Date : jeudi 19 avril 2018

 

Cela faisait presque un an que je n’avais pas mis les pieds à la Machine du Moulin Rouge, et ce soir-là (pour l’anniversaire de Born Bad) les lieux étaient archi-bondés. En ce jeudi soir, on est loin d’effectuer le même constat, le prix (plus de 25€) étant la seule explication rationnelle à ce phénomène de désertification, car l’affiche vaut plutôt le coup, sur le papier…

 

Cela commence pile à l’heure annoncée, avec un quatuor batterie/basse/2 guitares qui s’installe sur scène, capuches sur les têtes, allure revêche, et propose une musique sombre, lourde, métallique également, qui prend toute sa consistance lorsque sa chanteuse arrive : Volker fait dans le « Dark rock », ce qui ne signifie pas grand-chose en soi, mais si vous précisez que sa screameuse alterne chant clair et voix gutturale, peut-être cela évoquera-t-il quelque chose pour vous. En première approximation, pour un novice de ce genre de musique, on pourrait estimer qu’on est plus proche de Cradle of Filth que des Sisters, mais cela n’est pas forcément une critique, tout cela reste largement écoutable, même pour moi. Bien sûr, on remarque que les looks et attitudes sont plutôt en conformité avec ce que l’on peut en  attendre : le noir est omniprésent, certains musiciens arborent une grosse barbe, ou des cheveux très longs, la meneuse arbore une jupe plutôt mini et un soutif pas loin d’être apparent, et il y a beaucoup de jeu vis-à-vis du (relativement maigre et amorphe) public. Les « ça va ou quoi ? » et autres « je veux vous voir bouger » ne sont pas forcément efficaces, mais on sent également que les spectateurs sont surtout en attente des deux groupes à suivre. Alors, si ces 32 minutes ne révolutionneront pas l’histoire de la musique live, on ne crachera pas non plus dans le chaudron de soupe, le quintet a fait les efforts qu'il fallait pour chauffer la salle, et n’est pas nécessairement responsable s’il semblait un brin en décalage avec ses successeurs.

 

Vingt minutes pétantes de changement de plateau, et lorsque les spots se rallument sur scène, on peut remarquer que la batterie a été ornée de fleurs (funéraires ?), tout comme les pieds de micros, et si le batteur est plutôt caché derrière ses fûts, on voit très bien la guitariste et la bassiste qui s’installent, elle (Maitri de son petit nom) en mini-robe maxi-pigeonnante, lui (Valor pour les intimes) sous un demi-masque de fer, portant une cape et un couvre-chef étrange qui ne sera que le premier d’une longue série. Christian Death, puisque c’est le nom du trio, fut en un temps (reculé ?), et avec un line-up bien différent, le créateur de ce qu’on l’a appelé « Death-rock », et si d’aucuns se lamentent toujours de la disparition de Rozz Williams (qui incarnait le groupe et le genre jusqu’à son suicide il y a juste 20 ans) et de la scission du groupe original, on pourrait répondre que plus de 30 ans ont passé depuis cette séparation, et que la formation de ce soir a déjà largement fait ses preuves, rien qu’il y a un an et demi au Petit Bain par exemple… Si je ne reconnais pas le morceau inaugural (the nascent virion ?), la suite est plus évidente, avec un certain nombre de titres tirés du dernier album en date ("the root of all evilution", 2015), mais qui pour la plupart sont dans la lignée de ce qu’on peut attendre de CD : c’est bien sombre, la basse est bien lourde, le chant est lui aussi bien sombre, surtout quand c’est Valor qui s’en charge (Maitri n’aura droit qu’à quatre titres), même si on aurait apprécié mieux distinguer la voix de M. Kand, surtout en début de set. Celui-ci ne se contente d’ailleurs pas de chanter et jouer de la guitare, il utilise par exemple un violon sur the serpent’s tail, c’est une belle réussite au passage, et si globalement on sent que l’apport d’un second guitariste pourrait apporter plus d’ampleur et de précision dans les morceaux (il y a quelques parties enregistrées, mais presque pour la forme…), on se laisse prendre par une certaine fragilité inhérente à cette formule en trio. Lorsque c’est Maitri au micro, on a l’impression que les morceaux prennent un poil de lourdeur supplémentaire, sans doute parce qu’elle se limite dans son jeu de basse, mais cela n’est pas vraiment un défaut, car hormis sur secrets down below, qui est loin de me transporter, les autres (forgiven, le très félin workship along the nile) valent largement le coup d’oreille ! On sent le public appréciateur, quoique peu démonstratif, le duo de chanteurs (le batteur se limite à faire une croix avec ses baguettes entre deux titres) aimerait sans doute plus de ferveur, et il faut attendre un romeo’s distress étonnant (rien que par le fait d’être interprété, vocalement parlant, par Maitri) pour sentir que la fosse ondule sérieusement. C’est malheureusement le dernier morceau du set, même si Valor incite les spectateurs à faire du bruit s’ils veulent faire revenir le groupe sur scène après ces petites 54 minutes. Cela siffle donc, et ça applaudit, et ça tape des pieds, mais c’est une discussion ubuesque qui se déroule en bord de scène. En effet, le groupe est prêt à revenir sur scène, visiblement les organisateurs sont d’un avis contraire, Valor et ses comparses décident de forcer le destin, et entament un inespéré this is heresy qui conclut de superbe manière la prestation, lorsqu’il est brutalement interrompu bien avant son paroxysme, obligeant les musiciens à quitter les lieux, autant furieux que le public peut l’être. C’est bien la peine de faire venir un groupe, mythique s’il en est, pour l’empêcher de terminer son heure de concert ! Et on ne peut que le regretter, car la prestation de ce soir était, de manière différente du Petit Bain, de celles dont on se souviendra longtemps…

 

Set-list :

  1. The nascent virion
  2. Penitence forevermore
  3. The serpent’s tail
  4. We have become
  5. Forgiven
  6. Seduction thy destruction
  7. Secrets down below
  8. Out of control
  9. Workship along the nile
  10. Illuminazi
  11. Sick of love
  12. Romeo’s distress
  13. Rappel : This is heresy

 

La dernière fois que j’avais vu Punish Yourself sur scène, c’était ici-même, la salle s’appelait encore la Loco, et c’était il y a 14 ans, avec Oomph en teutonnante tête d'affiche… Ce soir, les nombreux musiciens (au moins 2 guitaristes, un batteur, un bidouilleur de machines et synthés, un chanteur, une choriste/chanteuse…) misent autant sur le visuel que sur la musique, et personne n’est donc étonné de voir arriver un groupe peinturluré de manière phospho/fluorescente, l’éclairage de la scène est bien sûr adapté, optimisé pour impressionner au maximum le public, et comme le titre inaugural peut évoquer autant Rammstein que La Muerte, avec une rythmique lourde, oppressante/obsédante, c’est plutôt bluffant, mais les choses vont très rapidement évoluer. En effet, dès que le côté rythmique bien plus électronique apparaît, si cela fait remuer les têtes et les corps dans la fosse,  cela a tendance à me perdre un peu en route, cela me ramène du côté des versions remixées d’Alien Sex Fiend, autant dire pas vraiment les meilleures décoctions de thé à mettre dans ma tasse… Je ne nierai pas que le spectacle est incontestablement efficace, mais tout cela est trop varié, et donc inégal à mon goût, pour que je me sente hypnotisé en permanence devant ce spectacle total, agrémenté par exemple des étincelles lumineuses d’une ponceuse électrique manipulée par la choriste. Si j’estime au passage que celle-ci est quasi inaudible dans son rôle de choriste, elle passe miraculeusement au premier plan lorsqu’elle assure le chant principal, mais cela ne modifie en revanche pas grand-chose au problème musical de fond : je n’accroche toujours pas plus que ça à ce qui nous est proposé, alors je reste une petite demi-heure, avant de quitter les lieux tranquillement, histoire de ne pas me flinguer la santé avant le reste du programme musical qui m’attend dans les prochains jours…

 

Car si la suite, c’est dès ce vendredi soir, avec un changement net de tonalité/brutalité, puisque ce sont les très pop bataves Nits que l’on retrouve au Petit Bain, cela continuera dimanche avec Norma Loy, puis lundi avec Hinds, puis jeudi avec A Place To Bury Strangers : c’est le printemps des oreilles !