Date : vendredi 20 avril 2018

 

C'est vendredi, il fait très chaud, il y a beaucoup de monde sur les bords de la Seine, cela ne nous empêche pas de nous diriger vers le Petit Bain, en craignant le pire quant à la température dans la salle, mais on se rend vite compte qu'en dépit d'un taux de remplissage important, cela reste plutôt frais...

 

On ne s'attardera pas sur la première partie, car Fabio Viscogliosi ne nous touchera pas le moins du monde, avec sa guitare, ses chansons en anglais-français-italien, ses sons lancés au début de chaque morceau qui sont bien plus importants que ce qui est réellement joué sur scène. Hésitant entre variété et pop sucrée à l'italienne, le public semble partagé : une bonne partie applaudit avec un enthousiasme non feint, tandis que le reste se rapproche du bar, ou remonte profiter du beau temps à l'extérieur...

 

Le changement de plateau n'a pas pris beaucoup de temps, alors il n'est que 20h20 lorsque les Nits arrivent sur scène, le trio néerlandais est au complet, Rob à la batterie, Robert-Jan aux claviers, et Henk au chant, à la guitare, au piano, à l'harmonica... et aux échanges avec le public ! Cela fait quatre ans qu'on n'avait pas vu nos Bataves préférés, et si quelques rides supplémentaires sont apparus sur les visages, on sent que le plaisir d'être sur scène est toujours là, que ce soit du côté de Rob ou Robert-Jan, qui entourent un Henk toujours aussi malicieux. Cette tournée permet de promouvoir le dernier album en date, ce "angst" paru l'an passé, toujours aussi classieux, et consacré à des scènes de vie aux Pays-Bas pendant le 20e siècle, on aura droit à neuf titres sur les dix prévus, puisque breitner on a kreidler ne sera finalement pas de la fête, la soirée sera d'ailleurs un peu exceptionnelle puisqu'elle ne sera pas semblable aux autres de la tournée : ce soir, pas d'entracte entre deux parties, et quelques modifications dans la set-list, mais on va y revenir...

Le concert commence avec un très ancien titre, puisque oom-pah-pah date de 1987, il faut dire que le groupe a du choix pour établir ses set-lists, avec plus de 20 albums studio, et on enchaîne directement sur les nuits, plus récent, avant d'attaquer le plat de résistance. Pour chaque nouvelle chanson, Henk présentera, dans un français plus que correct, et avec l'appui éventuel de Rob, la genèse du morceau, souvent en rapport avec l'histoire de sa famille, on sait que le bonhomme aime parler, mais ce n'est jamais du temps perdu, il y a toujours présent une simplicité et une forme de complicité qui font qu'on ne peut se détacher des phrases prononcées. Henk rappelle ainsi que c'est son grand-père qui avait créé le club de foot de JOS (j.o.s. days), il évoquera également la guerre et l'enfant juif protégé pendant la guerre (lits-jumeaux), sans jamais s'appesantir, tout en donnant un sens à cette ribambelle de titres, interprétés indifféremment en anglais, français ou allemand (finalement le néerlandais est le plus rare)... On se laisse évidemment emporter par ces ritournelles, la musique étant composée de multiples petites touches (le travail de Rob est toujours aussi bluffant), et si en isolant le clavier on se dit que ses sonorités sont datées ou un peu kitsch, cela passe de façon parfaite dans chacun des morceaux. Le trio nous balade au fil du temps et des albums, on sent évidemment un peu plus de ferveur sur les titres les plus emblématiques (nescio, par exemple), mais il n'y a pas un seul moment faible dans cette prestation, et si la pop finement ciselée n'incite pas à des mouvements de foule, on sent autour de soi un bien-être partagé, et aucune impatience lorsque les nouveaux titres nous sont offerts. Le groupe en profite pour ressortir des perles presque oubliées, ainsi ce a touch of henry moore, toujours aussi magnifique, ou ce sketches of spain qui a comme ses congénères reçu un joli coup de ripolinage, ou encore une admirable version de port of amsterdam, l'occasion pour Henk de taper sur une grosse caisse et de terminer le concert en beauté. On jette un coup d'œil à sa montre (c'est une image, ce sont les téléphones qui indiquent l'heure désormais), et on se rend compte que plus d'une heure quarante vient de s'écouler, on était réellement hors du temps, et on espère d'ailleurs que cela n'est pas encore totalement terminé...

Après quelques secondes, le trio revient, et si ce rappel est entamé avec un nouveau titre (zündapp nach oberheim), vous pouvez imaginer la liesse qui s'empare des spectateurs aux premières notes de adieu sweet bahnhof, tube du groupe s'il en est, et qui permet au public de donner de la voix, sans hurler bien sûr, tout est toujours maîtrisé, et il ne s'agirait pas de briser l'atmosphère enchanteresse qui règne ici depuis bientôt deux heures ! Histoire de terminer à la fois classiquement et en beauté, c'est in the dutch mountains qui clôt l'affaire, une merveille bien évidemment, et le trio peut quitter la scène sous des applaudissements nourris et largement mérités, il serait difficile de faire la fine bouche devant ces quasi deux heures (118 minutes exactement !) qui nous ont transporté au fil des diverses époques du groupe, avec une conclusion simple : il n'y a pas de mauvaise période chez les Nits ! Et comme ces messieurs ne sont pas du genre à se la péter, on les retrouve assez vite après le set, dans la salle, prêts à discuter avec le public, avec la simplicité que l'on pouvait attendre d'eux... Vivement la prochaine fois !

 

Set-list :

  1. oom-pah-pah
  2. les nuits
  3. flowershop forget-me-not
  4. j.o.s. days
  5. soap bubble box
  6. nescio
  7. yellow socks & angst
  8. radio orange
  9. lits-jumeaux
  10. along a german river
  11. sketches of spain
  12. cow with spleen
  13. two sisters
  14. cars & cars
  15. no man's land
  16. a touch of henry moore
  17. pockets of rain
  18. port of amsterdam
  19. Rappel : zündapp nach oberheim
  20. adieu sweet bahnhof
  21. in the dutch mountains

 

La suite, ce sera dès dimanche soir : il va falloir se dépêcher après Konstroy pour rejoindre le Supersonic, où Norma Loy est à l'affiche.