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l'ayatollah du rock
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21 juin 2021

[Will Unpleasant Anniversary] c'est la fête !

Date : lundi 21 juin 2021

 

En ce lundi de Fête de la Musique, et en dépit des annonces pour le moins contradictoire de nos chers gouvernants (mais on commence à en avoir l'habitude...), c'est vers le Cirque Électrique que l'on se dirige, avec son petit test antigénique sous le bras (certains ont opté pour le PCR), conditions sine qua non pour pénétrer dans les lieux (après également avoir vu sa température rapidement testée), et peut-être également pour vivre une soirée pas forcément sous le signe du masque et de la place assise (même si les informations données par l'organisation prévoient le masque en intérieur, le placement assis et la distanciation sociale fortement recommandée)... Chacun aura fait l'effort, même déjà vacciné, et le beau ciel bleu ensoleillé aura sans doute aidé à ne pas trop ronchonner d'avoir dû se faire grattouiller le fond des narines pas vraiment narchandes.

 

Si la soirée est annoncée comme privée, c'est qu'il s'agit de fêter comme il se doit le 40e anniversaire de Will Unpleasant, organisateur incontournable de la scène parisienne depuis 20 ans, et qui joint l'utile à l'agréable puisqu'il s'agit avec les participations des spectateurs (7€ minimum par personne, pas de vente sur place) d'aider à l'acquisition d'équipements sonores collectifs (c'est la dénomination officielle). Pour l'occasion, certains sont venus de très loin (Berlin, par exemple), et si à l'heure de l'ouverture officielle des portes (15h30) les spectateurs se comptent sur les doigts de la main de Mickey, c'est que le programme est très copieux et que son plat de résistance est prévu plutôt aux alentours de 20h. C'est dans la salle du Nouveau Tigre que les concerts vont se dérouler, sans que les spectateurs positionnés à l'extérieur n'en pâtissent trop puisque des ouvertures sont pratiquées en direction des habituelles tables, et avant le premier concert c'est un premier DJ Set qui est chargé de faire monter la température, les concerts et les pousse-galettes (je ne les citerai pas ici) devant alterner toutes les demi-heures tout au long des hostilités, ce qui permettra de faire des changements de plateau sans interruption sonore. Et pour les ceusses qui n'ont pas réussi à avoir de place, ou sont trop loin, Will a même prévu de tout retransmettre sur Twitch, preuve que le punk est toujours capable de s'adapter aux évolutions technologiques...

Sur la scène, c'est quasiment à l'heure que le premier groupe entame sa prestation, et si Herrschaft ne bénéficie que d'un public clairsemé, ce n'est pas pour cela que le quatuor ne va pas profiter à plein de ses 30 minutes. Et même si la pyrotechnie est absente du show, il est difficile de ne pas avoir en tête les Teutons de Rammstein, avec pas loin non plus les Américains de Ministry, bref l'électro-métal-indus attendu est bien là, et si je trouve que le début du set est plutôt efficace, y compris au niveau du chant bien forcé, à la longue je me lasse un peu, et profite donc de la terrasse encore quasi vide, qui permet toujours d'entendre ce qui se passe à l'intérieur. Pas totalement convaincu, donc, et ce n'est pas la reprise supposée de Dead Or Alive (j'ai des boutons rien qu'à l'écrire) qui modifiera mon scepticisme final. Mais d'entrée, on a compris que Will a choisi de varier les plaisirs sonores, lui que l'on sait ouvert sur pas mal de choses diverses...

 

Le temps de refaire les niveaux (ben oui, il y a de la bière, ici !), et c'est Je T'Aime qui entame son set, un trio guitare-basse-chant qui s'appuie sur des claviers, samples et boîte à rythmes pour présenter ses morceaux, dont une bonne majorité issue de l'album éponyme qui avait été chroniqué dans Abus Dangereux. Ceux qui entendent du Cure dans la guitare n'ont pas tort, ceux qui trouvent le son de la basse énorme ont probablement raison, et ceux qui entendent du Bobby Smith dans la voix sont assez proches de la vérité, mais n'allez pas croire qu'on est ici devant un décalque du groupe de Crawley, car cela va au-delà, même si les références cold/post-punk sont évidentes et assumées. Si je reste toujours un poil rétif aux titres pendant lesquels les sons synthétiques sont le plus mis en avant, cela n'est pas insupportable non plus, et ne gâche en rien l'excellente impression que le groupe nous laisse, confirmant in vivo tout le bien qu'on avait pu penser de l'album. On ne récrimine donc pas, et l'annonce d'un possible nouvel album en octobre est une autre bonne nouvelle : décidément, cette soirée n'est source que de sourires !

 

Dans la série "ça fait longtemps que je dois voir le groupe sur scène, mais n'ai pas encore réussi à le faire avant ce soir", on peut également citer Cran, un quatuor dont certains membres faisaient partie d'Harassment (je crains que l'aventure ne soit définitivement terminée pour Harassment), et qui pour sa oï/street punk s'appuie sur une voix féminine. À ce sujet, je regrette qu'on entende moins la voix que les instruments, même les chœurs semblent mixés au-dessus (pour être franc, de dehors cela semblera moins flagrant), il n'empêche que le groupe nous offre une oï pas trop bourrine, plutôt fine même, on pourrait même songer à les inviter à Konstroy un de ces dimanches, et si je m'éclipse un peu sur la fin du set, c'est qu'il s'agit de conserver des forces et des esgourdes, puisqu'on n'est qu'à la moitié de la soirée, et que le plat de résistance pointe le bout de son nez.

 

Car il est inutile de préciser que le quintet qui compose Plomb a un vécu déjà plus que respectable, et si c'est la première fois qu'on le voit avec son nouveau batteur (qui n'a pas quitté son siège depuis un moment, puisqu'il officie aussi dans Cran), on n'a pas le sentiment que le groupe s'est retrouvé à l'arrêt pendant plus d'un an, comme la plupart des musiciens... En effet, les morceaux connus (unity ou run away, pour les plus évidentes) n'ont pas pris une once de graisse, l'énergie est toujours omniprésente, et les musiciens se complètent à merveille dans des rôles différents. Mais ce qui ajoute à l'excitation de la soirée, c'est la présence de nouveaux titres, qui semblent indiquer que le groupe n'abandonne pas son côté punk, bien au contraire c'est rentre-dedans comme il faut, et le mélange avec le post-punk qui fait partie de la substantifique moelle du combo fonctionne à plein. Nouveaux titres, cela laisse espérer de nouveaux enregistrements, et certainement une novelle venue chez Konstroy lorsque tout ça sera mitonné et fini de mijoter : vivement ! Le public, qui a enfin fini par arriver en nombre, ne s'y trompe pas, la salle commence à bien se remplir, et ça commence également à bien danser - sans heurts aucun. Alors une demi-heure, c'est bien court, mais c'est pour la bonne cause, chacun est logé à la même enseigne, et tous, spectateurs comme musiciens et organisateurs, semblent remonter le temps jusqu'en février 2020, à croire qu'une faille temporelle a absorbé le monde pendant 16 mois...

 

Remarquez, faille ou pas, il y a des choses qui ne changent pas. Prenez Jessica 93 : la formule paraît simple, avec un homme seul sur scène avec une basse et une guitare, dont il use en alternance pour monter des boucles sur des rythmiques que sa boîte guère impressionnante sort à volonté. Eh bien, ça fonctionne à tous les coups, il est impossible de résister, le son post-punk (cet homme a des références certaines, qu'on étudiera sans doute aussi chez Konstroy à la rentrée, chouette !) se double de transes qui nous emmènent là où la musique se vit plutôt de l'intérieur, un pogo semblerait étrange mais on sent que les spectateurs apprécient de retrouver leur faiseur de sons préféré, et comme depuis le début de l'après-midi les incidents techniques sont absents, on profite à plein d'une acoustique étonnamment correcte, sans larsens ni stridences, et le guitariste lui aussi semble apprécier sans modération ces 30 minutes réglementaires, qui on l'espère ne seront qu'un amuse-bouche pour de prochaines dates que l'on espère arriver rapidement !

 

Sans surprise, c'est pour le dernier groupe que la salle sera le plus remplie, à croire que la fanbase des Youth Avoiders s'est donnée rendez-vous ici ce soir. Le quatuor hardcore va enchaîner les titres à vitesse V, les pogos vont se densifier et se durcir assez rapidement, ça joue vite, tellement vite que les premiers problèmes techniques de la soirée finissent par arriver, avec une perte de la voix, un ingé-son dont le matériel tombe en carafe, mais tout cela ne dure guère, et le public n'a même pas le temps de s'en rendre compte (enfin, sauf pour la voix, bien sûr !). Perso, si j'apprécie le groupe en version studio, ce soir je passe un peu à côté de l'enthousiasme général, peut-être par fatigue naissante, peut-être par alcoolémie trop élevée, le fait est que je pars juste avant la fin des hostilités, non sans avoir remercié Will pour la superbe organisation de cette magnifique soirée, qui aura permis à la fois de réentendre du son "comme avant", mais aussi de revoir des têtes oubliées depuis de trop nombreux mois. Ça fait du bien, espérons que cela ne soit pas qu'un feu de paille !

 

Pour la suite, il va encore falloir attendre, même si le retour de la terrasse du Trabendo et la reprise des activités à la Station offrent quelques perspectives alléchantes pour cet été.

 
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