[Drive With A Dead Girl] ça finit comme ça
Date : samedi 13 janvier 2024
La dernière fois que j'avais assisté à un concert à la Mécanique Ondulatoire, Macron n'était président que depuis quelques mois et prétendait encore ne pas être de droite, l'escalier pour descendre dans la salle était très étroit et pentu, le bar était en fond de salle, et tout était au même niveau. Désormais, un nouvel escalier bien plus large a été creusé, un escalier de secours (l'ancien, rénové) existe, le bar a été déplacé, et il faut descendre quelques marches pour se rapprocher de la scène. Ce qui n'a pas changé, en revanche, c'est la taille de la salle, et le fait que les bavards dans le public peuvent empêcher ceux venus pour la musique d'en profiter pleinement...
C'est un duo mixte stéphano-amiénois qui s'est installé dans la fosse qui démarre la soirée : Jazzoux fait dans la free electronica techno, ce qui de manière pratique revient à placer les deux acolytes l'un en face de l'autre, chacun s'occupant de ses machines (pas d'instruments au sens classique du terme) pour monter des morceaux souvent assez calmes, faits de petites touches électroniques. Bien évidemment, je ne peux pas dire que je suis transporté par cette grosse demi-heure de chauffe, qui m'évoque Eric Serra dans les moments les plus calmes (oui, je m'emmerde un brin) et Einstürzende Neubauten lorsque cela a tendance à dévier, mais sans jamais que la tension soit suffisante pour me permettre de me concentrer pus sur la musique que sur les musiciens, qui semblent eux dans leur trip, dansant beaucoup devant leurs machines, tandis qu'une bonne partie du (encore maigre) public semble également largement apprécier ce qui se passe ici. Pour ma part, vu que cela n'est guère dérangeant, acoustiquement parlant, je reste dans la salle jusqu'au bout, mais je crains d'avoir rapidement oublié cette prestation dans les heures à venir...
On sait un peu plus à quoi s'attendre avec Fumo Nero, un duo mixte qui nous propose une italo noise squelettique (ou un italo anti-disco punk) déjà testé il y a quelques années à la Ferme Électrique. À l'poque je n'avais pas été totalement convaincu par la synthpop à l'italienne, et ce soir je ne suis pas forcément plus enthousiasmé par ce qui nous est proposé, à savoir des morceaux composés ainsi : une boîte à rythmes, des textes en italien, une guitare à plat jouée avec un archet, et des nappes de synthé-orgue, qui prennent largement le dessus et gâchent ce qui pourrait s’avérer intéressant, puisqu'on est dans une atmosphère souvent sépulcrale qui mériterait de mettre en avant les parties de guitares. Pendant une bonne quarantaine de minutes, je me contente donc de subir les titres qui s'enchaînent sans beaucoup de variations, mais soudain l'avant-dernier morceau me réveille, puisqu'il s'agit d'une reprise du casablanca de Warum Joe, en version hyper ralentie et qui n'est reconnaissable que grâce aux paroles, ce qui est la preuve et le rappel que les musiciens ont du goût et des références. Histoire de terminer en beauté, le dernier titre voit le préposé aux machines s'emparer d'une guitare, ce qui permet aux 50 minutes de se terminer sur un beau pogo, et également de réégaliser le niveau d'ensemble de la prestation, comme quoi il n'en faut pas beaucoup pour me contenter...
Je n'avais vu qu'une seule fois le quatuor lillois Drive With A Dead Girl sur scène, à la Ferme Électrique pendant le COVID, et j'avais été à l’époque assez estomaqué par la cold noise rock que produisent les Nordistes. Ce soir, le groupe s'appuie sur son nouvel album à paraître, semble-t-il plus calme que les enregistrements précédents, ce qui peut expliquer que sur le premier titre assez lent et tranquille les spectateurs mettent du temps à se rendre compte que le concert a démarré et qu'il serait temps de songer à se taire... Ce qu'on remarque tout de suite, c'est la voix de la chanteuse-bassiste, qui pourrait largement dépanner dans une formation heavenly voices, et qui est soutenue tout en retenue par les deux guitares et la batterie. C'est calme, mais c'est pour mieux tromper l'ennemi, puisque les guitares finissent par grincer un brin, lentement mais sûrement, et souvent les structures des morceaux ressemblent à une longue montée vers un paroxysme noisy auquel on n'aurait pas pu s'attendre en début de titre, parfois le sonomètre s'emballe également, et le public ne s'y trompe pas qui est capable d'être à la fois attentif et hyper réactif lorsqu'il lui est offert la possibilité de bouger sur le dancefloor. Les titres prennent le temps de monter, donc durent assez longtemps, et la set list est donc très réduite, les trois petits quarts d'heure ne correspondant qu'à une demi-douzaine de titres, mais cela plaît beaucoup à ceux qui sont restés (une partie du public n'a pas résisté aux stridences) : lorsque le groupe annonce la fin du concert, un rappel est réclamé, et accordé. Mais ce bonus ne durera guère, car il s'agit pour le coup d'un titre énergique d'entrée de jeu, rapide, et qui ne dépasse pas les trois minutes, le groupe aura ainsi démontré qu'il est également capable de ne pas rester figé dans un seul style... Vous l'aurez compris, rien qu'avec ces 45 minutes le déplacement est rentabilisé, et le sacrifice d'affronter le froid est d'ores et déjà oublié...
La suite, ce sera pile dans une semaine au même endroit avec Mss Frnce, à moins qu'on se décide à aller voir Effello en milieu de semaine au Supersonic, ou aux Barrocks le vendredi soir à la Méca...