Date : vendredi 11 mai 2018

 

Le Trabendo s'est mis en option printemps ensoleillé en ce vendredi soir, pour Le Beau Festival, avec petite piste de boules (on n'ira pas jusqu'à parler de pétanque), maxi-babyfoot (8 barres de chaque côté, ça laisse le temps d'aller d'un but à l'autre) et food-trucks, puisque la mode en est décidément bien implantée dans les soirées hipster...

 

Pressentant que la soirée allait s’éterniser, on ne s'est pas vraiment dépêché d'arriver. Il faut dire également qu'on a déjà vu En Attendant Ana sur scène, l'an passé à la Ferme Électrique, et que le sentiment de l'époque se retrouve aujourd'hui : le quintet (une chanteuse qui gère aussi les claviers et parfois une guitare, une trompettiste qu'on n'entend pas toujours, et un trio masculin guitare/basse/batterie) maîtrise plutôt bien son "garage/pop", mais je n'y accroche toujours pas. À cela plusieurs explications simples : la trompette, quand elle est audible, m'est difficile à entendre, car utilisée de manière trop académique (on est loin du sax de Steve MacKay...), le chant me dérange également un poil, sans pouvoir l'expliquer rationnellement, et enfin les parties de synthé ne sont pas omniprésentes, mais me hérissent le poil quand elles interviennent. Bref, si le public, encore pas très nombreux en ce début de soirée, applaudit plutôt cordialement à ce qui lui est proposé, je reste pour ma part plus circonspect...

 

Pas plus de deux minutes de battement avant ce qui va suivre, puisque les organisateurs ont misé sur deux scènes, l'habituelle interne et une seconde à l'extérieur, et le timing est serré (mais tenu, c'est notable), et on voit donc arriver sur scène un jeune homme seul, cheveux gominés en arrière, imper lâche sur les épaules, et un micro en guise d'instrument (tout le reste est enregistré) : Better Person est allemand, mais cela n'excuse pas tout ! Car pour ceux qui ont survécu aux années 80, comment imaginer se retrouver devant un clone aussi jeune de Modern Talking, Spandau Ballet et autres immondices de l'époque ? Tout y est, la musique, l'attitude devant le micro, et même ce faux air dépressif-mais-pas-trop assez symptomatique des Nouveaux Romantiques... On pensait que cela avait disparu, eh bien non, il faut donc se retaper de la musique à gerber, heureusement qu'on a la possibilité de se rapprocher du bar intérieur, ce qui isole un brin nos oreilles bien maltraitées par ce genre de torture sonore !

 

La souffrance semble se terminer après cette - bien trop - longue séquence, on se retrouve de nouveau dans la salle, et là c'est un duo entièrement féminin, tout de rose vêtu, qui arrive et s'installe derrière les claviers (car il n'y en a pas qu'un seul, et une pauvre guitare tente de faire illusion quant à ce qui va surgir des enceintes). Tropic of Cancer est américain, fait sortir beaucoup de basses de ses synthés, et nous impose un genre d'électro dépressive que l'on ne qualifierait pas vraiment d'envoûtante, au contraire il s'agit très vite de ressortir, histoire d'échapper (difficilement) au harcèlement auditif que cela représente. Vous l'aurez compris, jusqu'à présent, je regrette de ne pas avoir bien plus tardé avant de venir...

 

Encore un travail en solo pour la deuxième prestation à l'extérieur, puisque Magic Island est une chanteuse germano-canadienne qui œuvre avec clavier et laptop comme seuls accompagnements. Là encore, on se demande ce qu'on est venu faire ici, en première approche, mais assez rapidement on se laisse un peu emmener par ce mélange d'heavenly voices et d'électro plutôt soft, avec en arrière-fond une petite pensée à ce qu'on pouvait entendre chez Siderartica. Je ne nierai pas non plus que sur la durée, je finis un poil par me lasser, mais en regard de ce que nous a été infligé lors des prestations qui ont précédé, on a tendance à trouver ce set relativement agréable et audible. Mais on ne reste pas jusqu'au bout, car il faut essayer de bien se placer pour le dernier set de la soirée - celui qui nous a incité à venir jusqu'ici en ce vendredi soir météorologiquement appréciable.

 

Car c'est un groupe anglais que l'on connaît plutôt bien qui déboule sur scène à 22h35 : And Also The Trees, emmené depuis bientôt quarante ans par les deux frères Jones, Simon (chant) et Justin (guitares), accompagnés ce soir d'un bassiste, d'un batteur et d'un multi-instrumentiste (clarinette, clavier, sax, guitare), a ses habitudes à Paris, et on le ressent en constatant que le public est bien plus dense que pour les groupes qui l'ont précédé. Ce soir, dès l'introductif et addictif slow pulse boy, on a le sentiment d'un son un poil plus aigu qu'à l'habitude, mais c'est bien le seul semblant de reproche que l'on pourrait faire à cette performance, tant on se trouve une fois de plus bluffé par la qualité et l'intensité de ce qui nous est offert. Si Simon est le seul à s'exprimer (pas de chœurs, donc pas de micros pour ses acolytes), il ne perd pas de temps en salamalecs, se bornant à quelques remerciements, hormis pour intervenir rapidement lorsqu'il s'apercevra qu'une embrouille monte dans la fosse. L'essentiel est de profiter au maximum du temps imparti (70 minutes annoncées), alors on enchaîne les titres, avec la plupart du temps ce son inimitable basé sur une guitare bien acide, une jeu de basse bien efficace et une batterie au rythme qui semble simple mais qui ne nous lâche jamais. Car si certains gardent l'idée d'un groupe de cold-wave mélancolique, ce qui nous est proposé ce soir bat en brèche cette fausse impression, tant on comprend que le groupe s'est formé en pleine période punk, et que l'agressivité de l'époque continue à se retrouver dans chacun des titres exécutés, y compris lorsqu'une intro peut sembler presque jazzy, Justin sait y faire avec ses guitares pour ne pas laisser le moindre spectateur s'endormir. Et les instruments moins conventionnels, comme la clarinette ou le sax, sont utilisés de la même manière, non en accompagnement mais bien en utilité première, dégageant bien le cérumen pour atteindre le cervelet. Ainsi, le temps s'écoule, sans jamais sembler long, et on profite à plein de ce qui pour certains s'apparente à un best-of du groupe, et on atteint l'heure fatidique annoncée, le groupe n'en a cure, continue sa set-list, personne ne s'en plaint évidemment, et c'est au bout de 77 minutes que le groupe quitte la scène, sans trop en faire non plus, ce qui peut laisser espérer un rappel - ou pas. Une partie des spectateurs opte donc pour le départ, estimant qu'à minuit moins dix, il ne faut plus se faire d'illusions... et cette minorité a tort, puisque le quintet revient, et nous offre (on n'y croyait plus, mais cela semble incontournable) un a room lives in lucy sur lequel le public n'a même pas l'occasion d'appuyer le groupe avec ses habituels chœurs, il s'agit une fois encore d'être efficaces, et le moins que l'on puisse dire est que le groupe l'est ! Au final, le groupe se retire définitivement, on a eu droit à 83 minutes extrêmement denses et réussies, ce qui confirme qu'on avait bien fait de venir, même si l'attente fut un peu longue et douloureuse...

 

Ce samedi soir, même lieu, même festival, avec comme tête d'affiche Deerhoof.