[Holy Holster Night] bière et punk(s)
Date : mardi 21 juin 2016
C'est mardi, il ne fait pas encore chaud (les deux seuls jours d'été pour 2016 ne sont prévus que mercredi et jeudi), mais on évite les trombes d'eau (seules quelques rares gouttelettes viendront nous rafraîchir un brin au cours de la soirée), et c'est au Holy Holster Bar que nous nous donnons rendez-vous, car l'affiche du concert du soir (avec le Kebra de Jano dessus) vaut toutes les déambulations nocturnes pour la fête de la musique, autant ne pas perdre son temps ailleurs ! Comme l'an passé, le café est très rapidement rempli, et on retrouve dans la rue un nombre croissant de punks de toutes obédiences, à crête ou tête à nu, en perfecto comme en costard (non, là j'exagère), qui composeront un barrage humain pour les véhicules tentant de rejoindre les artères plus importantes en empruntant cette petite rue...
On ne s'attendait pas à ce que les horaires soient tenus, on n'est pas déçus, car si les musiciens ont commencé à s'installer avant 19h30, il est bien 20h lorsque le set de Warum Joe démarre réellement, dans une configuration bien différente de l'habitude puisque Jano (pas le dessinateur, le musicien-barman) vient épauler le groupe, qui doit faire avec un clavier de moins, ce qui nous offrira un son bien plus cru qu'à l'habitude, même si c'est de la rue qu'on assistera à la prestation. Car il fait déjà trop chaud pour avoir envie de s'insérer dans la cohue devant la scène, et comme le son n'est pas si mal de l'extérieur, on garde sa place, la bière à la main (2,50 € le demi), contre une voiture garée devant le bar qui subira non pas les derniers mais un bon nombre d'outrages dans la soirée, mais ne semblera pas trop en avoir souffert... Le groupe, qu'on entend sans le voir, démarre avec des vieux titres, d'électrolyse à bogota en passant par datcha, qui prennent une nouvelle jeunesse avec cette réorchestration obligatoire, on ne s'en plaint pas, on pourra frimer devant les absents ! Le reste de la set-list permet de se balader au fil du temps et des albums du groupe, jusqu'au petit dernier EP sorti l'an passé, et si parfois on pourrait craindre des versions trop altérées, ce n'est jamais le cas, le public est chaud bouillant et ingère ce qui lui est proposé avec un plaisir évident et compréhensible. Bien sûr, on aurait préféré que le set dure plus longtemps que ces 38 petites minutes, mais il y a encore trois groupes à faire passer, et il paraît que le dernier concert au Picolo avait été encore plus amputé, alors on ne se plaint que pour la forme, au milieu d'une foule qui ne cesse de s'agrandir. Simplement, on n'attend plus que la prochaine date !
Set-list incomplète :
- Électrolyse
- Datcha
- Bogotá
- Mauser fucker
- ??
- A.I.D.
- Charlie angels
- Peste noire
- Le camionneur
- Love me tendo
- Ballroom au ritz
- Ukraine hop
- Dactylo 38min
Par la suite, histoire de pouvoir tenir jusqu'à point d'heure, il s'agit de se remplir l'estomac, alors on abandonne lâchement les Holy Holster pour aller nous nourrir, avec un poil de désolation mais en sachant que notre disparition momentanée passe inaperçue, et en n'oubliant pas que le groupe rejouera sans nul doute dans les mois à venir, ce qui nous fournira l'occasion de nous rattraper.
Lorsqu'on revient, ce sont les Bulgarian Yogurt qui sont en scène, et clairement il n'est plus question de tenter de s'approcher de la scène, alors on se contente d'écouter, et de bien apprécier ce que le sextet (pas moyen de vérifier de visu ce qu'il en est réellement ce soir) nous offre en guise de "comix'n'roll". On a une voix, masculine, mais parfois épaulée d'une autre féminine, des cuivres (au moins un sax), et des basse-guitare(s)-batterie, qui ne se contentent pas de jouer du punk "basique" (avec tout le respect que je peux avoir) mais tanguent allègrement entre ska et simili-oï, on est loin du set monolithique, certains titres sont carrément emballants, et donnent vraiment envie de se pencher plus sérieusement sur le cas du groupe. On n'est pas les seuls à penser cela, ce qui explique que le public refuse de les laisser quitter la scène, le retard continue donc à s'accumuler, mais c'est pour la bonne cause, et si la rue commence tranquillement à se vider, c'est aussi qu'il est déjà presque minuit, et que certains doivent se lever tôt demain pour aller tafer !
Le temps de faire un peu de place pour le dernier groupe, on peut constater que certains/certaines commencent à bien fatiguer, une épidémie de mononucléose est à envisager chez les spectateurs du soir, et les automobilistes qui continuent à venir nous obliger à nous pousser de la rue restent assez stoïques, ne s'énervant pas lorsqu'ils s'aperçoivent que quelqu'un grimpe sur le toit de leur bagnole, on est un peu rassurés car ce genre de situation aurait bien pu dégénérer... Heureusement, et c'est aussi pour cela qu'on a traversé Paris pour passer la soirée dans le XIe, l'ambiance est totalement bon enfant, il n'y a pas la moindre once d'animosité ou d'énervement ici, et s'il reste pas mal de monde lorsque les 3 Gnomes entament leur set, on est loin d'être devant un public trop fatigué ou saoul, il reste encore beaucoup d'énergie chez les spectateurs, ce qui va inciter le trio à en donner sans doute encore plus que ce que les musiciens avaient prévu ! À ma grande honte, je dois avouer que si j'apprécie au plus haut point les performances scéniques du précurseur du hardcore old school en France, je n'en suis pas moins totalement ignare en ce qui concerne sa discographie, cela fait partie de mes lacunes malheureusement mais assumées, je ne pourrai donc vous dire la provenance des différents titres exécutés ce soir (dont le tout premier, dixit le groupe), y compris les 5 nouveaux morceaux du groupe, dont je viens de récupérer le CD auprès du bassiste mais que je n'ai pas encore eu le plaisir (je n'ai aucun doute à ce sujet) d'écouter. On se contente donc d'apprécier les morceaux hardcore rappelant autant les Dead Kennedys (la reprise du too drunk to fuck n'est pas anodine) que No Means No (le "pazz-junk" des Canadiens est souvent très proche), chantés par le batteur en Ogam, la langue (véritable) gnome, l'énergie est bien évidemment omniprésente, mais la finesse et les variations également, et le groupe qui semblait parti pour une prestation d'une cinquantaine de minutes se prend au jeu, il faut dire que lorsque l'infatigable Jano vient participer à la reprise du ace of spades de Motörhead cela amène à réfléchir à deux fois avant d'en terminer, et comme les spectateurs restants sont prêts à ce que cela dure jusqu'au bout de la nuit, le groupe en rajoute, on atteint l'heure, on dépasse même les 70 minutes, et pour le coup c'est nous qui devons abandonner, la fatigue nous rejoint subitement et nous ordonne de retourner at home, car on a encore pas mal de route. On ne sait donc pas jusqu'à quelle heure les festivités se sont éternisées, on suppose tout de même qu'on n'a pas dû en rater beaucoup, on se rattrapera à la prochaine occasion, au pire en décembre au Week-End Sauvage...
On n'a donc plus qu'à supporter les voyageurs bruyants et avinés dans le métro, et à constater que le mythe du "musicien du 21 juin" correspond à une réalité, celle des braillards et des tapeurs de boîtes qui vous empêchent de vous endormir sur le trajet : on aura ainsi eu droit au meilleur et au pire de la fête de la musique en quelques minutes...
Le temps de se remettre d'aplomb après cette longue soirée, aussi réussie qu'espéré, et on retourne à l'Olympic, jeudi soir, avec entre autres Usé et Le chemin de la honte.