Date : vendredi 6 novembre 2015

 

La Java a attiré beaucoup de monde, en ce vendredi soir de mai (ah non, il paraît qu'on est en novembre), et si au premier abord la moyenne d'âge est plutôt élevée, on verra apparaître quelques jeunes quand les concerts prendront leur envol, et dans tous les cas on ne va pas se plaindre de constater que les "vieux" (c'est relatif, personne n'atteint l'âge de Johnny, par exemple) sont capables de se réunir en fin de semaine, une bonne partie de la fine fleur du punk parisien étant présente dès l'ouverture de la salle - il paraît que la queue à l'entrée était impressionnante. En arrivant sur les coups de 20h00, il n'y a qu'à entrer rapidement pour ne pas rater les débuts du concert inaugural...

Car si des horaires très précis (20h-20h45 pour la première partie, 21h-22h pour la 2e) ont été annoncés, on constate que les Soucoupes Violentes ont déjà pris quelques minutes de retard (pas grand chose, moins de 10'), ce qui laisse présager que le timing est plutôt évolutif. Engageant les hostilités avec le très ancien rester au lit, le quatuor fait en sorte qu'aucun spectateur ne regrette de n'avoir pas suivi ce conseil, la débauche d'énergie est réelle, et le public très dense et nombreux, il faut le dire, réagit avec une belle frénésie à ce qui lui est proposé. Basse-batterie-guitare-clavier, on est dans le classique pour la nouvelle mouture du groupe dont le son très reconnaissable n'est pas gâché par l'acoustique (contrairement par exemple au dernier concert à la Comedia), ce soir les claviers sont audibles, précis, et si les titres les plus anciens ravivent des souvenirs, les titres plus récents ne déparent pas l'ensemble, il y a une réelle homogénéité dans le set, mais cela en est peut-être également un point légèrement dommageable. Je m'explique : les titres les plus énergiques empêchent de se poser la moindre question, ils sont très efficaces, mais dès lors que le tempo se ralentit un peu on peut avoir le léger sentiment de redites, de ne pas forcément distinguer les titres les uns des autres, particulièrement lorsque le français est abandonné au profit de l'anglais. On n'ira pas jusqu'à jeter le bébé avec l'eau du bain, cela reste un concert pour le moins honorable, et on ne constate d'ailleurs aucune défection durant l'heure de prestation dans les rangs des spectateurs devant la scène (ou ce qui en fait usage, ici il ne faut pas être trop petit sous peine de ne rien voir dès le 4e rang), mais cela confirme que si les Soucoupes Violentes restent un bon groupe de rock français, et que je conserve leurs albums en y jetant à l'occasion une oreille tu jours attentive, c'est surtout pour la suite que nous sommes venus, il ne faut pas se mentir...

Car depuis leur reformation il y a un peu plus de deux ans, les Olivensteins ne nous ont jamais déçu sur scène, les évolutions des musiciens ayant débouché sur des prestations toujours plus impressionnantes, ce qui explique sans doute l'engouement de ce soir, et l'irruption dans les tout premiers rangs de spectateurs jeunes, désireux de bouger, et qui en sus semblent connaître l'ensemble des paroles par cœur, preuve d'un investissement évident. Le quatuor investit la scène peu après 21h15, et entame son set de manière identique à la dernière prestation à la Fête de l'Huma, vivement que je sois vieux étant à la fois de circonstances eu égard à la moyenne d'âge déjà évoquée et surtout une excellente introduction, on est d'office dans le vif du sujet, et reprendre des titres anciens permet de se mettre le public dans la poche. Qu'on ne s'y trompe pas, le groupe ne fait pas du tout dans la facilité, et n'est pas en pilotage automatique, on remarque ainsi que Vincent le guitariste se lâche de plus en plus, sans doute conforté par une section rythmique à la fois fiable et efficace, le duo basse-batterie Didier-Clément offrant une assise très solide sur laquelle la guitare peut dériver et le chant se poser sans trop de risques, même en cas de défaillances techniques (Gilles n'aura plus de retour au bout d'un moment, et le batteur connaîtra lui aussi quelques désagréments du même ordre). En début de set, on n'en est pas encore à ces difficultés, on est juste dans l'efficacité immédiate, le public est encore assez sage, mais la première déflagration survient dès les premières mesures de pourquoi penser à moi, qui fait rentrer une jeune spectatrice en transe, et amorce un pogo qui ne se calmera plus avant la fin. C'est un premier temps très fort, qui est suivi d'un tout nouveau titre, le rapace, bien dans la veine du groupe, aux paroles très compréhensibles (merci l'acoustique), qui est prévu pour apparaître sur l'éventuel futur album qui promet déjà beaucoup... Temps de chien est lui aussi une nouveauté, même s'il a déjà été entendu lors des derniers concerts, il prend lui aussi une place importante dans la set-list, et la reprise du spécialiste amène le groupe dans les meilleures conditions pour fier de ne rien faire, hymne ô combien connu, repris et réinterprété, qui occasionne ce soir un genre de folie collective, ça saute dans tous les sens, les bières volent (pas très haut, la hauteur du plafond étant largement inférieure à 2,50 m), les paroles sont entonnées en chœur, je dois avouer qu'en une petite dizaine de concerts du groupe je n'ai jamais vu un tel déchaînement dans le public !
Le niveau de qualité ne baissera jamais, par la suite, et l'enthousiasme du public non plus, ce qui nous permet d'assister à une montée sur scène suivie d'un stage-diving improbable, et même un départ de morceau un poil raté par Clément ne fait pas baisser la pression, on a le sentiment d'un échauffement mutuel entre les musiciens et les spectateurs, et si cela aboutira à un (presque) début de bagarre dans le public, le groupe sera boosté par cette ambiance pour le moins énervée. Le temps de rappeler que les APL sont supprimées aux enfants d'assujettis à l'ISF, et chacun comprend que c'est je hais les fils de riches qui va surgir des enceintes, là aussi la foule réagit immédiatement, et on n'oubliera pas de mentionner euthanasie, qui termine brillamment ces 54 minutes de set avant que les musiciens, bien trempés, se permettent un (très) petit passage par la case "loges" pour souffler quelques secondes.
Bine entendu, il est hors de question d'en finir ainsi, il nous est donc offert un rappel en trois titres, qui refont monter la pression jusqu'à ce que les lumières se rallument définitivement, et que chacun tente de retrouver son souffle et une température corporelle normale. Le bilan est simple : le groupe peut désormais introduire de plus en plus de nouveaux titres sans que le public se plaigne de telle ou telle absence dans la set-list (c'est sans doute la première fois que Patrick Henry... n'en fait pas partie, par exemple) ; au niveau musical le groupe est de plus en plus soudé, Vincent s'offre des escapades extrêmement réussies (du solo pas plombant jusqu'aux sonorités de claviers exécutées à la guitare), tandis que Gilles s'amuse sur scène et prend un plaisir non feint à être là, et Didier et Clément ont toute leur place, leur jeu correspondant parfaitement aux structures des morceaux. Et quand on discute ou entend les conversations post-concert, sans parler des sourires affichés sur tous les visages environnants, il est évident que ce sentiment de niveau très élevé de qualité est ressenti par beaucoup, de quoi donner encore plus aux musiciens l'envie de continuer à jouer et composer. Tant mieux, et pour eux, et pour nous, autant dire qu'on attend la prochaine date parisienne du groupe avec envie et délectation, puisque le quatuor partagera la scène de la Boule Noire en janvier avec rien moins que Brian James... Vivement la St-Vincent donc !

Set-list :
  1. Vivement que je sois vieux
  2. J'ai craché mes amygdales
  3. Né pour dormir
  4. Pourquoi penser à moi
  5. Le rapace
  6. Temps de chien
  7. Tueur à gage
  8. Fier de ne rien faire
  9. C'est trop fort
  10. Les catalogues
  11. Juste
  12. Je hais les fils de riches
  13. Jolis cœurs
  14. Euthanasie
  15. Rappel : Je suis négatif
  16. Le spécialiste
  17. Le vampire


Même pas le temps de se reposer, car dès ce samedi soir ce sont les Slaves qui reviennent, à la Maroquinerie.