Date : vendredi 15 décembre 2017

 

C'est vendredi, on approche doucement de Noël et des vacances scolaires, c'est donc le moment idoine pour le désormais habituel "concert de Noël" de New Model Army, cette année c'est au Trabendo que cela va se passer, et comme il n'y a pas de nouvel album à promouvoir, le groupe a décidé de se concentrer sur des raretés, sur des réorchestrations aussi, autant dire qu'on en bave d'avance (saliver serait trop faible).

 

Les horaires ont été annoncés longtemps à l'avance, ils sont quasiment tenus puisque les lumières s'éteignent à 19h45 précises, une douce lumière bleue envahit la salle, et les cinq membres du groupe arrivent tranquillement sur la scène, tous alignés (clavier, guitare, chant-guitare, basse, batterie), visuellement c'est pas mal, et cela démarre avec un long goodbye tiré de "strange brotherhood" (1998), on sait que le concert va être divisé en deux parties, dont la première un peu plus acoustique, et effectivement on n'est pas encore dans le gros son. Le premier moment de vrai bonheur arrive immédiatement après, puisque c'est running in the rain, l'un des titres les plus anciens du répertoire du groupe, et si la fosse ondule rapidement de plaisir, on sent que les musiciens autour de Justin Sullivan, le seul (et inamovible) membre d'origine, en profitent également à plein, et ce sera d'ailleurs une constante : si on sait le public du groupe totalement addict (on retrouve d'ailleurs tous les ans à peu près les mêmes têtes, en provenance de l'étranger - Angleterre en tête - en très bonne proportion), on voit que les musiciens ne sont pas là pour cachetonner, ils vivent les morceaux, et donnent vraiment de leur personne, et on ne trouvera personne pour le leur reprocher. On a ainsi confirmation qu'on n'est pas dans la set-list "facile", et cela va continuer, avec un all of this tiré de "the ghost of cain" (1986), avant de voir arriver sur scène une violoniste pour strogoula, tiré de "winter" (le dernier album en date, 2016) qui se paiera la part du lion, avec cinq titres exécutés ce soir, tout comme "thunder & consolation" d'ailleurs, l'emblématique album de 1989. Si elle ne participera pas à l'intégralité du set, Shir-Ran Yinon fera en sorte d'apporter une touche supplémentaire aux morceaux (plus de la moitié) auxquels elle collabore, et on retrouvera ainsi le plaisir que pouvait apporter un Ed Alleyne-Johnson, les afféteries en moins... En parlant de "thunder & consolation", c'est inheritance qui déboule, dans une version presque dépouillée, on voit des yeux qui brillent partout, une version superbe, et que dire du over the wire qui suit ? Réorchestré, avec une intro presque méconnaissable, c'est une pierre de plus à l'édifice que le groupe construit, une merveille assez différente des versions bien pêchues et électriques habituelles, mais il faut avouer que toute cette fin de première partie n'est qu'accumulation de bonheurs sur plaisirs et inversement : on n'ira pas jusqu'à dire qu'on avait oublié courage ou modern times, loin de là, mais ils sont ce soir remis en pleine lumière, et c'est amplement mérité ! Après un début de set quasi mutique, Justin a commencé à parler au public, en anglais ou en français (son accent et son vocabulaire s'améliorent année après année, ce soir il a été presque bavard en français !), en expliquant le pourquoi de certains textes, de certains contextes également, même si certaines références sembleront obscures à beaucoup (les Allemands appellent les Anglais "les singes de l'île" ?). Et quand Ceri, le bassiste à la chevelure flamboyante, s'empare d'un bodhran, c'est pour magnifier eleven years, là on est proche de l'extase, et le groupe peut clore cette première partie (plus de 3/4 d'heure !) sur un ballad of bodmin pill du niveau de ses devanciers, et lorsque les lumières se rallument on a déjà l'impression d'en avoir eu pour notre argent, et d'avoir également bénéficié d'un sacré traitement de faveur !

Une demi-heure plus tard, les lumières s'éteignent de nouveau, on retrouve le groupe au complet, accompagné de la violoniste, les seules modifications concernent l'agencement scénique : le clavier est passé de l'autre côté de la scène, et le batteur s'est installé derrière ses fûts au centre, en arrière-scène, pour le reste on repart sur un programme un peu plus rentre-dedans, démarré avec angry planet dont le sujet est évident. Issues des albums mythiques du groupe (entre 1986 et 1990), on a droit à des pépites moins habituelles en concert, un lights go out précédant un innocence, et si Justin remarque que beaucoup de ses textes sont en rapport avec la famille, il ajoute que la période de Noël s'y prête également beaucoup. On continue à multiplier les voyages dans le temps, passant de winter ou prayer flags à ambition, l'apport du violon est toujours aussi superbe et efficace, et si le public connaît l'essentiel des textes par cœur (on le remarque particulièrement en observant les spectatrices - et spectateurs, mais moins nombreux - qui, juchés sur des épaules solides, opèrent des chorégraphies bien rodées tandis qu'elles chantent en même temps, voire un poil avant, que Justin...), les chants en provenance de la fosse sont un brin moins puissants et omniprésents que d'habitude. Les frissons succèdent aux frissons, et certains morceaux marchent encore mieux que d'autres, on pense par exemple à higher wall ou march in september ; et si la ballade summer moors est l'occasion pour de nombreux spectateurs de faire une pause pipi ou bière (l'un n'empêche pas l'autre, au demeurant), c'est que des hectolitres de sueur sortent des corps surchauffés, on remarquera que la condensation créera de grosses gouttes qui s'abattront sur les têtes en fin de set, alors que la température de base n'est pas si élevée. Pour terminer cette deuxième partie du set, le groupe fait dans l'ancien, avec un poison street beau à pleurer, et que dire de 225 ? Pour le coup, le groupe fait dans le classique, mais comment se passer d'un tel titre ? Les applaudissements sont nombreux, durables, et mérités, car ce set de plus de 70 minutes aura confirmé tout le bien que l'on avait pu penser de la première partie... et ce n'est pas fini ! Car si le groupe a quitté la scène, les lumières n'ont pas vraiment été rallumées, on sent donc qu'il va y avoir un rappel, comme la veille à Londres.

C'est Shir-Ran qui revient sur scène, le public n'ose pas y croire, car tout le monde reconnaît cette introduction, mais comme elle la fait varier, en laissant le temps aux musiciens de la rejoindre, les spectateurs peuvent douter, mais lorsque chacun est en place c'est confirmé : vagabonds est bien de la partie, et dans une version hallucinante, puisque le guitariste est installé aux côtés du batteur pour taper sur ses fûts, et le bassiste a laissé son instrument au clavier, en s'emparant de percussions, on retrouve quasiment la version originale, mais en plus grandiose, pour le coup la chair de poule est bel et bien là, et on se demande comment enchaîner après ce tour de force. La réponse est simple : get me out, ou comment finir son rappel sur le titre qui m'a fait découvrir le groupe, et qui permet à chacun de s'époumoner, autant dire qu'au bout de ces 85 minutes, lorsque les lumières se rallument, on a atteint le nirvana, et que certains ont déjà enclenché leur marche vers la sortie...

Mais le groupe (on ne parle évidemment pas du public, qui resterait là des heures supplémentaires !) en veut visiblement encore, puisque les lumières s'éteignent de nouveau, et c'est purity qui débarque, ceux qui ont été biberonnés à "impurity" (1990) auront décidément été gâtés ce soir, mais ce n'est même pas encore fini : avant de renvoyer chacun chez soi, Justin et sa bande nous font une dernière offrande, avec un betcha lui aussi issu des tout débuts du groupe, et la soirée peut ainsi se terminer, après 97 minutes pour ce second set (et donc près de 2h30 en tout). Le groupe n'a pas failli à sa tâche, il a réussi à tenir en haleine toute une salle (ce soir, le Trabendo était archi-bondé) en jouant une large majorité de titres absents des tournées précédentes, et en rénovant la plupart de ces titres, bref une nouvelle fois c'était du grand art, et vivement l'année prochaine !

 

Set-list :

  1. Set 1 : long goodbye
  2. running in the rain
  3. all of this
  4. strogoula
  5. after something
  6. inheritance
  7. over the wire
  8. courage
  9. modern times
  10. eleven years
  11. ballad of bodmin pill
  12. Set 2 : angry planet
  13. lights go out
  14. innocence
  15. winter
  16. prayer flags
  17. ambition
  18. ghosts
  19. higher wall
  20. march in september
  21. island
  22. summer moors
  23. born feral
  24. eyes get used to the darkness
  25. poison street
  26. 225
  27. Rappel : vagabonds
  28. get me out
  29. Rappel 2 : purity
  30. betcha

 

La suite, c'est dès ce samedi soir, avec une nouvelle belle soirée qui s'annonce : les Washington Dead Cats ont invité les Outcasts et les Zipheads à la Maroquinerie.