[Marquis de Sade] smiles
Date : vendredi 22 février 2019
C'est vendredi soir, le Petit Bain annonce un concert complet, et effectivement en se pointant 20 minutes après l'horaire annoncé d'ouverture des portes, on a du mal à atteindre le bar, mais aussi à se frayer un chemin vers la fosse, on sent que certains ont creusé leur terrier et ne vont pas en bouger d'ici la fin de soirée...
Pendant que chacun trouve sa place, c'est Daniel Pabœuf qui œuvre, seul en scène avec son sax, et pour être franc on ne jette qu'une oreille distraite à ce qui sort des enceintes. Les réactions du public sont plutôt enthousiastes, le saxophoniste historique de Marquis de Sade n'est pas boudé par les spectateurs dont la moyenne d'âge ne doit pas être éloignée de celle des musiciens qui vont passer sur scène ce soir, mais je ne peux donner un avis objectif sur ce que je n'ai pas vraiment écouté.
Car si Daniel Pabœuf peut m'intéresser, c'est essentiellement pour ses contributions à Marquis de Sade, et on le verra bien pari les 6 musiciens qui vont entourer Philippe Pascal, une fois que les lumières se seront éteintes et que la longue intro aura laissé le temps au chanteur d'arriver sur scène. On avait vu le groupe l'an passé à la Villette, un concert inespéré et totalement réussi, ce soir les conditions sont bien différentes, puisque loin de se dérouler dans une immense salle plutôt froide et impersonnelle, nous sommes à portée de main du groupe, et on sentira une certaine chaleur, tant en provenance du public que des musiciens. Le groupe va dérouler une set-list assez proche de celle de l'an passé, en démarrant avec un set in motion memories parfait pour nous installer dans l'univers du groupe, avec des vidéos en arrière-plan qui sont plutôt abstraites, les références plus pratiques arriveront au fil du temps. Le groupe, avec ses deux albums et 3 45T en 4 ans, n'a pas un catalogue inépuisable de titres, il ne manquera que japanese spy du 1er album, et trois titres du second (entendre iwo jima song aurait pourtant déchaîné les passions), cela explique donc chaque titre joué ce soir est reconnu dès les premières secondes par l'intégralité du public, y compris lorsque (et c'est souvent le cas) l'orchestration est bien distincte de celle d'origine - le groupe n'est pas remonté sur scène pour rejouer ses morceaux à l'identique, 40 ans après ! Il est difficile de faire ressortir un morceau plutôt qu'un autre, évidemment, alors on parlera de nos petits favoris, du final fog impérial à un smiles qui continue à distiller de petites surprises tout au long du titre, mais on note surtout que le chanteur, pourtant pas réputé pour sa loquacité, semble très à l'aise ce soir, sans doute l'atmosphère intimiste (350 personnes) l'aide-t-elle à échanger, présentant certains morceaux, donnant quelques explications par-ci par-là, et les spectateurs déjà conquis d'avance ne peuvent qu'apprécier ces efforts qui ajoutent un sacré plus aux souvenirs qui resteront de la soirée. Parfois, le chant est un peu partagé avec Franck Darcel, les parties en allemand sont son apanage, cela donne une belle harmonie entre deux styles de voix bien différents, et comme le groupe n'hésite pas à nous proposer des titres calmes (rue de siam en est un bel exemple), on se sent presque comme chez soi sur la barge parisienne. Le septuor s'offre une petite reprise, le ocean du Velvet Underground, qui me semble le seul moment peu enthousiasmant du concert, il faut dire que je ne suis guère passionné par ce qu'on pu produire Lou Reed et ses amis (ou pas), seules certaines rares reprises (Nick Cave, Siouxsie) trouvant grâce à mes yeux... On n'en est tout de même pas à quitter les lieux, et cela serait d'ailleurs une grossière erreur, car après que certains spectateurs aient réclamé en vain l'arrivée sur scène d’Étienne Daho (présent, tout comme Obispo d'ailleurs, que personne n'a réclamé), c'est cancer & drugs qui débarque, et là on touche au mythe, même si le chanteur laisse une partie des paroles aux oubliettes. C'est skin disease qui suit, l'occasion de rejeter un œil plus attentif aux vidéos d'arrière-plan, on aura vu passer des extraits de "metropolis" (F. Lang), il y aura également une mise en abyme avec un extrait de performance du groupe il y a quarante ans (ce qui permet de confirmer que Philippe Pascal est bien plus calme/moins habité qu'à l'époque), dans tous les cas le public touche à l'extase, et comme le set se termine sur wanda's loving boy, dont Philippe rappelle la connexion avec Sacher-Masoch, et le groupe peut ainsi quitter la scène avec le sentiment du devoir accompli après près d'1h20 de prestation.
Bien entendu, le public en veut (toujours) plus, le groupe ne se fait pas trop désirer puisqu'il revient rapidement et entame un walls de haute volée, devant des images de boxe, avant de conclure avec la très attendue conrad veidt, elle aussi agrémentée d'images adaptées, et lorsque le groupe en termine, on sent que Philippe Pascal, dans ses derniers mots, est extrêmement touché par l'accueil qui lui a été fait, et qu'il n'aurait peut-être rien eu contre une nouvelle rallonge. On en restera malheureusement là, après quasiment une heure et demie de set, et le constat est assez simple : on ne devrait pas trouver grand monde de déçu ce soir, le groupe a été, dans des conditions différentes, largement au niveau de sa prestation de l'an passé, et si le chanteur a laissé entendre (il est souvent sibyllin) que le groupe est plutôt sur sa fin (personne sur scène ne laisse d'espoir lorsqu'un spectateur lance un appel à un troisième album...), on ne se plaindra pas d'une prolongation de cette reformation qui aura fait honneur au groupe. Une très belle soirée, qui laisse en tête le besoin de se replonger plus souvent dans la production du groupe !
Set-list :
- set in motion memories
- henry
- who said why ?
- final fog (brouillard définitif)
- boys-boys
- smiles
- air-tight cell
- rue de siam
- nacht und nebel
- silent world
- ocean
- cancer and drugs
- skin disease
- wanda's loving boy
- Rappel : walls
- conrad veidt
La suite, ce sera aux Nautes ce samedi soir, avec les Whodunit.