Date : vendredi 1er décembre 2017

 

C'est vendredi soir, il fait froid mais surtout il y a plein de bons concerts prévus à Paris (dont un Cabaret Sauvage rempli avec Los Tres Puntos et un Petit Bain accueillant Kid Congo), autant dire qu'une petite inquiétude nous taraude en arrivant à la Maroquinerie : va-t-on se retrouver en petit comité, ou bien la communauté des rockers parisiens va-t-elle s'avérer plus grande que prévu ?

 

On est relativement rassuré en entrant dans la salle : dès que les quatre Spermbirds arrivent sur scène, la fosse se remplit et commence à tanguer, tandis que les travées elles aussi commencent à amasser du spectateur. Je dis quatre musiciens, car pendant deux titres, le second guitariste est absent, soniquement parlant en tout cas, mais les choses reviennent rapidement dans l'ordre. Ses comparses ne l'ont pas attendu pour entamer leur set tambour battant, sur fond de hardcore extrêmement varié, les rythmiques se suivent et sont très loin de se ressembler, il est donc impossible de s'ennuyer, surtout que le chanteur, visuellement proche d'un Sytoss qui aurait abandonné son micro-oreille et les fûts des 3 Gnomes, n'est pas le dernier à mettre de l'ambiance. Cela part parfois dans tous les sens, on frôle à l'occasion le rap-rock, heureusement en restant du bon côté de la ligne, et des sonorités plus Dead Kennedys permettent de se conforter dans l'idée qu'il aurait été bougrement dommage de ne pas venir jusqu'ici : si beaucoup (sur les réseaux sociaux) s'extasiaient sur une telle affiche, pour ma part je découvre totalement ces Colonais énergiques, percutants, et heureux d'être là et de partager l'affiche avec les Burning Heads. Ces trois quarts d'heure, qui se transforment en 53 minutes par la grâce d'un rappel plus ou moins imprévu mais loin d'être bâclé, et ce ne sont donc que des visages ravis que l'on découvre alentour lorsque les lumières se rallument : une sacrée première partie, la soirée est vraiment bien lancée !

 

Le programme annonce une surprise, même les héros de la soirée ne sont pas au courant, et après une petite introduction de Guillaume Gwardeath ce sont 5 musiciens qui débarquent, issus de divers groupes de la deuxième partie des 90's (Drive Blind, Parkinson Square, Thugs...), pour une grosse demi-heure de reprises croisées ou externes aux groupes précités, dont un papapapa (Thugs) que n'auraient pas renié les Angevins. Dès le deuxième titre, une voix féminine vient s'ajouter à la fête, même si je dois avouer qu'elle n'apporte pas grand chose de bon sur les reprises du what do i get (Buzzcocks) ou du hangin' on the telephone (Blondie / Nerves). En revanche, elle est parfaite sur la lourde cover de L7, dans un style énervé/riot très réussi, et si l'exercice général est un peu surprenant (on n'assiste à rien d'autre qu'à un bœuf d'amis des Burning Heads), il est tout de même plutôt réussi. En guise de cerise sur le gâteau, Pit et JYB sont invités à participer, en reprenant (en anticipation du set qui va suivre ?) leur propre break me down, autant dire que désormais la salle (quasiment pleine à c't'heure) est chaude comme la braise, et que tout le monde est dans les starting-blocks.

 

Ceci explique sans doute que la mise en place des Burning Heads est expédiée, les Orléanais ont déjà pris du retard sur les horaires annoncés, alors cela démarre avec un reggaeisant we gonna party, avant d'enchaîner de longues périodes d'un hardcore évitant les pièges de la lourdeur et quelques intermèdes plus calmes, histoire de permettre à chacun, sur scène ou dans la salle, de tenir le coup jusqu'au bout. Là, c'est clairement l'osmose entre les spectateurs et les musiciens, le plaisir partagé est immense, il faut dire que le groupe sait y faire, après 30 ans de "carrière" mais surtout de tournées ayant permis de maîtriser l'exercice du live. Cet anniversaire permet de piocher dans la discographie du groupe, dans les diverses périodes, et l'agitation qui ne cessera jamais dans la fosse est une réaction logique à l'énergique musique qui sort des enceintes. Presque à chaque nouveau titre, on entend des spectateurs pousser des soupirs appréciateurs, chacun a droit à son morceau favori, et les slams se succèdent à un rythme effréné, dans une bonne humeur générale que le groupe n'est pas le dernier à partager. Les musiciens s'appuient majoritairement sur leurs propres compositions tout au long du concert, mais juste avant sa fin (on doit avoir atteint la trentaine de titres exécutés en un peu plus d'une heure, faux rappel compris !), c'est une étonnante reprise de making plans for nigel (XTC), suivie d'une non moins surprenante cover de the guns of brixton (Clash) qui nous sont offertes, on est à la fois loin des versions originales et paradoxalement proche de leur esprit, cela boucle merveilleusement ces 80 minutes qui nous ont dangereusement rapprochés de 23h30, heure supposée de l'extinction des feux.

Cela explique que le groupe ne s'éternise pas dans les loges, il faut profiter à plein de la scène, de la salle, et d'un public aussi fervent, alors le groupe revient avec en guest le chanteur d'origine (ai-je bien compris ?), mais qui aura un micro laissant la sensation qu'il participe en playback, et termine ce rappel sur une nouvelle reprise, celle de no way (Adolescents) largement accompagnée par les chœurs des spectateurs. On y est, on a atteint l'heure et demie de prestation, on a dépassé les 23h30, mais le groupe ne veut pas nous abandonner comme cela, le batteur est particulièrement partisan de nouveaux titres, alors on a droit à cet ultime rappel, sur la base de deux morceaux, puis d'un troisième qui est réellement le dernier, pour finir cette centaine de minutes intenses peu après 23h45, on ne s'attendait pas à ce que cela dure aussi longtemps, en dépit de la générosité du groupe, on a été particulièrement gâtés, et cela aura confirmé la réputation du groupe : énergique, généreux, efficace, et surtout totalement heureux sur scène, ce genre de sentiment se transmettant facilement au public. Bref, même si le choix entre les concerts de ce soir était cornélien, on n'a au final aucun regret d'être revenu à la Maro !

 

La suite, c'est dès ce samedi soir avec une belle affiche aussi à la Clef : Frustration est accompagné de Plomb et Komplikations...