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l'ayatollah du rock
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29 novembre 2012

[Nits] dark before home

Date : 29 novembre 2012

 

Jeudi soir, pas question de tomber dans le même piège que la veille, c’est pourquoi j’arrive à 20h00 pétantes au Café de la Danse, histoire de ne pas rater le début du concert, au cas où il n’y aurait pas de première partie… Cela permet de constater que le public n’est globalement pas de toute première jeunesse, qu’il se précipite sur les places assises (mauvais choix, on ressent mieux les choses debout, surtout collé à la scène !), et que la moyenne d’âge doit largement dépasser la quarantaine d’années, même avec les (y en avait-il plus d’un ?) enfants accompagnant leurs parents…

 

Bien vu l’aveugle, il n’y a pas de première partie, mais ce n’est que peu après 20h30 que les lumières s’éteignent, et que le trio batave qui constitue les Nits arrive sur scène. Pour les ceusses qui ne les connaîtraient pas, les Nits existent depuis bientôt 40 ans (1974, exactement), et depuis leurs débuts cisèlent des albums très pop qui fourmillent de détails sonores et d’inventivité permanente, et les concerts du groupe sont toujours des merveilles de précision et d’un plaisir en relation directe avec les œuvres couchées sur album.

Donc ce soir, c’est emmenés par la guitare d’un Henk en chapeau et costume noir que ses deux acolytes Robert Jan, aux (nombreux) claviers, et Rob, aux fûts (multiples et variés), peuvent entamer un set qui s’appuie beaucoup sur le petit dernier « malpensa » (7 titres seront interprétés) et les 3 précédents (6 titres supplémentaires), mais n’hésitera pas à remonter le temps, en allant très loin et en fouillant dans les recoins pour dénicher de vraies perles presque oubliées. Les trois musiciens sont tous sur le devant de la scène, avec Henk au milieu, et deux écrans légèrement biscornus laissent défiler des images en relation plus ou moins étroites avec les titres qui sont joués, comme ce five fingers qui s’appuie sur des images d’Égypte, parmi lesquelles on voit passer Tintin et Rastapopoulos, petit détail sympathique et symptomatique du jeu mené par le trio. On peut se demander si, pour the dream, les images d’une vieille cartographie d’Afrique du Sud centrées sur Knysna sont réservées au public français, et surtout si beaucoup de spectateurs auront fait attention au détail (pas de Domenech dans la salle ?),  dans tous les cas Henk n’insiste pas particulièrement sur cet épisode peu glorieux de l’histoire de la baballe française… Mais le principe du groupe a toujours été de raconter des histoires à travers ses chansons, et Henk ne se prive pas pour nous en raconter, mélangeant allègrement l’anglais et le français pour ce faire, dans un étrange sabir auquel on finit par s’habituer et qui arrache de nombreux sourires aux spectateurs dont les yeux brillent déjà… Alors on évoque le destin de Philippe Petit, funambule français qui œuvra entre les tours du World Trade Center en 1974 (man on a wire),  en regrettant que la voix du chanteur soit un poil trop saturée sur ce titre précis. Ou Henk explique que sa tante aimait (littéralement) sa voiture avant the bauhaus chair, sur lequel Robert Jan Stips connaît quelques petits problèmes techniques avec l’un des pédales de ses claviers, ou encore l’histoire de cet homme venu de Montréal, qui raconte sa vie dans un train entre Budapest et Vienne (tannenbaum)… Pendant que Henk s’installe au piano, et alors qu’il utilisera en sus un petit harmonica, schwebebahn (a priori, il y a un journaliste de Radio France qui a été incapable de prononcer ce titre…) est l’occasion, à travers l’évocation du monorail de Wuppertal, de parler de la visite de JFK à Berlin, et de son fameux « ich bien ein Berliner », et ce titre est d’ailleurs interprété en allemand, alors que la quasi-totalité des chansons du groupe est en anglais !

Comme toujours, le très fin batteur est souriant du début à la fin du concert, et si le clavier a parfois l’air plus sérieux, on sent tout de même que le trio, car Henk est lui de manière évidente heureux d’être là, est à l’aise, semble dégagé de toute pression, ne passe pas un oral, et est donc suffisamment détendu pour ne pas s’en faire si une pédale se bloque ou si une rythmique a pris un poil de retard... On remarque même les chaussures presque grotesques du chanteur, avec des semelles découpées de manière étrange, et on se demande si c’est pour faire passer les fils ou si c’est juste pour le confort ! Les trois musiciens assez décatis, même si Henk a un peu moins de cheveux blancs que les deux autres (ils ont tous atteint la soixantaine !), n’en conservent pas moins une forme tout à fait honorable, qui ne les incite pas à effectuer des galipettes mais ne les force pas non plus à effectuer des pauses après chaque morceau... Car ces morceaux requièrent de leur part une sacrée concentration, jusqu’aux presque 8 minutes de bad government... que la radio néerlandaise aurait bien aimé leur voir réduire à... 1 seule, malheureusement pour moi c’est le seul titre du jour que je juge insupportable, les parties de claviers dépassant mes capacités de tolérance à leur égard...

Continuant ses petites histoires, toujours couplées à des images/films en arrière-plan, Henk nous narre la visite de Nick Drake chez John et Yoko (Nick in the house of John), en utilisant un banjo pendant que Robert Jan joue du clavier en soufflant dans un harmonica, avant de nous rappeler la genèse de j.o.s. days, mélange d’hommage aux morts de guerre et de chronique familiale et footballistique... Les titres les plus anciens, comme l’imputrescible nescio, dans une version assez classique, ou le superbe shadow of a doubt, en version assez intimiste, recueillent des applaudissements encore plus nourris, et ce n’est pas peu dire, car les spectateurs sont totalement subjugués et conquis par ce trio qui ne paye pas forcément de mine ! Quand on regarde les écrans pendant cars & cars, on s’aperçoit que tout s’accélère en même temps, le tempo comme le défilement des images, et c’est ce genre de détails qui rendent ces concerts inoubliables et magiques.

The key shop est très subtilement introduit par un rappel de l’assassinat de Theo van Gogh, apparemment dans le quartier de Henk, alors que no man’s land évoque pêle-mêle la reine des Pays-Bas, Elvis Presley et Elena Ceausescu, heureusement qu’il n’y a pas trop de jeunes... Et c’est sur l’indiscutable “tube” du groupe, cet adieu sweet bahnhof tellement à sa place à Paris, que le trio peut se retirer avec le sentiment du devoir bien fait, après quasiment 1h45 de prestation ininterrompue, de quoi quitter la salle déjà comblé de ce qui vient de nous être offert !

Eh bien non, ce n’est pas fini, puisque le groupe revient, toujours d’excellente humeur, avec non pas un mais deux titres, des assez anciens en sus, puisque red tape et in the dutch mountains font partie du patrimoine européen de la pop de qualité, à mon sens du moins... Là, après 1h50, certains commencent à quitter la salle, n’espérant plus un hypothétique retour, mais ils ont tort, car un deuxième rappel nous est offert, avec d’abord le très beau home before dark, qui aurait très bien pu clore la soirée, mais non, c’est sur les images du tableau “guernica” et la musique de sketches of spain que s’achèveront ces deux heures de set, à une minute près... Autant dire que le public est totalement en délire, les spectateurs assis ont fini par se lever, et en guise de dernier clin d’œil, des images de liesse en Corée du Nord défilent désormais sur les écrans, comme quoi le groupe manie avec goût le second degré... Un concert comme toujours extraordinaire avec les Nits, à chaque fois j’en ressors k.o. debout, et comme à chaque fois je me promets de ne pas rater leur prochaine venue à Paris, peu importe l’endroit où cela se déroulera !

 

 

Set-list :

  1. Five Fingers
  2. The Dream
  3. Man on a Wire
  4. The Bauhaus Chair
  5. Tannenbaum
  6. Schwebebahn
  7. Shadow of a Doubt
  8. Nescio
  9. Nick In The House Of John
  10. J.O.S. Days
  11. Love Locks
  12. Blue Things
  13. Cars And Cars
  14. Les Nuits
  15. The Key Shop
  16. Minus Second Floor
  17. No Man’s Land
  18. The Hours
  19. Bad Government And Its Effects On Town And Country
  20. Adieu Sweet Bahnhof
  21. Rappel : Red Tape
  22. In The Dutch Mountains
  23. Rappel 2 : Home Before Dark
  24. Sketches Of Spain

 

La suite, ce sera sans doute vendredi prochain avec les Raveonettes au Trabendo.

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