[The Ex/Zonbi] friday songs
Date : vendredi 5 juin 2026
En ce vendredi soir, on est un peu déçu de découvrir un Petit Bain presque vide, on a du mal à imaginer que les spectateurs potentiels aient préféré payer le double (donc plus de 40€) pour aller subir Cabaret Voltaire à l’Élysée, ou opté pour Deportivo, même si on pourrait comprendre que le Kilowatt ait fait le plein (Demented Are Go + Wampas + King Kong Meuf, ça faisait plutôt envie). Autant dire que la première partie débutera devant une fosse famélique, et une salle guère plus remplie, mais rassurez-vous cela finira par s'arranger, les spectateurs arriveront à donner le change à l'heure où la tête d'affiche grimpera sur scène...
C'est un quatuor parisiano-haïtien qui démarre la soirée, dans une composition pas forcément rassurante puisque Zonbi est composé d'un trio guitare-basse-batterie pour accompagner un chanteur-saxophoniste, et si le groupe prétend mélanger punk/post-punk, free jazz et musique haïtienne, c'est selon moi surtout l'aspect free jazz qui transparaît, et ce n'est donc pas une bonne nouvelle... Pire, si le sax n'est pas présent en permanence, puisque son utilisateur ne peut chanter en même temps, c'est le jeu de guitare qui ajoute une couche de mièvrerie évidente, rendant totalement anodins des morceaux qui pourraient s'avérer parfois intéressants, et les rares parties énervées du batteur en deviennent presque artificielles, voire anachroniques, tant l'ensemble semble ne pas vraiment savoir où il veut nous emmener. Alors on attend un titre, puis deux, et même le troisième, avant de se résoudre à prendre du recul et de la hauteur (plus clairement on remonte sur le pont extérieur), il ne s'agirait pas de risquer de s'énerver pour rien alors qu'on sait que la suite va largement rééquilibrer les choses...
Car si j'ai perdu un peu d'attention vis-à-vis de The Ex pendant leur période éthiopienne, je sais que les concerts du quatuor néerlandais sont imperturbablement des moments forts, tant les musiciens savent y faire en termes de punk/post-punk ayant su évoluer depuis leurs débuts en 1979... Il faut dire que si le seul Terrie Ex (guitare utilisée parfois bizarrement, avec des objets percussifs divers) était déjà là en 1979, Katharina (batterie, chant) est là depuis plus de 40 ans, Andy (guitare) depuis 35 ans, et si Arnold (guitare, chant) fait figure de petit nouveau avec sa bonne quinzaine d'années de présence, il a su au fil des années faire oublier GW Sok, l'historique préposé au chant (que l'on retrouvera début juillet avec son nouveau projet Sopa Boba en compagnie de Dead Bob). Le groupe a décidé de ne pas fêter ses 45 et quelques années d'existence en offrant un pot-pourri (un best of serait d'ailleurs plus approprié) de sa luxuriante discographie, mais plutôt d'exécuter en intégralité et dans l'ordre le dernier album en date du groupe, ce "if your mirror breaks" paru il y a un peu plus d'un an, et que je n'ai pas encore eu l'occasion d'écouter. Le groupe ne traine pas et rentre dans le vif du sujet, sans préambule, et nous voici déjà retournés avec ce beat beat drums qui confirme le bien-fondé de notre venue ici ce soir, puisqu'on retrouve un peu de tout ce qui était excitant dans l'album précédent du groupe ("27 passports", datant déjà de 7 ans), à savoir des rythmes un brin décalés, trois guitares qui ne se marchent pas dessus mais se complètent habilement, sans forcément toujours comprendre qui joue quelle partie, et le chant assuré d'Arnold ne nuit pas à l'ensemble. Comme annoncé, le groupe enquille les morceaux, avec assez peu d'interactions avec le public, non pas que les musiciens nous snobent mais c'est plutôt qu'ils se sentent plus à l'aise à jouer qu'à parler, on ne leur en veut donc pas, vu le plaisir qu'ils nous offrent avec des titres qui parfois s'étirent, parfois sont bien plus brefs, mais reposent la plupart du temps sur des riffs obsédants, un poil répétitifs, qui nous entrainent dans le sillage du groupe sans que jamais l'idée ne nous vienne de penser à autre chose qu'à ce que l'on a sous les yeux et dans les oreilles. Un titre, wheel, voit la batteuse abandonner ses fûts pour venir en front de scène derrière le micro avec ses mini-percussions, sans que jamais on ne se dise qu'il manque de la batterie, c'est l'une des grandes forces du groupe que de pouvoir innover sans perdre son public, et au bout d'une petite heure les musiciens quittent la scène, le devoir (bien) accompli puisque l'album a été interprété.
Évidemment, ils ne vont pas nous abandonner comme cela, puisqu'ils reviendront deux fois, après des passages éclair en coulisses, pour nous offrir deux titres de "27 passports", preuve qu'on reste dans le récent, avec d'abord ce que je considère comme le tube the heart conductor, puis le morceau inaugural de l'album, un soon all cities qui lui aussi vaut le détour. Alors on ne niera pas qu'on en aurait bien repris un ou deux morceaux de plus, histoire de ne pas en rester sur ces 70 minutes pourtant sacrément denses, mais on n'en veut évidemment pas au groupe, il n'est qu'à voir la queue de spectateurs qui se massent devant le stand de merch' immédiatement après le set, un stand comme je n'en ai jamais vu puisque le groupe est venu avec des tote bags, des t-shirts, des patchs, des CD, des vinyls, la vingtaine d'albums présents remontant le fil du temps et des collaborations quasiment depuis les débuts du groupe - arrivé tôt, j'avais déjà fait mes courses avant la cohue, mais les choix ont été difficiles ! Comme à chaque fois, on a été ravi et comblé, et on continuera à suivre le groupe dans les années à venir, assurément !
Set-list très probable :
- Beat Beat Drums
- Monday Song
- The Evidence
- Spider and Fly
- Circuit Breaker
- Wheel
- The Loss
- In the Rain
- The Apartment Block
- Great!
- Rappel : The Heart Conductor
- Rappel 2 : Soon All Cities
La suite, ce sera au pire Marbled Eye d'ici une dizaine de jours au Supersonic, mais avant cela d'autres concerts vont forcément m'intéresser...