Date : samedi 16 décembre 2017

 

C'est samedi, la soirée est censée commencer tôt à la Maroquinerie, alors on se dépêche pour arriver à l'heure, histoire d'en profiter pour tester la bière associée aux Washington Dead Cats. Demi-manque de bol, la connexion entre le fût et la tireuse se passe mal, on doit donc se contenter d'une bière bouteille : la Dead Cat, en version "voodoo wheat ale", est une blonde très claire au départ, mais qui comporte une lie très dense, et n'est donc pas recommandée aux buveurs de bière occasionnels. Un bon choix, même si je me demande ce qu'elle peut donner en version pression. Et il n'y a pas non plus de sous-bocks associés, c'est dommage...

 

Les horaires sont bien en évidence, on sait donc qu'il faut être dans la salle pour 19h, mais à cette heure on peut se compter sur les doigts des deux mains, le concert est donc un poil retardé, histoire de ne pas démarrer dans une salle vide. Au bout de dix minutes, il faut y aller, on doit être une trentaine, mais les Anglais de The Zipheads font comme si de rien n'était, avec un départ sur les chapeaux de roues dans un style rockabilly enrichi de pas mal de choses diverses, du punk bien sûr mais également de la soul (il y aura une reprise d'un titre Motown que je n'arriverai pas à reconnaître). Le trio guitare-batterie-contrebasse est sacrément efficace d'entrée de jeu, en dépit d'un son étrange (la guitare subit des effets acoustiques surprenants) qui ne remet jamais en question l'énergie qui en émane. Le batteur aux faux airs de Ryan Gosling et le contrebassiste font leur taf avec sérieux, laissant le guitariste (et principal chanteur) mener les morceaux à sa guise, alors parfois cela frise le branlage de manche, mais jamais trop longtemps heureusement. Le leader a un accent et un débit sacrément compliqués à suivre en anglais, heureusement il maîtrise plutôt bien le français, cela sauve l'interaction avec les spectateurs, qui finissent par arriver (en fin de set, il y aura à peu près 120 personnes). Une reprise de peter gunn plus loin (j'espère ne pas me tromper), on se rapproche de la fin du set, mais au bout de ces 30 minutes, on sent que l'énergie du début s'est un poil émoussée, et qu'on n'est pas forcément raccord avec la notion de "groupe punkabilly le plus intéressant de la scène londonienne" : c'est pas mal, mais ça deviendra excellent quand le trio sera capable de nous tenir en haleine sur toute la durée de son set !

 

On n'a en revanche guère de doutes sur ce qui va suivre : on avait pris une bonne claque avec The Outcasts l'an passé au Gibus Café, et ce soir on compte sur les Nord-Irlandais pour en faire de même. Le batteur (français) est bien là en soutien de ses 3 acolytes de Belfast, les deux guitaristes entourant le bassiste-chanteur au look évoquant toujours un mix entre John Lydon et Keef Flint, et si le leader prévient tout le monde d'entrée de jeu ("ceux qui comprennent l'anglais ne comprennent pas l'irlandais"), c'est un leurre, puisqu'il sera la plupart du temps aisément compréhensible... Et si son français est limité, il nous démontrera qu'il maîtrise tout de même quelques insultes ! Le set démarre avec les bases, puisque ce sont les Stooges qui sont évoqués avec 1969, autant dire qu'on sait déjà où l'on va, et si le groupe a une discographie limitée (il a démarré en 1977 !), c'est qu'il s'est interrompu entre 1985 et 2011, avant de repartir sur les routes, s'appuyant sur des titres efficaces, très punk (on pense aux SLF de temps en temps), insérant parfois des sonorités reggae, ou carrément un titre rockabilly (seven deadly sins). En dépit de son absence de connaissances de la langue française, le chanteur sait se faire comprendre entre les morceaux, il est plein d'humour et de dérision, ce qui n'empêche nullement d'enquiller avec une énergie impressionnante, et on constate que, pour la plupart, les morceaux n'ont pas pris beaucoup de rides, contrairement aux musiciens. Mais, comme on l'avait remarqué hier avec New Model Army, le groupe est ce soir content d'être sur scène, le deuxième guitariste affiche en permanence un sourire radieux, et ses acolytes ne sont pas en reste. D'ailleurs, si les morceaux joués ce soir le sont sur la plupart des concerts précédents, l'ordre en est différent, histoire sans doute de ne jamais sombrer dans la moindre routine, et le public (toujours plus nombreux, même si la salle ne sera jamais remplie) bouge bien dans la fosse. Dans la série "petites blagues", le chanteur dédie l'avant-dernier titre ("alicia, it's for you", tandis que démarre you're a disease...), et en guise de cerise sur la gâteau, c'est une reprise du Clash (complete control) chantée par le second guitariste (arborant un superbe t-shirt Joe Strummer) qui vient clore ces 45 minutes qui correspondent exactement à ce que l'on pouvait en espérer : punk, fun, énergique, sympa, bref l'esprit de la soirée !

 

Set-list :

  1. 1969
  2. self conscious over you
  3. magnum force
  4. mania
  5. frustration
  6. machine gun
  7. just another teenage rebel
  8. love you for never
  9. winter
  10. don't want to be no adult
  11. seven deadly sins
  12. pressure is on
  13. gangland warfare
  14. the cops are coming
  15. you're a disease
  16. complete control

 

En attendant la suite, c'est comme d'habitude (toute la soirée, mais aussi pour les derniers concerts auxquels j'ai assisté ici) le Clash qui est à l'honneur pendant les interludes entre concerts, on peut difficilement faire mieux, mais lorsque les lumières s'éteignent, on estime la jauge remplie entre les 2/3 et les 3/4, c'est vraiment dommage car l'affiche est sacrément belle ce soir, tant pis pour les absents, et c'est avec un titre tout nouveau tout chaud (et encore inédit) que les Washington Dead Cats démarrent le dernier concert de leur tournée électrique et acoustique. Ce attack of the lobsters, pour le moins rentre-dedans, n'est que le premier d'une demi-douzaine de nouveautés, qui s'intercaleront avec succès entre les morceaux bien mieux maîtrisés par le public, et est suivi d'un juju qui nous montre un Mat Firehair en pleine forme, à l'unisson de ses musiciens (guitare, basse batterie, ainsi que deux trompettes et un sax). Mat est comme souvent bavard, mais sans jamais dépasser la ligne qui fait perdre le fil du set, il profite de l'occasion pour dédier treat me bad à Lord Fester, et les huit premiers morceaux, tous rentre-dedans et sans la moindre baisse de tension, laissent le public sur les genoux. C'est donc l'opportunité pour passer au set acoustique, une forme de repos pour tous, mais qu'on ne s'y trompe pas, la demi-douzaine de titres sur lesquels la guitare s'est mutée d'électrique en acoustique, et où la basse a mué en contrebasse (et le bassiste perdu ses lunettes, au passage - il les retrouvera en repassant à l'électricité), ne sont pas destinés à laisser les spectateurs profiter de la vingtaine de minutes pour vaquer à autre chose : ces versions, même adoucies, valent le coup d'oreille, un punkabilly rumble par exemple ne perd guère au change. Et si Mat en profite pour nous expliquer, pour la partie romantique du concert, qu'il s'est marié en septembre à une redhead girl with a blue dress on, il se permet immédiatement après un you mistify me en version quasi jazzy, avec uniquement une trompette et la contrebasse en accompagnement. Au bout d'une vingtaine de minutes, l'électricité reprend ses droits, et si give me back... est un classique, les deux autres nouveautés (you came to haunt me et hellhound) laissent beaucoup espérer du futur nouvel album. Entre les deux, Mat s'est laissé aller à nous emmener dans sa fusée interstellaire (même si l'appartenance de celle-ci est encore en négociation au sein du groupe) pour oumamamama, avant d'arriver sur les premiers titres vraiment anciens de la soirée (enfin, comparés aux Outcasts, les WDC sont des jeunots...). L'enchaînement beetroot girl / does your werewolf bark ? permet (enfin ?) d'apercevoir le caleçon du chanteur, et c'est sur un crazy voodoo woman endiablé (mais dédié à "ceux qui croient au Père Noël, et ne croient pas en Dieu") que se terminent ces 80 minutes superbes, magnifiées par de nouveaux titres.

Le public ne fait pas vraiment beaucoup d'efforts au niveau applaudissements, car chacun sait que la soirée ne va pas s'arrêter là, alors le groupe revient, le guitariste en premier. Le reste du groupe suit, avec la surprise d'un gâteau d'anniversaire (et d'une horloge en cadeau), le guitariste le souffle avec empressement, et le rappel démarre avec un nouveau titre (encore !), un satan grave qui confirme tout le bien des nouvelles compos, on note que Mat s'est rhabillé (il arbore même une nouvelle chemise), et c'est ensuite pizza attack qui met le feu dans la fosse, avec cet hymne c'est le défouloir assuré, et ce soir c'est évidemment le cas. Dernière présentation de la soirée avec what can you loose ?, au diapason de ses devancières, et le groupe quitte la scène, on a dépassé l'heure et demie de concert, et on sent du flottement dans l'air...

Cette hésitation ne dure guère, puisque c'est à un second rappel que nous sommes conviés, avec encore du très vieux (who's behind the window ?) qui demeure de très grande qualité, puis le groupe invite les Outcasts à les rejoindre sur scène (on apercevra aussi le guitariste des Zipheads à proximité de l'un des micros) pour un too drunk to fuck (une reprise des Dead Kennedys, pour ceux qui auraient un trou de mémoire) excitant comme à l'accoutumée, suffisamment étiré pour permettre à Mat (qui de nouveau finit en caleçon) de présenter chacun de ses musiciens (il oubliera la trompettiste au passage...), en terminant au bout d'une grosse centaine de minutes un set varié, excitant, et suffisamment fourni en nouveautés pour donner l'envie à ceux qui en manquaient (mais y en avait-il ici ce soir ?) de revoir le groupe à la prochaine occasion, et d'attendre avec impatience le nouvel opus. Encore une fois, merci aux Wash d'avoir monté un tel plateau, la fête était grandiose !

 

Set-list :

  1. Electric set : attack of the lobsters
  2. juju
  3. only vinyl is cool
  4. treat me bad
  5. surfin' over tsunamis
  6. blue surfin' girl
  7. napalm surf
  8. under the creole moon
  9. Acoustic set : down under my feet
  10. punkabilly rumble
  11. redhead girl with a blue dress on
  12. you mistify me
  13. all i miss
  14. got my mojo working
  15. Electric set : give me back my broken heart
  16. you came to haunt me
  17. oumamamama
  18. hellhound
  19. i'm a dead cat
  20. beetroot girl
  21. does your werewolf bark ?
  22. crazy voodoo woman
  23. Rappel : satan grave
  24. pizza attack
  25. what can you loose ?
  26. Rappel 2 : who's behind the window ?
  27. too drunk to fuck

 

Lundi, on reviendra à la Maro pour voir Jessica 93, d'ici là il y a un passage à Konstroy ce dimanche, et la fin d'année des concerts n'est peut-être pas encore pour demain...