[Brandt/Plomb] fabulous
Date : jeudi 29 juin 2023
Pas trop de difficultés pour rejoindre le Supersonic en ce jeudi soir, vu que le métro et le RER roulent en échappant aux cocktails Molotov, mais on garde en tête ce qui se passe partout en France après l’assassinat d'un gamin - les mêmes images proviendraient d'un autre pays, il y aurait unanimité sur le scandale des violences policières...
C'est le groupe français Brandt qui grimpe sur scène à 20h30 précises : on l'avait reçu à Konstroy il n'y a pas loin de deux ans, mais cela fait presque cinq ans qu'on ne l'avait pas vu sur scène, et ce soir on va pouvoir constater que l'évolution est évidente. En dépit d'un accident récent, le batteur va assurer des tempos variés, toujours avec un air cool et détaché, limite jazzy, bien accompagné par un bassiste peu audible en début de set, mais qui prend rapidement sa place (sonore) au milieu de ses deux compères, et qui aura à l'occasion droit à de belles mises en avant. Quant au chanteur-guitariste, on le connaît, on sait qu'il aime la lumière, ce soir il profite donc à plein de l'exposition, sans trop en faire non plus, il faut dire qu’en sus il gère un orgue transformé en machine à bidouiller les sons, y compris ceux de sa guitare, et si on retrouve bien le groove natif de certains morceaux (la reprise du three cool cats, par exemple), on sent qu'il est désormais accompagné d'une certaine dureté de ton, les origines punk des musiciens se ressentent, et la plupart des titres, anciens comme tout nouveaux (on a droit à la découverte scénique d'au moins deux titres), ne laissent guère le temps aux spectateurs de souffler. Même le slow annoncé possède ses envolées électriques, et un play with fire est au niveau de ce que peut annoncer son titre. Le public dense se trémousse bien devant la scène, un public mixte entre vieux connaisseurs des groupes et jeunes habitués du lieu, et ces 45 minutes d'une grande intensité auront sans doute convaincu ceux qui découvraient le groupe sur scène, et d'ores et déjà confirmé qu'on ne s'était pas déplacé pour rien...
Un petit quart d'heure de changement de scène et c'est Plomb qui déboule, là encore on n'est pas dans l'inconnu, car si le groupe était venu à Konstroy il y a 5 ans, cela fait à peine un an que je ne l'avais pas vu en live. Et en un an, il s'en est passé des choses, car avec un line-up inchangé (chant-guitare-basse-batterie-clavier), le quintet semble avoir bouleversé beaucoup de choses, à commencer par un son qui a pris une ampleur folle, alors que jusqu'à présent cela semblait beaucoup reposer sur les épaules du seul guitariste. Désormais, chaque instrument est aussi prépondérant que les autres, et le post-punk que l'on connaissait s'est très largement durci, dans la foulée d'un EP 4 titres "bright life" qui punkifie le son du groupe, y compris pour les titres les plus anciens (unity, daddy's gone mad, crazy monkeys), pourtant déjà parmi les plus rentre-dedans des premiers enregistrements. La set-list est composée de beaucoup de nouveaux morceaux (ou alors d'anciens totalement méconnaissables ?), rapides, incisifs, atteignant rarement les trois minutes, et le public réagit avec une ferveur extrême puisque le pogo qui s'installe va s'avérer presque brutal (un moyen de se défouler pour les étudiants en école de commerce, on imagine), on retrouve ainsi l'atmosphère très musclée qui pouvait régner à la Maro lors de la release party de "empires of shame" (Frustration) en 2016, soirée qui avait marqué pas mal d'esprits : ce soir Vincent (le chanteur, qui n'hésitera pas à venir plusieurs fois se confronter aux danseurs dans la fosse) et ses partenaires relèvent la barre placée déjà bien haut par Brandt et nous promettent donc de futurs concerts mémorables et de prochains enregistrements que l'on attend avec gourmandise, tant on aura été bluffé ce soir par cette trop courte prestation (même pas trois quarts d'heure) : pour ceux qui le peuvent (malheureusement, je ne pratique pas encore l'ubiquité), rendez-vous le week-end prochain au Cirque Électrique, pour un festival "Symphonies dissonantes" qui les verra à l’œuvre, parmi d'autres douceurs...
Difficile donc de passer après ces deux excellentes premières parties, surtout quand on s'appelle Italia 90 et qu'on n'avait pas réussi à convaincre le public du Trianon en ouverture de Frustration il y a 3 ans. Ce soir, le quatuor anglais est donc (pour moi) en quête de rédemption, mais ce n'est pas la très longue et ennuyeuse intro instrumentale qui va me mettre dans les meilleurs dispositions pour changer d'avis, mais quand le chanteur arrive on se dit que les choses vont (peut-être) changer. Alors oui, il y a, lorsque le son se punkifie vraiment, une énergie indéniable qui ressort des morceaux, et le chant dans ces cas-là est suffisamment virulent pour faire illusion, mais le reste du temps les compositions me laissent froid tandis que le chant me désespère, mou, quasi Morrissey-esque, autant dire qu'au bout d'un quart d'heure (à peu près deux morceaux, donc) je décide de laisser les fans en profiter, et je rentre suffisamment tôt pour que ces quelques minutes ne gâchent pas tout ce qui a pu m'emplir de joie jusqu'alors. Toujours pas convaincu, vous l'aurez compris, on ne m'y reprendra plus !
La suite, ce sera probablement le week-end prochain, puisque c'est le retour de la Ferme Électrique, avec comme valeurs sûres A Place To Bury Strangers et Trotski Nautique, et beaucoup de découvertes à faire, comme toujours...