[La Ferme Électrique #12] vendredi
Date : vendredi 7 juillet 2023
Comme tous les ans, réussir à rejoindre La Ferme Électrique le vendredi soir des vacances d'été reste un challenge, cette année les transports en commun challengent encore plus les festivaliers potentiels puisqu'aucun train ne rejoint Tournan. Résultat, les premiers concerts se dérouleront dans une ambiance très intime, sans risquer de se faire marcher sur les pieds, il faudra attendre 20h00 passé avant d'avoir (enfin) le sentiment qu'il commence à y avoir du monde...
C'est un groupe "experimental psych-folk" du Venezuela qui est sur la scène de la grange lorsqu'on finit par rejoindre les lieux, un peu après 19h, et si à l'oreille la musique proposée par Insolito Universo n'est pas désagréable, il ne s'agit pour moi que d'une gentillette entrée en matière, tant les rythmes légèrement chaloupés produits par le quartet (deux claviers, basse, batterie) s'avèrent bien trop synthétiques à mon goût. Le chant est loin d'être omniprésent, et l'ensemble me laisse (sur les quelques minutes d'écoute) l'impression de titres hésitant entre la musique de supermarché et la musique d'attente téléphonique : sur une durée courte ça va, mais je n'en ferais pas une consommation assidue !
On passe du côté de l'étable, où le trio In my Head nous emmène du côté de "Daniel Johnston x Sebadoh x Pavement x Cure", ce qui se traduit selon moi par un chant (assuré par le guitariste) qui m'évoque furieusement Nikki Sudden, une basse aux sonorités très post-punk voire carrément cold, le tout formant avec un batteur efficace des morceaux qui s'avèrent assez vite tendre vers une sorte de new-wave, pas mal faite mais à propos de laquelle j'ai du mal à réellement me concentrer sur la durée. Il y a indéniablement du potentiel, peut-être devrais-je écouter d'abord les versions studio avant de pouvoir succomber aux versions live de ces titres...
On ressort donc de la grange un peu avant la fin, on en profite pour manger un bout avant qu'il ne soit trop tard, et on va se placer devant la scène de la grange, où le quatuor L & S va démarrer sa prestation, attendue par une bonne partie des spectateurs puisqu'il s'agit d'un groupe formé autour de GW Sok, historique ex-chanteur de The Ex habitué des collaborations multiples et variées. Pour le coup, si GW est seul au micro, ses trois acolytes (deux guitares et une batterie) laissent à penser qu'on va avoir droit à une bonne dose d'énergie noisy, mais très (très) vite, on comprend que le quatuor va également s'appuyer sur des bandes qui correspondront à des parties de claviers, de cordes ou de cuivres, séparées ou simultanées, et que ces enregistrements prendront très vite le dessus sur ce qui est réellement joué devant nous. Alors si le chant de GW reste reconnaissable entre mille, il ne suffit pas pour contenter une partie des spectateurs qui constatent que les parties enregistrées, et largement mises en avant, apportent une grandiloquence à l'ensemble qui nuit largement aux (rares) parties sur lesquelles les rythmes et sonorités s'emballent, on a surtout une impression de gâchis, car on imagine la puissance qui pourrait surgir des enceintes si les parties orchestrées enregistrées étaient en soutien plutôt qu'en avant : là encore, c'est un demi-coup dans l'eau, ce qui ne devrait pas empêcher de tester la version studio pour voir si c'est la sonorisation du soir qui a nui, ou si c'est une volonté assumée des musiciens eux-mêmes...
Les Belges ont pris d'assaut la grange, avec l'arrivée sur scène de Marcel, quintet qui attire l'attention avec ses intentions, délibérées d'entrée de jeu, de nous emmener dans des univers très variés et énergiques. Avec un chanteur charismatique et tordu derrière son pied de micro, et quatre musiciens qui savent y faire en termes de puissance de feu (deux guitares, basse, batterie, l'un des guitaristes étant également en charge d'un - dispensable - clavier), le groupe enchaîne les titres musclés, qui m'évoquent tour à tour, et sans forcément de lien avec la musique exécutée, ici Amyl and the Sniffers, là TV Priests, voire même un peu de Gilla Band, pour un début de set endiablé qui ne peut susciter que l'enthousiasme. Et puis, après un insupportable eurovision (même pour rire, le vocoder/autotune sur la voix reste une torture acoustique), on sent que le groupe va se focaliser sur des choses rappelant plus nettement Idles, les geignements en moins, mais cela finit par uniformiser le propos, et donc on se lasse sur la durée de ces post-punk bordélique qui cède un poil à la facilité, par exemple en étirant à l'envi un titre sur lequel les spectateurs sont invités à chanter - je ne fais pas travailler mes cordes vocales avec plaisir, et reste donc froid devant ce qui enthousiasme la foule. Bref là encore il y a du potentiel, mais encore pas totalement exploité ce soir.
Il ne faut pas plus de 10 secondes au trio new-yorkais A Place To Bury Strangers pour rappeler aux spectateurs les moins prévoyants que le titre (auto-proclamé) de "groupe le plus bruyant de New-York" n'est pas qu'une accroche publicitaire : les possesseurs d'oreilles sensibles reculent précipitamment, les connaisseurs se précipitent devant la scène de la grange, et c'est parti pour quasiment 70 minutes d'un déluge sonore qui nous rappelle à quel point les limiteurs atténuent la puissance de feu du groupe dans des salles comme le Trabendo (en 2018 avec la précédente formation du groupe, en avril 2022 avec le même trio, John et Sandra Fedowitz à la basse et à la batterie et l'inamovible Olivier Ackermann à la guitare). Dans les cinq premières minutes, Olivier, non content de nous offrir des acouphènes pour les 6 prochains mois, trouve le moyen de fracasser sa guitare sur la scène (rassurez-vous, il en a d'autres en stock), de se casser malencontreusement la figure (sans mal), et surtout de créer avec ses compères un mur du son qui ferait passer Jesus and Mary Chain pour les Pet Shop Boys... Non content de s'appuyer sur des sons triturés par ses soins (Ackermann fabrique également des pédales d'effets, entre autres joyeusetés), le groupe bénéficie d'une scénographie très réussie, les jeux de lumières étant redoutablement efficaces eux aussi, et le spectateur lambda ne pouvant détacher ses yeux de ce qui se passe sur scène - pour les oreilles, elles sont en mode automatique, contrôlées dès le début du set par le trio. Ceci ne signifie pas qu'il ne s'agit que de bruitisme, puisqu'on peut reconnaître des constructions presque classiques de rock, y compris lorsque Olivier joue sur une guitare à moitié cassée (on suppose qu'elle a été préparée, vu que le son est nickel), et le public est totalement à fond et réagit avec une frénésie non feinte à chaque début de morceau. Cerise sur le gâteau, ainsi qu'il a l'habitude de la faire dans les salles, le trio se retrouve dans la fosse, la batteuse sur un unique fût, le bassiste branché sur l'installation utilisée par le chanteur pour bidouiller ses sons et sa voix, au milieu de spectateurs qui se rapprochent de plus en plus du trio, jusqu'à finir par s'emparer d'une baguette pour taper en rythme avec Sandra, ou de s'emparer du micro pour chanter ou hurler... des choses incompréhensibles, mais peu importe. On n'en reste évidemment pas là, on sent que le groupe fait durer le plaisir, certains pourraient trouver cela vain, mais la majeure partie de l'assistance est estomaquée et totalement conquise par cette prestation qui aura dépassé toutes les attentes !
Difficile de se remettre de ce choc auquel on pouvait tout de même s'attendre, alors le "garage-techno" du duo angevin Scuffles fait un peu pâle figure en comparaison dans l'étable, surtout qu'assez vite on comprend que les guitares et les claviers (très présents, bien sûr) vont s'avérer bien trop inaudibles pour moi, je ne m’éternise donc pas et en profite pour me poser un peu avant le dernier groupe qui me faisait envie à l’affiche de ce vendredi soir...
Ce groupe est un quartet argentin nommé Blanco Teta, et si les premières secondes semblent inciter à l'optimisme, la sensation qui arrive rapidement que tout part dans tous les sens, et que les musiciens veulent intégrer l'ensemble de leurs influences dans leurs morceaux, finit par me lasser, pourtant la configuration originale (batterie, basse, violoncelle électrique, chant+bidouilles) fait qu'en première approximation c'est aux Foune Curry qu'on pense, avant de remarquer que les chants (chanteuse ou violoncelliste) sont assez faibles, et que cela manque finalement de peps - la liberté de ton des Slits sans l'énergie.. On en reste donc là, on n'accorde pas leur chance aux Turfu (patienter une demi-heure pour entendre de la techno-folk ne fait pas partie de mes rêves à 1h du matin), et on rentre reprendre des forces, car le week-end n'est pas fini...
La suite, c'est donc dès ce samedi soir, avec le second jour du Festival, avec au programme Oi Boys, Wine Lips ou encore The Married Monk.