Date : samedi 29 avril 2017

 

Cela fait plusieurs semaines que la 3e soirée parisienne pour l'anniversaire du label Born Bad est annoncée complète, et les retardataires se sont épanchés sur les réseaux sociaux pour quérir le précieux sésame permettant d'accéder à la Machine du Moulin Rouge en ce samedi soir... Tant pis pour les absents, de toute façon on se dit en pénétrant dans les lieux qu'il aurait été déraisonnable d'accueillir plus de monde, car on sent bien la densité de population dans la grande salle, c'est presque oppressif, et si on ne peut que se réjouir pour le label et son meneur JB, qui a pris beaucoup de risques dans son entreprise, on découvre très vite un public plutôt jeune (tant mieux), surexcité, voire capable de se motiver sur n'importe quoi (on le verra pendant le DJ Set de La Femme...), et c'est pour le coup un peu déstabilisant...

 

Étant sur le coup de deux soirées, on va donc opter pour le sacrifice des premiers concerts de la soirée Born Bad, en abandonnant Violence Conjugale (vu il n'y a pas si longtemps), JC Satan (toujours pas du tout mon kif) et Cannibale (on les testera une autre fois). On arrive donc alors que Cheveu a déjà entamé son set, avec il faut bien l'avouer un a priori guère favorable, car au fil des années j'ai aperçu le trio sur diverses scènes, sans vraiment réussir à rentrer dans son trip. Ce soir, pourtant, une fois qu'on a réussi à descendre l'escalier et à se frayer un chemin jusqu'à proximité de la fosse de la grande scène, la musique du groupe me touche enfin, s'échappant des clichés bruitistes que je pouvais lui accoler jusqu'alors pour réussir à aller au-delà du bruit et du n'importe quoi. Mais comme il est difficile de voir grand chose, et qu'on préfère réserver ses forces pour le reste de la soirée, on descend encore d'un étage en rejoignant la salle "La Chaufferie", où règne pour l'instant un calme assez bienvenu...

 

Cela ne dure évidemment pas, puisque l'enchaînement et l'alternance des scènes font que c'est Usé qui a rameuté la grande foule au moment où le one-man-band entame son set, et on sait à quel point Nico peut être efficace, ce qu'il confirme très vite, avec des morceaux qui sont très cinématographiques (d'autant plus lorsqu'on a du monde devant soi qui nous empêche de regarder le musicien), mais suffisamment peu auto-centrés et redondants pour ne pas se lasser. Étonnamment, on se retrouve même à trouver d'improbables connexions avec un Sigue Sigue Sputnik, dans l'atmosphère plus que dans le côté synthétique important mais pas forcément omniprésent. Pour le coup, on comprend que les spectateurs soient béats, on remarque au milieu d'eux un JB semble-t-il lui-même très impressionné, et si on décide de ne pas assister à l'intégralité du set, c'est uniquement histoire de pouvoir se positionner de manière raisonnablement tranquille devant la grande scène - objectif largement atteint, on verra tout sans pâtir de l'agitation générale qui règnera lors du dernier concert de la soirée.

 

Car la tête d'affiche de la soirée est bien évidemment Frustration, fer de lance de la partie rock du catalogue de Born Bad Records, et on va immédiatement retrouver l'atmosphère extrêmement agitée, flirtant parfois avec la violence, qui avait marqué la seconde soirée de la release party de leur dernier album. Le groupe entame son set avec un insane quasiment indus, et il ne faut pas attendre une minute avant de voir la scène prise d'assaut par les stage-divers de tout poil, cela ira de celui qui traine un peu à celui qui se jettera le plus loin possible, jusqu'à celui qui baisse son froc avant de sauter, et on verra des lunettes sauter, des gens prendre des coups de pieds, des chûtes collectives, bref on est plus tranquille à l'abri derrière les barrières ! Cela permet d'apprécier sans criante la musique offerte, avec une set-list désormais très classique et rodée, mais qui sera largement agrémentée (voire perturbée) par les interventions diverses et variées, ainsi Junior verra sa batterie électronique souvent squattée par un Violent Conjugal, certains amèneront les clopes et la bière jusqu'aux bouches des musiciens, cela ira jusqu'au passage sur scène pour aller respectueusement embrasser les cinq membres du groupe ! Et comment le groupe réagit-il donc à cette ambiance qui frôle le côté "fête du slip" ? Eh bien, il ne se démonte pas, semblant même encore plus soudé pour résister à ces interventions pourtant loin d'être anodines, et donc assez déroutantes, et osant même touché à un titre mythique comme no trouble jusqu'à le présenter en version hyper ralentie au départ - avant évidemment d'en reprendre une interprétation bien plus classique ! Ce qui est sûr, c'est que la fosse bouge autant, voire de manière identique, sur chacun des morceaux, qu'il soit très punk (excess) ou bien plus dansant (cos you ran away), et si Fabrice le chanteur jette parfois des regards assez noirs aux spectateurs qui ne respectent même pas les instruments, tandis que Mark derrière sa batterie est relativement à l'abri (même si les verres voleront dans tous les sens tout au long du set, plus ou moins remplis de bière), les trois autres musiciens semblent se délecter de cette atmosphère au-delà du foutraque, et surtout résistent en restant suffisamment concentrés pour éviter la multiplication des pains - même si Junior aura droit à sa petite remarque de la part de Fabrice... Le set principal dure 65 minutes, on n'est pas encore à 2h du matin, alors on a droit à un rappel, incluant l'excellent the drawback (dont on attend encore la parution sur une compilation avec Sleaford Mods, entre autres), et la fin de soirée est de plus en plus improbable, puisque les musiciens de Frustration (même occasionnellement accompagnés d'un JC Satan en seconde guitare) sont désormais minoritaires sur scène, avec les participants de la soirée qui viennent et traversent la scène - ou restent sur place - en poussant jusqu'au bot l'idée d'une famille Born Bad. D'ailleurs, si les musiciens ont quitté la scène après no place, si la batterie a presque commencé à être démontée, et si Pat le bassiste a donné l'impression de ne plus forcément en vouloir, c'est sur une scène désormais totalement envahie que we have some est entonné à l'unisson, les hommages à JB se multiplient, on ne jurerait pas ne pas l'avoir senti ému et proche de la larme à l’œil, et si les lumières se rallument, définitivement cette fois, après 82 minutes d'une folle intensité, apothéose de cette soirée forcément réussie pour les organisateurs. Quant à nous, on reste une nouvelle fois estomaqué par la capacité de Frustration à gérer ce genre de concert, et bien évidemment ultra-conquis par la musique du quintet, mais on en est à se demander où s'arrêtera l'engouement pour le groupe, et partant de là dans quelles salles on pourra de nouveau le voir... Pour l'instant, le groupe va s'occuper du reste du monde non francilien, cela permettra de revenir de nouveau à fond quand il nous rendra visite !



Set-list :
  1. insane
  2. dreams laws rights and duties
  3. midlife crisis
  4. it's gonna be the same
  5. we miss you
  6. no trouble
  7. uncivilized
  8. just wanna hide
  9. even with the pills
  10. cos you ran away
  11. empires of shame
  12. excess
  13. angle grinder
  14. minimal wife
  15. assassination
  16. too many questions
  17. mother earth in rags
  18. Rappel : the drawback
  19. blind
  20. no place
  21. Rappel 2 : we have some


La suite, ce sera jeudi prochain, du côté de Bobigny, avec TV Smith qui reviendra avec ses Bored Teenagers...