[Bambara] filled up with night
Date : lundi 21 novembre 2016
La Mécanique Ondulatoire sonne le (gros) creux en ce lundi soir, pourtant en cette fin de novembre les températures sont plus que clémentes, à croire que le réchauffement n'est pas qu'une lubie, mais il faut croire que le début de semaine n'est pas idéal pour rameuter du monde aux concerts (y compris avec de belles affiches), ni même aux bars...
On n'est donc guère plus d'une vingtaine de spectateurs à l'heure où la première partie se met en place, et ce nombre n'évoluera pas au fur et à mesure de la soirée, tant pis, on pourra donc parler de concert privé, mais pas question de se cacher au fond de la salle, il faut occuper l'espace. Le duo qui arrive sur scène n'a pas l'air de grand chose (une batteuse malingre, un bassiste au pantalon un peu trop court), et les 30 premières secondes du set laissent à penser qu'on va pouvoir se gausser à partir du nom du groupe, un Hélas ! qui prête à bien des moqueries, mais ce premier abord pour le moins brouillon se transforme rapidement en découverte plutôt intéressante, car lorsque le duo nous propose son "punk deep web" (honnêtement, je suis incapable d'expliquer de quoi il s'agit), basé sur des rythmes échevelés, un son bien sourd (la basse, évidemment), on commence à prêter l'oreille de manière attentive, et l'énergie du groupe s'accompagne de références diverses mais souvent excitantes, on imagine ainsi tant des fulgurances très noise que du Lucrate Milk, ou encore certaines accointances avec X-Mal Deutschland, et si on peut regretter un côté encore insatisfaisant au niveau vocal (les chœurs bien sombres sont un peu répétitifs, et la voix de la batteuse est très largement moins forte que celle du bassiste, heureusement chanteur principal), les morceaux tiennent largement la route. Bien sûr, parfois cela pourrait être un poil plus rapide, et on entend certains pains de temps à autres, mais dans l'ensemble on se satisfait totalement de cette découverte, qui en 32 minutes aura contenté le maigre public, et on peut espérer que le temps aidera à gommer les quelques imperfections (un son un peu récurrent ?) qui ne gâchent tout de même rien à ce set.
Le temps de reprendre une bière, et les quatre new-yorkais de Bambara entament leur set, et là il n'y a aucun round d'observation, ni aucune inquiétude quant à ce qui va débouler des enceintes. En effet, si on avait un a priori très favorable, suite à l'écoute d'un live enregistré en début d'année, on est très loin d'avoir imaginé ce qui nous attendait ce soir : le duo chant-batterie (deux frères, probablement) fait le show, visuellement parlant (entre autres), tandis que le bassiste et le guitariste (d'accompagnement, apparemment) se chargent de les entourer musicalement. Pour ceux qui se lassent des batteurs statiques, vous auriez dû être ici ce soir, car la notion de "taper sur ses fûts" prend ici tout son sens, c'est tout en force que cela se passe, et cette agitation permanente est assez impressionnante. Pendant ce temps, le chanteur à la mèche très Nick Cave et à la chemise rouge, toujours à l'avant de la scène, fait lui aussi dans le physique, il n'hésitera pas à venir s'incruster dans le pogo (20 spectateurs, dont 5 dans le pogo, on bat toutes les statistiques du genre) ou à se colleter avec les spectateurs du premier rang, mais ceci n'est rien, en comparaison du choc auditif que nous ressentons. En schématisant à l'extrême, on peut retrouver une (énorme) dose de Birthday Party, une (grosse) dose de Gun Club, et le reste se nourrit à peu près à tout ce qui a pu faire vibrer les rockers ces 40 dernières années, du punk au noise, en passant par le deathrock, ce sont des successions de déflagrations toutes plus marquantes les unes que les autres, et s'il est ardu de comprendre les paroles, on devine tout de même que les tourments d'un Jeffrey Lee Pierce ou d'un Nick Cave sont semblables à ceux que traverse le chanteur. Les titres s'enchaînent, sans jamais baisser d'intensité, et on se demande comment on a pu jusqu'alors passer à côté de ce groupe qui sévit depuis plus de 7 ans ! Le quatuor réussit tout à la fois à être sombre, puissant, violent, rapide, lourd s'il le faut, et réussit tout simplement à se mettre au moins au niveau de la performance d'un Girl Band samedi dernier, autant dire que ce choix en guise de soirée d'anniversaire est un véritable succès. Toute cette énergie a un prix, celui d'un set ramassé, très court (36 minutes chrono !), on suppose en sus que l'absence d'un public plus conséquent n'incite guère à s'éterniser sur scène, mais le groupe ne rechignera pas aux discussions post-concert, on dévalise le merchandising (un t-shirt et le dernier album, vinyl), et surtout on prend rendez-vous avec le quatuor, qui nous promet d’enregistrer un nouvel album d'ici peu, et de revenir à Paris d'ici l'été prochain, en espérant qu'à ce moment le public se sera bougé pour prendre une claque, car on n'imagine pas que le groupe baisse de qualité en quelques mois. Et d'ici-là, on va tenter de mettre la main sur le reste de la discographie du groupe, histoire de se remettre d'aplomb pour la prochaine échéance... On vous aura prévenus : vous avez raté l'un des concerts de l'année ce soir, vous n'aurez plus d'excuses lorsqu'il reviendra !
Samedi, direction le Trianon pour aller voir le retour des Ludwig.