Date : dimanche 3 avril 2016

 

C’est dimanche, on se croirait au printemps, et l’idée d’aller jusqu’à la Flèche d’Or pour y assister à un mini-festival « Rumble in Washington », en l’honneur de la sortie du Tribute to consacré aux Washington Dead Cats, est suffisamment tentante pour braver la chaleur et les coups de soleil, et tenter de résister à la fatigue prévisible vu que les portes ouvrent à… 16h30 ! Cela a beau faire plus de trois ans que je n’y ai pas mis les pieds ni les oreilles, on reconnaît sans souci l’agencement de la salle, avec son bar à l’opposé de la scène et sa régie au niveau des énormes poteaux au milieu… 

 

Vous l’imaginez bien, commencer un festival à 17h signifie prendre le risque que les spectateurs, même punk ou rockers, n’aient pas fini d’ingérer ou digérer le rosbif dominical de belle-maman, alors on patiente au maximum, mais à 17h20 il faut se résoudre à entamer les festivités, sous peine de voir la tête d’affiche réduite à la portion congrue en fin de soirée… Ce sont les Brain Eaters qui sont chargés d’entamer les hostilités, devant un parterre d’une trentaine de spectateurs, et si je dois avouer ne conserver qu’un souvenir brumeux du groupe, aperçu il y a près de 8 ans à la Maro, il ne me faut pas longtemps pour apprécier le « raunch and roll » du quatuor (chant-guitare-basse-batterie), plus communément simplifié en « garage punk », avec une énergie évidente mais pas bourrine, à l’instar de la reprise du blue surfin’ girl des WDC en mode dynamité qui s’avère assez impressionnante. Évidemment, les problèmes techniques ne vont pas être absents de la soirée, dans le cas présent c’est le micro du bassiste qui fait des siennes, mais le temps passé à attendre que cela soit résolu permet à la salle de se remplir un peu, on se sent moins seuls, et l’ambiance se réchauffe petit à petit. Petit bémol, à mon sens, lorsque le 5e membre, harmoniciste de son état, arrive sur scène : on s’oriente alors vers un genre de blues, voire rhythm & blues, qui m’intéresse un poil moins, et le retour à des sonorités plus rentre-dedans confirme que l’éclectisme n’est pas forcément le meilleur choix pour le groupe. Mais on ne fera pas la fine bouche, cette quarantaine de minutes aura été tout de même bien sympa et efficace, et aura ainsi mis le festival sur la bonne voie…

 

Le temps de changer de plateau, qui prend un peu plus que le ¼ d’heure prévu (on regarde toujours sa montre avec un soupçon d’angoisse), et c’est Rikkha qui entre en scène, un quatuor emmené par Juliette Dragon sans ses Filles de Joie, mais avec son mari guitariste, ainsi qu’une rythmique entièrement féminine. En guise d’intro, c’est avec la reprise du i can’t hardly stand it (que les Cramps avaient déjà piquée à Charlie Feathers en leur temps) que cela part sur les chapeaux de roues, on avait déjà vu le groupe reprendre ce titre il y a une demi-douzaine d’années, c’est efficace, excitant, très réussi, et par la suite les quatre musiciens se concentrent plus sur leurs propres morceaux, pas mal issus de leur excellent album "nuit fatale" (les femmes, spank me…) mais aussi d’autres plus anciens (kitten on wheels), et musicalement c’est très carré, énergique, la guitare vrombit tant et plus, et on retrouve sur scène tout ce qu’on adore en version studio. Malheureusement (eh oui, je trouve toujours la petite bête quand je la cherche un peu), les titres ont du mal à s’enchaîner, la faute le plus souvent à une tendance logorrhéique chez Juliette (les explications sur les textes sont un poil longuettes), qui semble bien moins à l’aise sur scène dans son rôle de chanteuse que dans celui de meneuse de revue, cela va jusqu’à tenter des blagues (qui tombent le plus souvent à plat), mais surtout cela nuit au phénomène d’entrainement des spectateurs que devraient créer les morceaux. En sus, mais on ne peut guère blâmer le groupe sur ce coup, un pied de tom se brise, ce qui oblige à meubler, ça rame un peu d’ailleurs, heureusement que cela ne dure pas trop… On aura remarqué que sur la reprise (assez peu éloignée de l’original) du i’m a dead cat, Juliette requiert l’aide de Mat Firehair, car elle a tendance à ne pas maîtriser l’intégralité des paroles, alors pour se faire pardonner ( ?) elle nous offre un petit effeuillage sur devil, elle fera plus tard intervenir une néo-zélandaise spécialiste du burlesque, et cette cinquantaine de minutes laisse au final un sentiment un peu mitigé : musicalement, ça le fait, parfois excellemment, en revanche la scénographie et les enchaînements pourraient s’améliorer, cela ne pourrait que générer des prestations enthousiasmantes, on est prêt à le parier et à le jurer !

 

Il est déjà 19h20 lorsque les Garage Lopez investissent les lieux, le trio a ses fans, on le sait, et ce soir (il fait encore jour, mais cela ne va pas durer) ils vont être comblés ! En effet, avec une totale absence de prise de tête, et dans une bonne humeur généralisée, le groupe enfile tambour battant les titres, en français ou en yaourt, et si cela n’est pas forcément d’une extrême finesse, cela rappelle au hasard les Rats, autant dire que le punk français de qualité est à l’honneur. Le chant est partagé entre le bassiste et le guitariste, le batteur en caleçon (d’entrée de jeu, il n’a pas attendu de commencer à suer) fait son job, et la reprise (presque obligatoire, puisqu’elle figure sur le tribute album) de crazy voodoo woman, avec Mat en guest là aussi, se démarque de l’original par une accélération nette du tempo, ce qui ne nuit pas, loin de là. Si le groupe échappe aux soucis techniques de ses deux prédécesseurs sur scène, on remarque tout de même avec regret que le son semble bien plus étriqué, difficile d’en connaître la cause exacte mais on aurait bien aimé avoir la même ampleur acoustique que pour les quatre autres groupes (les deux groupes à suivre n’auront eux non plus pas ce souci). Mais ne nous plaignons pas, cela n’aura pas empêché chacun (les spectateurs sont désormais presque au complet, ce qui ne remplit pas la salle mais lui permet de ne plus sonner creux) de s’éclater pendant cette petite quarantaine de minutes que l’on qualifiera de simple et efficace, on est prêt à parier que les musiciens ont fait en sorte de ne pas empiéter sur l’horaire imparti pour laisser les suivants avoir leurs quotas de jeu…

 

Jusqu’alors, le festival se cantonnait à des groupes franciliens, on prend le large avec The Astro Zombies, en provenance de Dijon, un trio aux sonorités très rockabilly (contrebasse et batterie mais également guitare), mais dont on s’aperçoit très vite qu’il lorgne carrément du côté psychobilly de la Force. A preuve, la reprise totalement speedée du bang bang (my baby shot me down) de Nancy Sinatra, ce titre seul valait le détour, mais on appréciera tout de même le reste du set, même si l’humour (assez fin) du chanteur-guitariste n’atteint pas toujours son but, on sent que les spectateurs commencent à attendre impatiemment la tête d’affiche, tout en gigotant un brin et applaudissant la prestation qui va de temps en temps lorgner du côté du pur rockabilly. C’est également pendant ce set que la vieille réputation de la salle va refaire surface, puisqu’on assiste presque à l’expulsion manu militari d’un spectateur (un peu bourré, d’accord !) qui s’amuse à dérégler le pédalier du guitariste, les videurs sont arrêtés dans leur entreprise par un Lopeziste leur promettant de gérer le cas (ce n’était sans doute pas le jour des Michel), cela ne dégénèrera pas plus, mais on a pu craindre l’incident diplomatique… Une heure de jeu sympa et de bonne humeur, voilà tout ce qu’il fallait pour finir de chauffer la salle, et si le fumoir fait le plein en attendant que la musique reprenne, il n’y aura pas de retardataires, personne ne voulant rater une miette du dernier set du festival !

 

Car on le sait, les shows des Washington Dead Cats valent le coup d’œil autant que l’oreille attentive, et ce soir ne fera pas exception ! En s’appuyant sur le dernier album en date "under the creole moon", dont les titres sont désormais bien rodés et au point sur scène (give me back my broken heart, qui inaugure le set, under the creole moon), Mat Firehair et les siens (trois cuivres en sus du trio basse-batterie-guitare) réussissent très rapidement à créer une atmosphère bouillante, le fait de jouer très vite pizza attack aide sans doute à cette montée brutale de la température ambiante, peut-être aussi tout simplement n’y a-t-il aucun point faible dans cette set-list… On le sait, Mat est lui aussi assez bavard, même s’il se revendique timide, il explique ainsi que les vrais rockers n’écoutent de musique que sur vinyl (only vinyl is cool), il introduit d'ailleurs presque l’intégralité de ses morceaux, mais cela ne dure pas trop, et parfois même les musiciens enchaînent directement, pour éviter de perdre l’attention du public. C’est un festival, il y a donc les musiciens des autres groupes qui sont invités sur scène à participer à certains morceaux (Juliette Dragon, habituée depuis de longues années, mais aussi le bassiste des Garage Lopez), il y a aussi le chanteur des No Hit Makers qui vient donner de la voix sur down under my feet, et si on est habitué à certains gimmicks (le public qui reprend juju, le jeu de scène de napalm surf), on n’attendait pas forcément le retour de notre rousse néo-zélandaise du soir (redhead girl with a blue dress on, même si sa robe est noire), et l’explication de texte de oumamamama (le fils de 3 ans est dans le coup) vaut son pesant de cacahuètes, c’est également sur ce titre qu’on s’aperçoit que Mat a abandonné son pantalon pour parader en caleçon (sous son habituelle chemise rouge à franges, tout de même), là non plus personne n’est surpris… Après un crazy voodoo woman qui s’est mis au niveau de celui des Garage Lopez, le groupe se retire, après une grosse heure de set, mais il est bientôt 23h00 alors ça reprend rapidement, pour une sacrée gâterie puisque c’est avec pas moins de trois titres  issus du tout premier album que le rappel démarre, et quels titres : si vous rêviez d’entendre l’enchaînement beetroot girl/who’s behind the window/does your werewolf bark, c’est à la Flèche d’Or qu’il fallait être, et les spectateurs ont du mal à se remettre de cette offrande. Pour calmer le jeu, c’est all i miss qui suit, plus tranquille, mais on achève tout le monde avec la reprise du too drunk to fuck (Dead Kennedys) : il est presque 23h10 et cela fait presque 80 minutes d’un set bouillant, on regrette alors d’être dimanche, car il faut se dépêcher de rentrer chez soi si on ne veut pas commencer sa semaine de taf avec des valises trop encombrantes sous les yeux et risquer de s’écrouler sur son poste de travail…

 

Set-list :

  1. Give me back my broken heart
  2. Pizza attack
  3. Treat me bad 
  4. Only vinyl is cool 
  5. Down under my feet
  6. Juju 
  7. I'm a dead cat
  8. Blue surfin' girl 
  9. Dead cat on the Line 
  10. Redhead girl with a blue dress on
  11. Napalm surf 
  12. Under the creole moon 
  13. Oumamamama
  14. Punkabilly Rumble 
  15. Crazy voodoo woman
  16. Rappel : Beetroot girl
  17. Who’s behind the window
  18. Does your werewolf bark ?
  19. All I miss
  20. Too drunk to fuck

 

La suite, ce sera d’ici une bonne semaine, puisque nous aurons mardi prochain le retour de Panik (au Gambetta) suivi le mercredi de Warum Joe au Petit Bain, dans le cadre du Sonic Protest.