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l'ayatollah du rock
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11 juin 2021

[Pyjama/les Bécasses/Abdullah Sheraton] i love these bands

Date : vendredi 11 juin 2021

 

Ce n'est pas sans une certaine appréhension que je me dirige vers le Centre Paris Anim' Montparnasse en ce vendredi soir : sans concerts depuis plusieurs mois, les punks parisiens vont-ils envahir la salle, alors que la jauge est annoncée limitée à 50 places, qu'il faudra être assis et garder le masque, ne pas boire dans la salle, bref rester encore loin de la "vie normale" ? Et surtout, ne risque-t-il pas d'y avoir une annulation de dernière minute, toujours à craindre dans ce pays où les dérogations dépendent de plus en plus du bon couloir de nos bons princes (ben oui, ce soir c'est punk, c'est pas tennis...) ?

 

Après avoir traversé la gare Montparnasse bondée (c'est vendredi soir, ceux qui peuvent rentrent en Bretagne), on découvre en arrivant devant les lieux que finalement la foule est loin d'être immense, à croire que les punks ont rechigné à traverser la Seine en provenance du nord-est parisien... Comme en sus les punks ont conservé l'habitude de venir au concert mais de rester dehors à boire des bières, inutile de dire que toutes les chaises n'auront pas été occupées tout au long de la soirée.

Ça commence avec un trio masculin à deux guitares et une batterie, qui va très rapidement démentir ceux qui anticipaient un lien avec son nom : non, Pyjama ne nous offre pas de la musique douce, calme et assoupissante, au contraire le surf-rock à tendance garagiste du groupe réveille bien les spectateurs, malgré la température ambiante bien élevée, et si on a du mal à comprendre la notion de "rock de chambre" utilisée par le groupe, c'est bien l'énergie qui règne ici en maître ! Bien sûr, les sons de guitare peuvent parfois nous emmener du côté rockabilly de la force, on peut même chercher les Stetsons dans la salle à l'occasion, mais globalement c'est le très bon goût qui règne pendant cette quarantaine de minutes, agrémentée de temps à autres d'accélérations quasi psycho du meilleur effet. La quinzaine de spectateurs présents se régale, et à titre personnel j'entends parfois des influences du type Pasadenas, même si je ne suis pas sûr que les musiciens aient beaucoup entendu parler de Marc Police et ses amis. Bref, en guise d'entrée en matière, et de reprise des activités auditives de bon aloi, c'est un sacré bon début !

 

Le temps d'aller prendre l'air, de ne pas prendre de bière (un problème de frigo, si on comprend bien), et il s'agit de réintégrer la salle à temps pour assister à la prestation d'un second trio, puisque Les Bécasses, non contents de nous avoir bien plu en concert impromptu il y a quelques années en attendant les Lobster Killed Me au Bar aux Amis de Montreuil, viennent de sortir un nouvel album plus qu'intéressant ("Bloody Winter", avec une interview dans Konstroy datant de début mai). Et si les musiciens (une batteuse, un bassiste, une guitariste-chanteuse) prennent le temps de démarrer, c'est afin de permettre à chacun de bien se réinstaller avant de nous distiller leur powerpop gentiment acidulée. Pour évacuer les défauts, on regrettera à la fois que la voix de la chanteuse soit souvent inaudible, noyée sous les sons des instruments, et qu'en sus l'écho sur sa voix comme sur celle de sa comparse batteuse soit trop prononcé à mon goût. Pour le reste, difficile de faire la fine bouche, c'est frais, il y a souvent une certaine fragilité ou un positionnement musical toujours sur le fil qui maintiennent en permanence en alerte, et là encore on ne distingue que des visages souriants alentour (on les devine sous les masques, pour être précis). Une amie préposée au clavier vient intervenir l'espace de deux titres, histoire de créer une petite filiation avec au hasard les Soucoupes Violentes, et là encore la quarantaine de minutes s'avère une période de plaisir, concrétisant l'excellente opinion que l'on a pu avoir à l'écoute du dernier album en date...

 

Encore une pause pour changer la configuration de la scène, pour le coup on récupère une binouze pas trop chaude pour récupérer un brin, et on retourne dans la salle qui va se réchauffer d'un coup, puisque là on va atteindre la trentaine de spectateurs avec l'arrivée de ceux qui patientaient dehors depuis le début. Il faut dire que le duo Abdullah Sheraton est réputé pour ses prestations scéniques inoubliables, et si bien sûr c'est le chanteur-guitariste (à 4 cordes...) qui attire le plus l’œil, le travail du batteur est tout aussi indispensable dans ce qui s'avère une débauche d'énergie et d’intelligence musicale incontestable. Car si pas mal de morceaux démarrent par des introductions parlées samplées, on oscille par la suite très vite entre No Means No et Le Singe Blanc, mais sans exclusive, puisque le groupe peut autant accélérer le tempo que le ralentir, et doit sans doute piocher ses influences dans un large spectre de musiciens plus inventifs (frappadingues ?) les uns que les autres. Là encore, il est difficile de résister à ce qui nous est offert, mais on a encore passé un voire deux degrés supplémentaires dans la force d'entraînement, et les titres qui s'enchaînent emmènent chacun vers un plaisir paroxystique qui n'est pas loin de perdurer tout au long de la cinquantaine de minutes de set. Pour un peu, on verrait les slams et les pogos s'enchaîner dans la salle, et les t-shirts/chemises s'imprégner de sueur au fil des minutes, il faut dire qu'en l'absence de problème avec la maréchaussée le concert peut s'étirer jusqu'à 22h30, et le duo en profite à fond. C'est d'ailleurs le point commun à tous les groupes de la soirée, qu'ils partagent avec les spectateurs : le sentiment du plaisir, d'être là, de jouer ou écouter, de se retrouver, et désormais d'espérer que cela pourra se multiplier dans les semaines à venir. Histoire de faire bisquer les absents, ils auront raté en guise de cerise sur le gâteau une reprise de a forest que les curistes les plus intégristes auraient pu croire enregistrée en 33T et diffusée en 78T, mais qui aura tout de même réussi à rester fidèle... Après cela, on n'a plus qu'à boire une dernière bière (pour les locaux) ou rentrer chez soi (pour ceux qui habitent un peu plus loin), ce serait dommage de se prendre une prune après cette si belle soirée !

 

Pour la suite, l'incertitude règne évidemment, la date de la fête de la musique reste un objectif, même si les annonces gouvernementales laissent craindre le pire, comme souvent : une très belle affaire est prévue, mais on n'en parlera pas trop tôt pour ne pas risquer la déconvenue.

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