[Dick Annegarn] soleil du soir
Date : mercredi 27 février 2019
C'est à un drôle de spectacle que l'on se prépare en allant à la Marbrerie de Montreuil, en ce mercredi soir : outre la découverte d'un lieu jusque là encore inconnu (et dont on ne verra pas grand chose, hormis une grande salle de type ex-grange, avec des chaises en plastique qui finiront pas obliger à tester toutes les positions possibles pour éviter de ne plus réussir à se lever), on sait que Dick Annegarn a prévu de ne pas offrir un concert en mode classique, mais de faire dans l'interactif et dans la confrontation de ses propres morceaux avec des titres bien plus anciens (la soirée est sous-titrée "l'épopée pop")...
La soirée démarre d'ailleurs, juste après 21h, par une petite vidéo, un reportage de la RTBF consacrée à l'oraliture et à la caravane de collectage de l'association Les Amis du Verbe, dont Dick est membre actif et qui s'occupe de récolter et d'enregistrer des versions chantées de chansons anciennes anonymes... Après cette petite intro pas banale, le chanteur batave arrive sur scène, guitare sur l'épaule, et commence sa séance de bavardage et d'explications, sur la création, les connexions entre auteurs, compositeurs, interprètes, et va surtout au fur et à mesure des minutes nous présenter de manière comparative des morceaux écrits par d'autres, et ses propres morceaux qu'il a adaptés, de manière plus ou moins proches, des précédents. On découvrira donc des accointances plus (michelle des Beatles aura donné bruxelles) ou moins (un titre de Yes qui aboutit à l'orage, que Dick n'interprétera pas jusqu'au bout, d'ailleurs) évidente, avec encore et toujours un humour à froid qui passe plus ou moins bien dans le public (certains en prennent gentiment pour leur grade, d'Higelin à Vianney). Même si parfois le bonhomme évite soigneusement le micro, ce qui oblige à une attention de tous les instants, mais il reste toujours passionnant, indépendamment de ce que l'on peut apprécier ou non de ce qu'il nous présente.
Il nous rapproche donc enfant sans mère de Richie Havens (sa version de motherless child, c'est presque évident), mais aussi bébé éléphant (la version est là aussi abrégée) de portland town (l'explication est limpide pour le lien avec Deroll Adams), et ne cesse de nous emmener dans son univers verbal, réussissant à nous faire rire autant que réfléchir. L'origine de la transformation sembler couler de source (à la claire fontaine), et s'il nous interprète quelques bribes de oh what a beautiful city (Pete Seeger), en profitant pour égratigner le Montreuil bobo au passage, mais demeure un puits de science, musicale et historique, et cite aussi bien Sonny Terry que Bob Dylan... Pour quelle belle vallée, il en profite pour mettre à contribution le sens du rythme du public, ce qui ne s'avère évidemment pas forcément concluant. Un petit tour chez Dylan (dink's song, et pas Dick's song comme l'aurait aimé Dick Annegarn), et cela débouche sur piano dans l'eau, qui est lui aussi fait pour être repris en chœur, ce que les spectateurs font avec une joie non dissimulée. Une histoire de rémouleur qui aboutit sur l'explication du mot "chleuh" plus loin, et on vire berbère avec brahim alham, ce qui permet d'aborder la partie moins occidentale de la soirée, avec un où es-tu mohand très touchant. Rabbi jésus est connecté avec Oum Khalsoum, l'occasion de faire un lien entre les diverses religions (Dick ne s'interdit aucune digression), et c'est ensuite Léo Ferré (avec les tziganes) qui en prend pour son grade avant que Dick ne démarre les tchèques, avec là encore un chœur volontaire très sympathique. On parle de Bach et Bartók à l'occasion, puis de joutes verbales (les exemples en vidéo ne sont pas forcément explicites), ce qui permet ensuite de reprendre un texte de Nicolas Boileau (poème 8 satire VIII) avant de présenter valentine (Maurice Chevalier), en expliquant les jeux de mots sur les "petits petons", avant de conclure la présentation/soirée/démonstration par maudit mal, évidemment une variation du whole lotta love de Led Zep...
Dick a pris le temps de passer en coulisses, mais il revient vite sur scène, pour expliquer que soleil du soir et mireille sont inspirés par le ragtime, ce qui ne semblait pas si évident. Le chanteur perd un peu les pédales et les paroles sur mireille mais est amicalement remis sur le droit chemin par les spectateurs, avant de terminer la soirée avec une interprétation quasi méconnaissable de house of the rising sun, dont il nous aura préalablement expliqué que loin d'être un pénitencier, il s'agit d'un hôpital, comme quoi les Animals et Johnny n'avaient rien compris au sens originel de ce très vieux morceau... On en termine là, après 1h50 sacrément bien remplies, certains auraient aimé un concert bien plus centré sur les propres morceaux du chanteur, mais je ne regrette pas d'avoir traversé la capitale, ses prestations valent toujours le coup, et on ne pourra évidemment pas lui reprocher de brosser le spectateur dans le sens du poil. Belle soirée presque folk, autant dire que je n'étais pas dons mon élément, mais que je m'y suis tout de même senti plutôt bien !
Set-list :
- l'orage
- enfant sans mère
- bébé éléphant
- la transformation
- oh what a beautiful city
- quelle belle vallée
- piano dans l'eau
- brahim alham
- où es-tu mohand
- rabbi jésus
- les tchèques
- bruxelles
- satire VIII
- ubu
- maudit mal
- Rappel : soleil du soir
- mireille
- house of the rising sun
La suite, ce ne sera pas tout de suite, puisque je n'ai pour l'instant rien en stock pour le mois de mars, la prochaine date certaine étant LANE début avril à la Maroquinerie...