostilités, Static Means est composé d'un trio guitare-basse-batterie qui entoure une chanteuse qui de temps en temps tapote sur son Korg, et si le groupe est plutôt intéressant dans sa version studio (un album, un 45T, deux cassettes depuis 2012), on va vite comprendre qu'en live la qualité se retrouve démultipliée... Pourtant, cela démarre presque tranquillement, avec une petite voix gentillette qui susurre des paroles en anglais, mais très vite le groupe intervient, et nous propose un post-punk dans le bon sens de l'appellation, avec une batterie qui n'hésite pas à diversifier les rythmes, y compris au sein des morceaux, une basse bien lourde mais pas omniprésente, et un guitariste qui lui aussi est capable de nous offrir des envolées (je ne parle pas de solos, qu'on se le dise !) que de jouer par petites notes, on passe du grave à l'aigu quand il le faut, et comme les morceaux peuvent être très rapides comme plus mesurés, on est loin de sombrer dans la facilité. Les spectateurs ne s'y trompent pas, qui réagissent avec ferveur (même un peu trop aux yeux du batteur, qui demande à ce que le pogo reste respectueux des un.e.s et des autres), et resteront nombreux d'un bout à l'autre des 35 minutes de set. Pour vous donner une idée, je pense parfois à X-Mal Deutschland, parfois à Frustration, le spectre est donc relativement large, et si le groupe n'en fait pas des tonnes, scéniquement parlant, on sent que Jana, la chanteuse, est totalement habitée par ses morceaux, et cela offre une vision étonnante, tremblante et quasi-épileptique. Certains se plaindront d'un manque d'originalité, et effectivement il n'y a pas de révolution musicale dans cette prestation, il n'empêche que c'est sacrément bien fait (du travail de pro !), et qu'on aurait bien repris un ou deux titres de plus - ce sera pour la prochaine fois que le groupe reviendra en France, ce soir c'était sa première !

 

Un tout petit changement de plateau plus loin (on a tout de même eu le temps de passer au bar), et c'est un trio qui entame son set. Snow Trail est allemand également, mais basé à Iena, et si le groupe affiche également la notion de "post-punk" en guise d’emblème, on va très vite comprendre que ce terme fourre-tout cache une bien plus vaste variété de styles exécutés, puisque le trio guitare-basse-batterie y insère par exemple une bonne dose de noise, mais aussi de punk à l'occasion. C'est le batteur qui chante majoritairement, bien appuyé de temps à autres par le guitariste, et si le groupe est jeune (tant au niveau de l'âge des musiciens que d'une ancienneté remontant à un peu plus d'un an), la combinaison des horizons bien différents d'où proviennent chacun de ses membres (horrorpunk/hard-rock/métal pour le bassiste, guitare classique pour le guitariste, punk 70's et électro-punk pour le batteur) aboutit à une mixture tout à fait délectable, qui m'évoque régulièrement Litovsk par exemple, et là encore on note que le set est particulièrement carré, et que le groupe s'adapte facilement aux difficultés techniques inhérentes à ce genre de lieu à l'acoustique pas forcément parfaite et au matériel parfois un poil vétuste. La seule chose qu'on pourra regretter, après ces 35 petites minutes de set (le groupe n'a que 10 morceaux en stock, et ne veut pas poser de problème aux organisateurs en dépassant trop les horaires prévus), c'est qu'une partie du public soit restée au bar ou à l'extérieur pendant cette prestation, qui aurait mérité un taux de remplissage de la salle équivalent à celui de leurs comparses de Static Means. Cependant, vous l'aurez compris, la mini-tournée de ces deux groupes est une sacrée bonne idée, et les Lillois qui auront l'occasion de les voir ce lundi soir au Centre Culturel Libertaire ne devraient pas le regretter...

 

La suite, ce sera pour moi dès ce lundi soir également , avec les Gotobeds à la Boule Noire.