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l'ayatollah du rock
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21 août 2016

[Jello Biafra and the Guantanamo School of Medicine] let's stare at...

Date : dimanche 21 août 2016

 

On est en plein mois d'août, alors la perspective d'un concert, si elle est alléchante, laisse craindre un public clairsemé, même si la capacité d'un Petit Bain n'est pas si conséquente que cela, mais on est vite rassuré en voyant la queue qui s'étire devant la billetterie. En effet, vingt minutes pour pénétrer dans les lieux, cela rassure sur l'affluence, même si elle est bien différente des habitués des concerts que l'on croise tout au long de l'année (un public à la moyenne d'âge plutôt élevée, entre autres) et cela fait en même temps manquer les débuts musicaux de la première partie...

 

Remarquez, il ne faut pas très longtemps pour comprendre que le trio Super Sans Plomb ne va pas me faire rêver, même si visuellement l'adjonction d'un claviériste cagoulé à un batteur en peau de bête (le bassiste est lui très classique) est pour le moins particulière. Vous l'avez compris, il n'y aura pas de guitare ici, le "zouk pétrolier de la mort" (dénomination officielle) n'est guère rock'n'roll, il me fait plutôt songer à un genre de prog qui me crée des soubresauts au niveau du duodénum, mais comme je suis bien élevé je me retiens. Les morceaux sont pour la plupart instrumentaux, parfois agrémentés d'extraits (sonores) de films ("tenue de soirée", par exemple), mais manquent clairement d'ampleur, et cela ne s'arrange pas vraiment lorsqu'un chanteur apparaît, dans une chemise hawaïenne : si la façon de chanter m'évoque un RATM, d'autres citent Kourtrajmé, dans les deux cas je suis quasiment ignare et reste totalement insensible à ce mélange d'électronique et de rythmique, et en attend donc la fin avec impatience mais sans trop râler, car il semble qu'une bonne partie du public apprécie la prestation, et je ne tiens pas à me faire mal voir de mes voisins...

 

Mais ce n'est clairement pas pour la première partie que nous sommes rentrés de congés normando-hauts-français, mais pour le retour à Paris du charismatique (ô combien !) ex-leader des Dead Kennedys : s'il y a trente ans qu'il en a fini avec le groupe, et qu'il a largement développé sa propre discographie depuis lors (en son nom ou au sein de/en lien avec divers groupes, dont les Melvins, Lard, DOA et NoMeansNo), Jello Biafra est toujours accompagné par le Guantanamo School of Medicine, qui a légèrement évolué au fil des dernières prestations parisiennes du groupe depuis 2009, mais va rapidement confirmer que c'est un groupe de combat bien adapté à son chanteur. D'ailleurs, les musiciens (deux guitares, basse, batterie) font tous partie d'autres groupes en dehors du GSM, particulièrement Victims Family que d'aucuns me recommandent chaudement, et si le bassiste arbore un t-shirt au logo de Magma, on supposera qu'il l'a choisi plus pour son design que pour la musique du groupe... Cela démarre en douceur, extrêmement d'ailleurs, puisque le groupe se chauffe sur une reprise de the love boat ("la croisière s'amuse" par chez nous), avec un chant que l'on qualifiera aimablement de désastreux, avant que Jello ne se précipite sur scène, dans une gabardine qui doit lui donner sacrément chaud, pour entamer la soirée avec deux nouveaux titres, satan's combover puis people with too much time, qui semblent plus que corrects tout en pâtissant légèrement d'un son encore un poil imparfait, c'est peut-être également pourquoi nous n'avons pas encore droit à de grandes envolées verbales comme les affectionne le chanteur, le public n'est pas encore tout à fait chaud ni tout à fait attentif pour entendre et répondre aux harangues du tribun. Cela ne signifie évidemment pas que l'on s'ennuie, d'ailleurs on a droit à une reprise du forkboy de Lard qui déménage sacrément, ne laissant pas l'impression d'une perte de niveau par rapport aux musiciens originaux, et les slams vont bientôt commencer sur la fosse, sans que les musiciens ne s'en plaignent outre mesure tout au long de la soirée. Là, on commence à sentir que tout le monde est bien concerné, dans le public comme sur scène, et on peut donc sortir la grosse artillerie, avec un road rage qui s'impose tant par son niveau sonore que par sa qualité intrinsèque, et il est vrai que les titres ne sont jamais (ou presque, surtout pour les reprises de DK) simples, il y a un énorme travail de composition, et ce n'est pas l'enchainement sur hollywood goof disease qui modifiera cette excellente opinion, ce morceau (selon moi l'un des meilleurs de Jello avec les GSM) emportant tout sur son passage lors des concerts. Paradoxalement, mid-east peace process semble presque sacrifié, coincé entre hollywood... et la reprise du california über alles aux paroles remises au goût du jour depuis quelques années, sur lequel Jello se jette dans/sur la foule qui n'en demandait pas moins... Encore un nouveau morceau ? Eh bien oui, et ce let's stare at bloody dead people (pendant sanglant du voyeurisme déjà dénoncé sur hollywood goof disease) promet à la fois une belle version studio, et surtout de devenir un incontournable des concerts dans les années à venir, ce que panic land est déjà, et à juste titre ! Ce soir, panic land permet à Jello de rendre hommage (il le dit lui-même, c'était assez improbable) à Angela Merkel, pour avoir ouvert les frontières allemandes aux migrants, et c'est également une bonne introduction à ce qui va suivre : là, on a droit à un long discours, le chanteur expliquant que le dialogue est et demeure nécessaire et indispensable vis-à-vis de tous, y compris et surtout envers les extrémistes (les Le Pen et les terroristes potentiels sont cités), car la violence n'est pas la solution, ce que la chanson nazi punks fuck off exprimait déjà il y a 35 ans. Ce soir, le morceau est renommé nazi trumps fuck off, c'est également le titre de la tournée, et on comprend qu'en tant qu'Américain Jello s'inquiète de la possibilité de voir l'autre Donald à la Maison Blanche ! Pour finir en beauté, c'est pets eat their master qui termine de mettre le feu dans la salle, et le groupe peut ainsi nous quitter après une heure complète et vraiment dense, qui ne demande évidemment qu'à se prolonger un peu...

Jello est un militant écologiste de longue date, cela n'étonnera donc personne que le rappel soit entamé par un morceau concernant le climat, et l'attitude américaine de refus de changement, ce nouveau titre (encore un !) s'appelle the last big gulp, et montre lui aussi que le chanteur et ses musiciens ne manquent toujours pas d'idées musicales, et continuent à créer en innovant, ce qui s'accompagne toujours sur scène d'une certaine théâtralité de la part du chanteur, qui tient à tout prix à se faire comprendre. Là où il ne risque pas de ne pas se faire comprendre, c'est ne reprenant holiday in cambodia, l'un des autres hymnes des Dead Kennedys, qui est une nouvelle occasion de slam pour le chanteur, qui ne récupère au passage une casquette, et voit la fosse sacrément bien bouger, peut-être par crainte que cette soirée ne se termine au bout de cette petite heure et quart...

Heureusement, les lumières ne se rallument toujours pas, on peut espérer que les applaudissements et sifflets y sont pour quelque chose, et le groupe revient avec un barackstar o'bummer qui illustre lui aussi parfaitement la variété pouvant exister au sein d'un seul et même morceau, mais l'apothéose sera pour le morceau final (et définitivement!) de ce concert : encore une reprise des Dead Kennedys, mais si beaucoup attendaient too drunk to fuck, on est prêt à parier que personne ne se plaindra d'avoir eu droit, à la place, à une énormissime version de riot, titre qui déjà à l'époque (sur "plastic surgery disasters", en 1982) n'hésitait pas à durer et à diversifier son hardcore, ce que les musiciens de ce soir réussissent eux aussi à la perfection. C'est donc sur cette version magnifique et énergique que le set se termine, on a frôlé les 90 minutes, mais on n'ose pas imaginer l'état des musiciens, qui ne se ménagent pas d'un bout à l'autre de leur show, et il serait malvenu de se plaindre et d'en espérer plus, d'ailleurs quand les lumières se rallument les applaudissements sont très discrets, sans doute les spectateurs sont-ils encore KO après ce qui vient de se passer. Ceux qui se plaignaient avant la prestation du côté exacerbé dans la prise de parole de Jello ont mis au placard leurs récriminations, on ne voit pas une once de déception sur les visages avoisinants, et on le comprend : ce concert a, sans doute pour beaucoup comme pour moi, dépassé les attentes préliminaires, et en sus a permis d'attendre avec impatience les prochaines sorties discographique du chanteur et de son groupe, et on ne parlera même pas de la prochaine venue du groupe dans les parages, car il est évident qu'on y retournera, et plutôt deux fois qu'une ! Finalement, un concert fin août, ça peut vraiment être mémorable...

 

Set-list :

  1. Intro ('the love boat')
  2. Satan's combover
  3. People with too much time
  4. Forkboy
  5. Road rage
  6. Hollywood goof disease
  7. Mid-east peace process
  8. California über alles
  9. Let's go stare at bloody dead people
  10. Panic land
  11. Nazi trumps fuck off
  12. Pets eat their master
  13. Rappel : The last big gulp
  14. Holiday in cambodia
  15. Rappel 2 : Barackstar o'bummer
  16. Riot

 

La suite, si elle est déjà programmée à long terme (concerts, à partir d'octobre, de Frustration, Theo Hakola, And Also the Trees, Swans, Girl Band, LV88, New Model Army ainsi qu'un Week-End Sauvage qui s'annonce exceptionnel du côté de Montpellier), reste ouverte d'ici là, surtout en septembre où de belles choses semblent se mettre en place ...

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