[Eagulls] euphoria
Date : mercredi 21 septembre 2016
L’Eldorado Music Festival est loin d’avoir fait le plein au Café de la Danse en ce mercredi soir, il paraît même qu’on trouve des places à 20% de leur valeur faciale, cela permet de faire illusion, et ne nous plaignons pas trop, car les spectateurs présents ne sont pas là par hasard, cela créera une ambiance tout à fait correcte au final.
Bien sûr, on a un poil le sentiment que le public est venu pour la première partie, même si on ne peut pas vraiment le blâmer tant le quatuor parisien Last Night est une nouvelle fois bluffant. En l’absence d'un clavier qui m’avait laissé une impression un brin mitigée lors de la dernière prestation du groupe au Batofar, c’est au côté punk de la force que nous sommes confrontés en début de set, avec deux guitares incisives, une rythmique musicalement et visuellement impressionnante (les mains du bassiste semblent des araignées sur ses cordes, le batteur est loin de se limiter au jeu habituel du genre), et une personnalité qui se joue des influences habituelles ou inhabituelles, à peine pourrait-on ici glisser, au moins sur un titre, une référence à la Eighties Matchbox B-Line Disaster (certains ne seront pas d’accord), dans tous les cas c’est à la fois brutal et suffisamment fin pour empêcher le spectateur lambda de quitter la salle, et on ne parle pas des convertis qui goûtent intégralement le nectar qui leur est proposé. Car par la suite, si cela se calme un petit peu pour plonger dans les délices d’un post-punk lui aussi totalement propre au quatuor, cela reste éminemment excitant, là encore on a l’impression d’entendre un poil d’Object au passage, sans que cela ne s’y limite ni ne tente de s’en inspirer. Le timing est serré, il ne faudra pas dépasser les 35 minutes, alors les titres s’enchaînent assez rapidement, le chant du lead guitariste (sans hiérarchiser) est doublé, voire triplé par le deuxième guitariste et le bassiste sur les refrains, ce petit côté « street-punk » passe comme du beurre, et lorsque les lumières se rallument on sent que ce ne sont pas que les aficionados qui ont apprécié la prestation, mais bien l’ensemble des spectateurs, confirmant la montée en puissance du groupe dont on attend la sortie du 2e album (en janvier ?) avec une impatience non feinte !
Le temps de changer le plateau, pendant lequel les musiciens viennent tranquillement peaufiner leurs balances, et c'est un autre quatuor qui arrive sur scène, ce qui est déjà une surprise en soi puisque les Eagulls sont censés être 5... On a donc un guitariste de moins que d'habitude, et donc un trio basse-guitare-batterie chargé de mouliner derrière un chanteur au style plutôt affecté, mais à qui on le pardonne aisément tant on est emportés ce soir. En effet, si lors des deux précédentes occasions j'avais apprécié les prestations du groupe, mais avec un enthousiasme mesuré, ce soir je dois avouer qu'il n'y a pas grand chose à jeter dans ce qui est proposé à nos oreilles épanouies : dans la lignée des grands groupes cold/post-punk/new-wave des années 80, on peut dire que les Anglais savent y faire, mais sans jamais céder à la facilité du plagiat, ni même du rapprochement facile. En effet, loin des assimilations à une copie/parodie de Cure, telle que les journaleux de Télérama voudraient nous le faire accroire, c'est une musique totalement personnelle, même si datée, que les originaires de Leeds nous offrent, laissant les images de Metropolis (Fritz Lang) défiler en arrière-fond, enfin quand on ne reste pas cinq minutes sur un arrêt sur image bien sûr ! S'il fallait prendre un risque, et citer un nom à rapprocher, je citerais les Flesh For Lulu, mais c'est juste histoire de dire, tant on ne cherche aucun point de comparaison, même si on pense tout de même très fort aux Raveonettes à un moment du concert... Le chanteur, seul à bénéficier d'un micro, assume la quasi-totalité de la présence scénique, les musiciens se contentant (avec talent !) de jouer et de ciseler de petits bijoux sonores. Pas un instant on ne songe à abandonner la fosse, on sent qu'il ne faut pas en rater une miette, et on fait bien, car lorsque le groupe quitte la scène, après quasiment 55 minutes, il ne faut pas longtemps avant de comprendre qu'il n'y aura pas de rappel, on en sait si cela était prévu ou non mais le désappointement se lit sur certains visages avoisinants... Ne crachons pas dans la soupe, même si nous aurions évidemment aimé pouvoir bénéficier de quelques minutes supplémentaires, on se satisfera de cette prestation, qui ajoutée à celle de Last Night en première partie aboutit au total à une sacrée soirée, qui ne fait pas regretter d'avoir traversé la capitale en pleine semaine !
La suite, sauf bonne nouvelle d'ici-là, ce sera vendredi dans 8 jours, le concert d'anniversaire (10 ans !) de La Féline, à la Bellevilloise, avec les Wampas et les Wash, entre autres joyeusetés, sans compter les surprises éventuelles...