[The Flug/Curare/The Choices] début d'anniversaire
Date : jeudi 11 janvier 2024
Pour être franc, je craignais un peu que l'International sonne le creux, en ce jeudi soir glacial, mais dès mon arrivée je constate qu'il va falloir rapidement prendre ma place et aller devant la scène, tant le bar est bondé. Il faut dire aussi que le concert de ce soir est le premier de l'année organisé par les Barrocks pour fêter leur 40e anniversaire, autant dire qu'on est entre amis, que ce soit dans le public ou sur la scène...
Car pour cette première de 2024, les Barrocks ont choisi de convier des groupes locaux, avec des voix féminines (espérons que ce sera encore le cas pour le reste de l'année), et la soirée démarre donc à 20h00 pétantes avec The Flug, quatuor auto-qualifié de "PUNK RIOT OLD SOUND BEAT BOX", avec deux chanteuses, un bassiste et un batteur, sans oublier la machine pour tout ce qui est rythmes. Cela fait bien longtemps que le groupe traine ses guêtres et ses instruments un peu partout, entre squats et petites salles, mais il a (enfin !) sorti son premier album "greatest tits" il y a six mois et entend bien le défendre au mieux ce soir. Alors dès que les dix premiers spectateurs sont en place les musiciens s'y mettent, et on va avoir droit à pas mal de titres qui sont extraits de cet opus, de trumpette à extrémiste, en passant par yahourt ou fuck my wife, avec un set énergique, qui au fil (ou au sein) des morceaux évoque tant les Bérus que les Wampas ou les Ludwig, on est ici devant du punk français (en anglais, principalement) dans sa version "petits agités", on peut bien dénoncer des choses mais sans pour autant perdre son sens de l'humour, il faut que l'aspect festif perdure, et si le groupe ne joue que pendant 35 minutes (après avoir claironné qu'il utilisera l'intégralité des 40 minutes qui lui sont accordées), cela permet tout de même au public de se mettre dans l'ambiance, de danser pour ceux qui le souhaitent, de hurler ou accompagner les morceaux des gestes associés (vous pouvez imaginer par exemple quel geste est associé à fuck you), et cela permet également de vérifier que le quatuor est aussi capable d'être suffisamment sérieux pour proposer un set très carré. On attend donc désormais de savoir à quelle date on le recevra à l'antenne de Konstroy...
Le deuxième groupe à l'affiche était passé chez Konstroy il y a un an et demi, et je suis toujours aussi fan des sonorités entre coldwave et deathrock que Curare est capable de nous concocter, en appui de la voix toujours aussi envoûtante d'Eva, que je rapprocherais plus de celles de Siouxsie ou Anneke Van Giersbergen que de celle de Debbie Harry, contrairement à mon voisin de concert... La section rythmique basse-batterie est efficace pour rappeler que le post-punk n'est jamais loin, et les deux guitares se complètent à merveille, sans jamais donner l'impression ni de se marcher dessus ni de se tirer la bourre. Démarrée avec un heartkeeper impressionnant d'entrée le spectateur, la set-list va évidemment s'appuyer sur le EP du groupe (god of rage, devil dancefloor), mais va également nous présenter des titres qui n'y apparaissent pas (six feet under), dans des atmosphères toujours assez sombres, et si on s'oriente plus vers un genre de stoner sur midnight sun (dans les guitares, en tout cas), le groupe termine sur un ultime titre quasi gothique, sépulcral, qui fait regretter que cela n'atteigne pas la quarantaine de minutes, cela faisait plus d'un an que je n'avais pas vu le groupe sur scène, et cette performance me donne l'envie d'en reprendre une dose le plus rapidement possible !
On termine la soirée avec The Choices, là encore des habitués de la scène passés chez Konstroy il y a deux ans (et qui reviendront bientôt, si tout va bien), le quatuor franco-canadien (Jenny Woo la chanteuse vient d'Alberta) a rameuté sa fanbase pour un concert de pas moins d'une heure, qui va permettre de découvrir en version concert les titres qui composent son deuxième album "vice and virtue", paru il y a quelques mois. Toujours dans un esprit pop-punk/punk 77, le groupe enquille les morceaux sans laisser au public le temps de respirer, en mélangeant nouveautés (i don't care, vice and virtue) et titres plus anciens (nervous breakdown, owner of my heart), et le pogo sera quasi ininterrompu devant la scène, avec des tentatives plus ou moins avortées de stage diving mais surtout une ambiance brûlante, festive, joyeuse et sans aucune animosité. La voix de Jenny, chaude et punk à la fois, réussit à captiver les spectateurs, permettant à ses trois acolytes (guitare, basse, batterie) de se concentrer sur ce qui leur revient, tandis que Jenny se charge de gérer les (très rares) interludes en interaction avec le public. On est loin du punk brutal, là on fait plutôt dans la dentelle anglaise de la première vague punk 77 (Buzzcocks, Clash), et on peut constater que les spectateurs, loin d'être majoritairement des vieux de la vieille, réagissent avec ferveur à des sonorités et des rythmes que l'on aurait pu craindre dépassées, c'est rassurant pour l'avenir, et on espère qu'il y aura autant de monde pour les prochaines soirées anniversaire des Barrocks... Cerise sur le gâteau, le groupe va terminer sa prestation, avec le should i stay or should i go du Clash, dans une version bien arrangée et intéressante, histoire de clore cette soirée sans fausse note en laissant un large sourire sur les visages de chacun. Bravo les Barrocks, mais vous avez mis la barre sacrément haut pour la suite de l'année...
La suite, ce sera ce samedi, à la Mécanique Ondulatoire avec Drive With A Dead Girl.