[Dick Annegarn] soleil du soir
Date : mercredi 15 février 2023
On retrouve la Marbrerie de Montreuil en mode places assises, en ce mercredi soir, même si certains valeureux préfèreront rester debout tout au long de la soirée - il est vrai que c'est plus pratique pour profiter du bar, sans avoir à faire bouger les spectateurs coincés sur leurs chaises autour de soir...
Il est 20h45 lorsque Dick Annegarn se pointe sur scène, avec sa petite guitare en bandoulière, et entame un sécheresse qui va parfaitement s'intégrer au fil conducteur de la soirée, que le chanteur batave nous présentera comme constitutif du fait qu'il est un chanteur météorologique, nous confiant un peu plus tard dans la soirée qu'il est réputé apporter la pluie avec lui, mais ce ne sera évidemment pas le seul moment où les sourires fleuriront sur les visages des spectateurs, puisque ce soir Dick est aussi bavard que d'habitude mais d'humeur encore plus taquine que d'habitude... Si lors de ses derniers concerts il avait présenté des set-lists relativement attendues, aujourd'hui il se fait plaisir en nous proposant des titres parfois méconnus, mais qui réussissent autant que les "tubes" à fasciner un public totalement acquis à sa cause, même si on sent certains rires crispés lorsqu'il évoque Palmade, des rires qui seront bien plus francs lorsqu'il se moquera gentiment de Jonasz (qui lui a piqué tous ses plans sur l'univers) ou de Lavilliers (contrairement à lui, Dick n'est pas un gourou...). Rassurez-vous, il ne s'agit pas ce soir d'un stand-up, nous avons droit à un vrai concert, mais le chanteur nous balance rarement ses chansons sans les présenter ou les contextualiser, ainsi la chanson du vieux chanteur lui colle à la peau puisqu'il assume ses 70 balais, rebondissant sur l'actualité puisqu'il a "pris sa retraite à 25 ans... et que maintenant il lui manque encore 50 trimestres pour la retraite", et regrettant de ne pas voir les français (et plus particulièrement les montreuillois) défiler pour accorder le droit de vote aux étrangers... Le héros du soir alterne entre guitare acoustique, piano (un très beau qui sommes-nous ?) et harmonica (sur l'incontournable quelle belle vallée, reprise en chœur et en claquements de mains par un public ravi d'être invité à la fête), et si un tchernobyl blues sombre à souhait pourrait plomber l'ambiance, le bonhomme sait ramener les sourires en évoquant ici son travail chez Philips, là en expliquant que le roi Baudouin est mort comme Michel Berger sur un terrain de badminton (info improbable et non vérifiée), et l'enchaînement de vieux titres (le roi du métro et bruxelles) permet de revenir aux bases avec des morceaux largement connus et appréciés. Juste avant, nous aurons eu droit à une très belle version de maudit mal, et ensuite Dick nous explique que sa chanson pierre n'est en fait qu'une reprise (mal) cachée de georgia on my mind, simplement parce que les ayant droit du titres d'origine hongroise en ont refusé l'adaptation... On a par la suite droit à une petite piqûre de rappel à propos des Amis du verbe, association que Dick préside, l'occasion d'évoquer de nouveau (ceux qui étaient présents lors des derniers concerts connaissent l'explication) l'origine du mot chleuh, mais aussi les différences entre pays d'oc et pays d’oïl, et l'interprétation de brahim ahlam a cappella est de toute beauté. Les anecdotes sont légion, de la chorale qui n'a fait qu'un seul concert pour cause de chant faux à l'évocation du tournage de la suite de "un homme et une femme" pour introduire le saule, et au passage Dick se permet de mentionner qu'il est chevalier des arts et des lettres, alors que plastronner n'est guère dans ses habitudes... Après un bébé éléphant sur lequel il moque Johnny (il est décidément facétieux), le chanteur retourne derrière son piano pour un encore bien sombre et superbe un' ombre, avant d'en terminer avec cette grosse heure et demie par la reprise du traditionnel saint james infirmary.
Un petit tour en coulisses, quelques encouragements à revenir, et c'est le retour sur scène, sans sa guitare, pour une interprétation a cappella de la chanson occitane même en hiver, on se dit que ce rappel aura été bien court, certains commencent donc à quitter la salle, mais finalement on a droit à un deuxième rappel, une mireille extirpée des merveilleuses vieilleries que le troubadour a en stock, mais au bout de ce second rappel les lumières se rallument définitivement, on vient de se prendre 1h45 de chanson folk avec un plaisir immense, même en l'absence de certains titres que l'on supposait figurer obligatoirement sur les set-lists (ubu, les tchèques ou sacré géranium) ou que l'on continue d'espérer année après année (agostinho). C'était un grand plaisir d'assister à cette prestation, même assis, et on suppose que le chanteur a lui aussi bien profité de ces instants...
Set-list :
- sécheresse
- adieu verdure
- l'univers
- chanson du vieux chanteur
- soleil du soir
- tchernobyl blues
- qui sommes-nous ?
- maudit mal
- le roi du métro / bruxelles
- pierre
- brahim ahlam (a cappella)
- quelle belle vallée
- le saule
- potron minet
- bébé éléphant
- un' ombre
- saint james infirmary
- Rappel 1 : même en hiver
- Rappel 2 : mireille
La suite, ce sera bien plus rock'n'roll, avec samedi le Petit Bain qui accueille Preoccupations et (surtout) Clamm.