[Dick Annegarn] vagabondage
Date : samedi 17 mars 2018
Le Festival Paris Music est un événement intéressant, dans la mesure où il propose des concerts (entre autres) dans des lieux insolites, à des tarifs abordables (ce samedi soir, c'est 10 €, par exemple), et si la majeure partie de la programmation ne m'émeut guère, la perspective de retourner voir Dick Annegarn me fait affronter le retour de la neige sans trop d'hésitation...
Arrivé au Lycée Jacques Decour (juste en face de l’Élysée Montmartre), une mauvaise surprise tombe : contrairement à l'annonce des organisateurs, le concert ne commence pas à 20h30, puisqu'en arrivant avec un quart d'heure d'avance, on entend que cela a déjà commencé... On réussit tout de même à entrer dans le "théâtre", bien rempli d'un public de tous âges (y compris des enfants très jeunes, que leurs délicieux parents rechigneront à accompagner à l'extérieur de la salle lorsque leurs pleurs se feront trop insistants...), on s'installe sur l'une des rares chaises encore libres, et on tombe quasi instantanément sous le charme du Batave, que l'on n'avait pas vu sur scène depuis plus de 10 ans... Avec son éternelle allure d'adolescent attardé, bien qu'il soit en retraite "depuis un mois, même s'il me manque 50 trimestres", Dick Annegarn ne change pas lorsqu'il est derrière un micro. Guitare en bandoulière (il ne l'abandonnera qu'en toute fin de set, pour se rabattre sur un harmonica), le bonhomme est toujours aussi loquace, et si a posteriori on aura un peu de mal à retrouver les liaisons de l'une à l'autre de ses explications, on ne s'étonnera pas sur le moment de voir aborder tant Rimbaud que les Chleuhs, Alfred Jarry ou Raphaël (pas l'artiste italien, le chanteur "pas assez folk" au goût de Dick...)... Grand voyageur depuis le début de sa carrière solo au début des années 70, Dick Annegarn est sacrément légitime lorsqu'il nous raconte ses pérégrinations, nous emmenant au Maroc (d'où l'anecdote sur les Chleuhs, qui sont loin d'être les Allemands que l'on imagine), mais également en Chine, en Belgique (Dick y a passé une bonne partie de sa jeunesse) ou dans les Ardennes, bien sûr (Arthur Rimbaud "a tant marché qu'il a fini par ne plus avoir de jambes"). Vocalement, le chanteur reste immuable, même si l'acoustique est loin d'être parfaite, et le fait d'être seul en scène (lors de sa dernière et récente tournée, il était accompagné d'un vrai groupe) l'incite à faire participer le public, qui en profite avec une joie et une envie non feintes. La set-list est pour le moins éclectique, puisque si le dernier album en date ("twist", 2016) est bien présent (au marché des mendiants, texte sur la précarisation croissante), on piochera allègrement dans les divers albums en remontant jusqu'en 1974. On aura même droit à un titre en anglais, cette reprise du black girl de (Bill Monroe ? Leadbelly ?) présente sur son "folk/talk" de 2011, mais l'essentiel est en français, notre néerlandais du soir s'étant spécialisé dans le texte ciselé, tant au niveau du vocabulaire que dans la forme grammaticale recherchée.
On retrouve donc un où es-tu mohand ?, aux sonorités arabisantes issu de "un' ombre" (2002), tout comme un barbotant tiré de "ullegarra" (1990), mais c'est bien entendu lorsqu'on se replonge dans les antiquités que le public réagit le mieux. Alors on sent que les cœurs vibrent énormément sur la réinterprétation de mireille, immédiatement reconnaissable avec ce jeu de guitare inimitable, flirtant en permanence avec le faux, mais que dire de cet enchaînement le roi du métro/bruxelles ? Même si, ici comme de temps en temps au fil du set, on comprend que certaines paroles ont du mal à revenir en tête, et que dans le cas présent bruxelles est un poil réduite, les spectateurs sont aux anges, et le concert qui ne devait durer que 3/4 d'heure continue à s'étirer au plus grand plaisir de tous... On frôlera même l'extase avec sacré géranium, sans doute le titre le plus attendu de la soirée, mais de mon côté c'est l'écoute de ubu (la référence aux "marcheurs qui peuvent devenir gros et cons" est assez évidente) qui m'aura le plus touché : la version a cappella, avec la rythmique assurée par le public (plus ou moins bien, certains ne semblant pas comprendre les gestes du chanteur incitant au silence sur le refrain...), est superbe, et on peut ainsi retourner affronter la froidure avec l'esprit apaisé et des refrains plein la tête : il n'y a pas que le punk dans la vie !
Il n'empêche que ce dimanche, il y a radio et concert au CICP (Julie Colère, René Binamé et Ça), et lundi soir le retour des BellRays au Point FMR, autant dire qu'on va remonter les potards !