[les Lullies] meet the men
Date : vendredi 15 mars 2019
Il ne faut pas se fier aux habitudes du Petit Bain, en ce vendredi soir, puisque pour cette soirée sous l'égide du Cosmic Trip Tour, les plus prévoyants qui se sont pointés avant 19h30 (ouverture des portes à 19h) ont constaté que les concerts avaient déjà démarré (5 minutes de ratées, dans mon cas), cela n'aide également pas à offrir du monde dans la fosse (une vingtaine de personnes, tout au plus), autant dire que les conditions ne sont pas idéales pour le groupe chargé d'ouvrir la soirée...
Et pourtant, en quelques secondes, on comprend que les retardataires ont sacrément tort, car le quatuor montpelliérain sur scène vaut le déplacement. Les Lullies, puisque tel est le nom de ces (jeunes ?) musiciens (deux guitares, basse, batterie), sont tels qu'on les décrit un peu partout, c'est-à-dire qu'ils sont sur scène pour jouer, enchaîner les titres (originaux), et pas perdre de temps en échanges potentiellement vains avec les spectateurs... Musicalement, on est loin de ce qu'on a pu lire ici ou là, les Ramones ne peuvent être évoqués que dans l'attitude, on est plus proches de groupes rock au sens pub (Dr Feelgood) ou mod (Jam), sur certains titres c'est l'esprit des Dogs que l'on retrouve fortement (et brillamment), bref on est dans la bonne partie des 70's-80's, avec un chant partagé et souvent empli de chœurs. Si on a du mal à différencier les titres en anglais de ceux en français, cela importe peu, l'énergie générale est là, sans arrogance aucune, il y a juste pendant cette petite quarantaine de minutes un esprit rock direct, les fioritures ne font pas partie du package, et si certains évoqueront les plus récents néo-zélandais de D4, cela prouve que le passéisme n'est pas non plus à l'ordre du jour, la musique interprétée ne vieillit pas, et si on regrette d'avoir loupé les 5 premières minutes, on demeure ravi d'avoir pu apprécier le reste du set, on en connaît pas mal qui se mordront les doigts en arrivant très ou trop tard pour bénéficier de cette offrande de début de soirée.
Un petit changement de plateau plus tard, et c'est un autre quatuor, de Lyon celui-là, qui prend la scène d'assaut : the Scaners joue sur les codes (jean noir, veste-chemise en jean blanche patchée, lunettes de soleil pour le chanteur et le batteur), et a remplacé une guitare par un clavier, ce qui change beaucoup de choses par rapport aux Lullies. En effet, on est ici dans une volonté affirmée de mixer un rock punkifié à du synth-punk version OVNI, et toute la difficulté (pour moi) est bien là : si l'énergie est bien présente, elle est gâchée par des sonorités de clavier qui me sont douloureuses, et ce n'est pas l'utilisation parcimonieuse d'un theremin par le guitariste qui arrange les choses. Pour être franc, c'est souvent avec soulagement que les morceaux s'achèvent, autant dire que je ne rentre pas du tout dans le trip du groupe, pourtant largement apprécié par le public qui s'est bien densifié, mais ce sentiment de sacrifier le son à l'attitude ne me permet pas de saluer une performance qui me semble bien trop artificielle.
On change encore de style et de formation avec Weird Omen, un trio improbable puisqu'il comporte un guitariste, un batteur et un saxophoniste. Assez rapidement, c'est du côté de Bee Dee Kay que le groupe me ramène, autant dire que c'est plutôt positif et bien fait, mais malheureusement sur la longueur la mayonnaise finit par tourner, et ce qui s'avère parfois bien excitant peut également devenir gentillet, et là encore je finis par demeurer à l'extérieur de l'univers du groupe, et préfère abandonner les lieux avant la fin de la prestation - qui de toute façon ne s'éternisera pas, puisque le début accéléré du concert est dû à une volonté de vider rapidement la salle pour permettre une deuxième soirée dès minuit, histoire de rentabiliser au maximum le week-end... On quitte les bords de Seine avec tout de même une excellente découverte, puisque les Lullies auront confirmé tout ce qui se dit et s'entend de bon sur eux !
La suite, ce sera jeudi prochain, au Zorba, où l'on reverra les Belmont Witch.