Date : mercredi 21 novembre 2018

 

En arrivant au Trianon, ce mercredi soir, on est un poil surpris de ne pas devoir faire la queue, et même si la salle se remplira petit à petit, on sera loin de faire le plein, alors qu'on aurait pu l'espérer. Mais le tarif (près de 35€ hors frais) et le fait que la tête d'affiche soit venue à Paris il y a à peine plus d'un an ont sans doute refroidi quelques spectateurs potentiels, ce que l'on peut comprendre...


Pour réchauffer la salle, c'est un quatuor suisse qui arrive sur scène à 20h00 pétantes (les lumières se sont même éteintes prématurément, par incompréhension entre les techniciens de la salle et ceux sur scène) : Disco Doom œuvre en mode classique (deux guitares, basse, batterie), avec la guitariste qui est parfois aux machines, et - rassurez-vous ! - ne joue ni disco, ni doom. Il ne faut pas plus de quelques secondes pour comprendre que le groupe marche sur des traces que l'on qualifiera d'indie-pop américaine, la référence la plus évidente étant celle des Breeders, même si le chant masculin m'évoquera plutôt celui de Kurt Cobain. Breeders, donc, même si ce qu'on peut trouver sur internet cite plutôt Sonic Youth (je n'ai pas entendu de lien, même lointain), et quand cela se calme un brin on peut y entendre également des Beatles un poil énervés, c'est globalement bien fait, les morceaux ne sont pas déplaisants, mais... on a juste l'impression d'entendre un groupe de reprises, alors on traîne une vingtaine de minutes dans la salle avant de rejoindre le bar, avant que celui-ci ne soit pris d'assaut par les hordes étrangères et assoiffées - oui, la salle, non contente de ne pas être pleine, a une tendance à parler anglais qui laisse croire qu'un certain nombre de spectateurs sont venus d'ailleurs... Une première partie loin d'être mémorable donc, mais qu'on ne vouera pas aux gémonies, juste aux oubliettes de l'histoire des concerts de rock.


Il est pile 21h00 lorsque bela lugosi's dead (Bauhaus) surgit des enceintes pour accompagner l'arrivée du quatuor américain the Breeders, dans la même formation qu'il y a un an, c'est-à-dire celle qui avait enregistré l'album "last splash" en 1993... Les deux sœurs jumelles Kim (chant-guitare-basse) et Kelley (guitare-choeurs-basse), dont on voit qu'elles n'ont pas suivi les mêmes addictions au fil des années (la drogue et la boisson ne donnent pas les mêmes effets physiques...) sont accompagnées de Josephine Wiggs, la hiératique bassiste à l'humour pince-sans-rire et à la machine à bulles, et du batteur Jim MacPherson, qui semble un géant au milieu de ses fûts et cymbales, qu'il martyrisera tout au long du set. Entamant son set avec un saints justement tiré de "last splash", on comprend que cet album-clé va se voir offrir la part du lion, comme l'an passé, mais comme il est suivi immédiatement de wait in the car, il ne faut pas être devin pour deviner que le (très bon) petit dernier "all nerve", sorti en 2017, va lui aussi se voir offrir une belle exposition. Les quatre premiers titres passés (on a ajouté no aloha et divine hammer pour continuer à faire monter la pression dans la salle), le quatuor va varier les origines des morceaux, et en même temps un peu calmer les esprits, puisqu'il faudra attendre la reprise des Beatles, ce happiness is a warm gun, pour que la tension revienne dans la salle, et qu'on sente également que le groupe se détend peu à peu sur scène : les interventions de Kim et Kelley, voire de Josephine, se multiplient, sans pour autant être forcément bien compréhensibles - l'essentiel est qu'on ne sent pas un set millimétré, il y a toujours la possibilité d'une erreur, et on évite ainsi le show trop calculé pour être honnête, y compris l'intervention ponctuelle du préposé au merch' au clavier l'espace d'un morceau... Si la tension revient, avec les tubes new year ou cannonball, on n'est pas non plus dans l'hystérie, ce sont des versions excellentes mais pas non plus inoubliables, mais qui ont, comme sur le reste des morceaux de la set-list, l'avantage de s'éloigner des versions studio, ce qui est tout de même l'intérêt du concert... Les deux sœurs assurent des échanges bien huilés, accompagnées de loin en loin par Josephine, et on a droit à un remplacement de parties de violon par la guitare et la voix de Kelley, ce qui est plutôt inattendu mais efficace, la ballade bluesy-country drivin' on 9 (reprise d'un obscur groupe dont la violoniste joua avec les Breeders) suscitera des applaudissements nourris (ce n'est pas mon morceau favori, loin de là), et le groupe enchaîne les titres qui demeurent tous assez courts, voire même inachevés (les fins sont souvent abruptes), jusqu'à la reprise finale du gigantic (les Pixies), qui offre l'extrême avantage de ne pas nous faire subir les geignements de Franck Black... On en finit là, mais on croit fort au rappel, et celui-ci arrive au grand plaisir de tous, avec trois titres anciens pour clore la soirée, au bout de plus de 80 minutes extrêmement sympathiques, pas inoubliables mais tout de même très réussies. Si on aurait évidemment apprécié en avoir une couche supplémentaire, il n'y a pas eu tromperie sur la marchandise, et on peut repartir content chez soi, ou s'attarder au merch', qui est bien fourni (vinyles, CD, t-shirts, badges) et bien moins onéreux que certains récents concerts auxquels on a assisté...

Set-list probable :

  1. Saints
  2. Wait in the Car
  3. No Aloha
  4. Divine Hammer
  5. All Nerve
  6. Invisible Man
  7. Fortunately Gone
  8. Dawn: Making an Effort
  9. Happiness Is a Warm Gun
  10. Safari
  11. New Year
  12. Cannonball
  13. Bang On
  14. Skinhead #2
  15. Drivin' on 9
  16. Off You
  17. Spacewoman
  18. S.O.S.
  19. Nervous Mary
  20. Meta Goth
  21. Gigantic
  22. Rappel : I Just Wanna Get Along
  23. Do You Love Me Now?
  24. When I Was a Painter

 

La suite, ce sera un enchaînement dimanche/lundi, avec Lene Lovich au Supersonic à la fin de la semaine puis Uranium Club au Gibus au début de la semaine prochaine.