Date : dimanche 16 octobre 2016

 

Le risque en organisant un concert un dimanche soir, c'est de voir une salle à moitié vide, avec des spectateurs qui passent leur temps à consulter leur montre en attendant de pouvoir rentrer chez eux, histoire de ne pas commencer la semaine de boulot trop fatigués. Au Café de la Danse, tous ces risques faisaient sans doute franchement rire les organisateurs, car avec une soirée sold-out, et un public de connaisseurs, voire aficionados, nul crainte de désertion anticipée ou de bâillements ostensibles... Déjà, il faut faire la queue jusque dans la rue de Lappe, c'est un signe, et quand on entend les conversations des spectateurs, on se doute qu'on est peut-être le moins au fait de la discographie du groupe à venir...

 

Car ce soir, il n'y a pas de première partie, ou plutôt les And Also the Trees l'effectuent eux-mêmes, sous l'appellation "Brothers of the trees", ce qui se traduit sur les coups de 19h45 par l'arrivée sur scène des deux frères Jones, Justin avec sa guitare et Simon Huw le chanteur qui s'assied tranquillement et somnole tranquillement tandis que Justin bricole sur son instrument. Simon commence à chanter/parler après 5 minutes à la fois calmes et intenses, globalement cette première partie est la preuve, pour ceux qui en doutaient, que le son du groupe repose essentiellement sur eux deux, car ces morceaux, superbes mais souvent assez lents, voire quasiment sans rythme, pourraient exister tels quels de manière habituelle, sans l'apport d'autres instruments et musiciens. Ce dépouillement est quasiment cérémonial, d'ailleurs on n'entend pas un bruit dans la salle pendant les morceaux, signe de l'intensité de la concentration des spectateurs, et du respect qu'ils accordent au duo. Après une demi-heure, c'est un saxophoniste qui vient accompagner les deux frères, avant d'être rejoint par un bassiste et un batteur, le saxophoniste empoignant alors une guitare, avant de sortir de sa besace une clarinette, sans que les morceaux ne changent d'optique. Sauf, et de quelle manière, sur le dernier titre, qui se clôt presque de manière noise, avec un déferlement de sons saturés, ces 55 minutes ne s'étant pas focalisées sur une période particulière de la carrière du groupe, mais ayant picoré dans sa longue discographie pour offrir cette sacrée introduction qui aura remué plus d'un cœur de corbeau...

 

Le temps de reprendre quelques forces, et on dépasse juste 21h lorsque le groupe revient sur scène, musique en fond, au complet d'entrée de jeu, et si le deuxième guitariste est désormais chargé du clavier, ce n'est que l'une des multiples facettes qu'il arborera au fil des minutes. Dès les premières secondes, on sait que cette partie de la soirée va être éminemment plus pêchue que ne pouvait l'être la première, et comme pour se débarrasser d'un moment incontournable mais pesant, le hit (à l'échelle And Also) a room lives in lucy est exécuté très vite dans la set-list, le public peut reprendre en chœur le oh-oh du refrain, et se concentrer sur le reste des gâteries qui se succèdent, le son inimitable de guitare de Justin est excellemment accompagné par une section rythmique très variée, la basse énorme pouvant par exemple compenser des sonorités presque free jazz à l'occasion. A d'autres moments, ce sont des envolées presque métal qui sont compensées par le sax, autant dire qu'on est loin d'un set linéaire, et de morceaux qui ne seraient que des copies les uns des autres : il y a énormément de variété et de finesse dans la construction des titres interprétés, ce qui permet à Simon de se passer d'échanges avec les spectateurs, qui se délectent avec appétit de cette succession ininterrompue de morceaux composés entre 1985 et 2016... Pour introduire bridges, le chanteur évoque un concert à la Cigale dans les années 80, ce qui fait pousser quelques cris de joie à quelques spectateurs (quand on vous disait qu'il y avait des aficionados de longue date...), et au passage ce sont les sonorités d'un Crime and the City Solution qui transparaissent, et après 65 minutes mémorables les cinq musiciens peuvent quitter la scène avec le sentiment du devoir accompli, ce que chacun peut confirmer.

Mais évidemment, on ne va pas en rester là, il est encore tôt, alors ce sont trois nouveaux titres, tous du siècle dernier, qui vont faire office de rappel, il n'y a pas tromperie sur la marchandise, le groupe avait annoncé une soirée spéciale, et celle-ci tient toutes se promesses, il n'y a qu'à voir les visages rayonnants autour de soi pour comprendre qu'on est pas le seul à ressentir des émotions multiples et toutes positives. Bien sûr, histoire de mettre un petit bémol, j'aurais tendance à être souvent un poil perturbé par la clarinette, instrument bien moins souvent utilisé dans la galaxie rock (terme très général !) que le sax, par exemple, mais c'est juste histoire de dire, et de ne pas céder à la complaisance, qui serait pourtant aisée ce soir. On frise les 85 minutes, le groupe se retire de nouveau, est-ce le moment de quitter la salle, ou de se jeter sur le merchandising pour les mieux lotis ? Que nenni, c'est un second rappel qui va nous faire dépasser l'heure et demie de prestation, un slow pulse boy lui aussi dépassant les 30 ans d'âge, et c'est donc avec ce titre que se termine ce show ayant frôlé avec les 2h30 de musique, effectivement ceux qui craignaient de commencer la semaine fatigués ont bien fait de ne pas venir, les autres la commenceront avec les oreilles enchantées, une fois de plus le groupe n'aura déçu personne, et aura offert un spectacle qui nous incitera à revenir le voir dès la prochaine occasion, même sans avoir forcément révisé la discographie complète d'ici-là : pas besoin d'être pointu pour aimer ces concerts-là !

 

Set-list (récupérée sur le Net) :

Set 1 "Brothers Of The Trees"

  1. Intro
  2. My Face Is Here In The Wildfire
  3. Hunter Not the Hunted
  4. Wooden Leg
  5. Blind Opera
  6. Gone... Like the Swallows
  7. Whisky Bride
  8. Winter Sea
  9. Bloodline
  10. The Woman on the Estuary
  11. Domed

Set 2 "And Also The Trees"

  1. Naitō-Shinjuku
  2. Your Guess
  3. Hawksmoor & the Savage
  4. A Room Lives in Lucy
  5. Angel, Devil, Man and Beast
  6. The Sleepers
  7. The Legend of Mucklow
  8. Virus Meadow
  9. Mermen Of The Lea
  10. Boden
  11. Shaletown
  12. Bridges
  13. Brother Fear
  14. The Skeins Of Love
  15. Rappel : Prince Rupert
  16. Dialogue
  17. Missing
  18. Rappel 2 : Slow Pulse Boy
La suite, ce sera ce mercredi soir, à la Mécanique Ondulatoire, avec Warum Joe entouré de trois autres groupes qui promettent.