[New Model Army] die trying
Date : jeudi 10 novembre 2022
C'est jeudi, jour de grosse grève à la RATP, mais comme les tramways fonctionnent, cela permet d'arriver à l’heure au Trabendo, après avoir pu vérifier que la promiscuité ne révèle pas que les meilleurs aspects de l'être humain...
Ceux qui auront traîné ou seront restés coincés en voiture ou en transports en communs vont évidemment manquer le début de soirée, puisque Justin Sullivan débarque sur scène, seul avec sa guitare, alors qu'il n'est pas encore 19h40, et démarre la soirée avec family life, histoire de placer d'entrée la barre bien haut pour ce concert prévu pour fêter les 40 ans de New Model Army, avec deux ans de retard mais comme il y a eu un machin qui nous est tombé dessus en 2020... Le concert ne semble pas complet, même si la salle est tout de même bien remplie, on sent qu'il manque les habituels Brittons que l'on voit généralement à chaque date, mais cela n'empêche pas l'atmosphère d'être chaude très vite, et les musiciens arrivent petit à petit pour rejoindre Justin : Dean (clavier, guitare) dès one bullet, Ceri (basse, percussions) et Michael (batteur qui nous impressionnera énormément) dès snelsmore wood, le groupe est donc au complet dès le troisième titre, et Justin peut donc expliquer en français que "nous allons jouer une petit première part, et puis le repas, comme en France", et effectivement cette première partie apéritive n'en est pas moins roborative, puisque ces presque trois quarts d'heure vont piocher, comme le reste de la set-list, dans toutes les époques et (presque) tous les albums, se permettant de mettre en avant des titres pas forcément parmi les plus connus, y compris les anciens (frightened, tiré de "no rest for the wicked", par exemple). Bien sûr, c'est la première fois qu'on voit le groupe depuis le départ de Marshall Gill, l'habituel lead guitariste, et on ne niera pas que de temps à autres Dean ne le fera pas oublier, mais le quatuor sait y faire en matière de réorchestrations, alors cela permet au public de ne pas bouder ces petites évolutions qui font tout le sel des concerts... Comme souvent, Justin est relativement bavard, alternant le français et l'anglais (en fin de cette première partie, il avouera que "comme tous les Anglais je sais parler français pendant 10 minutes, et après je parle anglais !"), mais sachant se faire comprendre et apprécier dans chacune de ses explications. Si chaque spectateur connaît toutes les paroles de toutes les chansons par cœur (j'exagère à peine), on arrive tout de même à entendre le groupe, les seuls éléments de nuisance consistant en spectateurs qui visiblement n'attendent qu'un seul morceau pour s'intéresser au concert, et passent donc le reste du temps à bavarder à voix bien haute - quand je parlais des aspects variés de l'être humain, cela en fait partie... On note dès cette première partie que Ceri se place parfois derrière les percussions, en appui de Michael, ce qui apporte un sacré plus visuel et musical, et permet donc de varier encore plus les plaisirs que l'écoute de inheritance ou bad old world avait déjà suscités. 45 minutes qui auraient quasiment pu suffire à contenter le public, et Justin annonce une pause d'un quart d'heure, le temps de passer par la case boissons (pour le public, évidemment).
Une petite vingtaine de minutes plus tard, les lumières s'éteignent de nouveau, et ça recommence très fort, puisque c'est christian militia qui déboule pour ce début de deuxième partie, auquel s'accole lust for power, autant dire que pour le repas le groupe a mis les petits plats dans les grands, et même quand on revient à des titres plus récents (nerve arriving, tiré du dernier album en date "from here"); la tension et la qualité musicale ne baissent pas d'un pouce, Justin peut varier d'une guitare acoustique à une guitare électrique sans que cela modifie l'intensité des chansons, et le groupe qui se connaît sur le bout des doigts (Ceri le petit dernier est là depuis presque dix ans) affiche une complicité évidente, qui permet les variations les plus excitantes qui soient. Justin indique que "malheureusement ce titre n'a pas besoin d'explication" avant un here comes the war toujours aussi dévastateur, et avant d'entamer 1984 il se (et nous) pose la question de savoir si l'été que l'on a vécu cette année est "le premier été de l'ère d'après ou le dernier été de l'ère d'avant", ce qui est malheureusement presque une évidence... On est gâtés en termes de cadeaux, puisque outre 1984, on a droit également à believe it ou the charge (extraordinaire version), et les récents maps ou where i am confirment que Justin et ses comparses n'ont toujours pas perdu l'inspiration. Et là, on arrive au sommet du concert, avec Justin qui raconte une anecdote sur le fait que des t-shirts du groupe en turc se sont vendus comme des petits pains en Grèce, ce qui prouve qu'ils "nous emmerdent avec leurs drapeaux !", et c'est angry planet qui débarque, là aussi surpuissant, mais que dire de born feral, pourtant présenté comme un morceau "cool" par Justin, et sur lequel un roadie vient prendre en main la basse de Ceri, bien installé et occupé derrière ses percussions ? Vous êtes comblés ? Vous ne devriez pas, car c'est before i get old qui surgit dans les enceintes, auquel via un pont un poil trop planant à mon goût se raccroche un vagabonds qui finit de ramasser les spectateurs en miettes, en dépit d'une guitare pas totalement suffisamment incisive pour moi, et si vagabonds se termine en trois fois, c'est bien la preuve que le groupe peut réagir lui-même aux réactions des spectateurs qui ont déjà commencé à chanter en chœur... Allez, histoire de refermer la partie hautement héroïque du set, c'est the hunt, avant que Justin ne prenne le temps d'un aparté sur l'exclamation française "oh la la", indiquant que contrairement à ce que peuvent en penser les Anglais, elle peut signifier à peu près tous les sentiments... Il rappelle qu'il est impossible de savoir à quoi ressemblera le monde d'ici un an, et hop c'est fate qui démarre, avant de faire un petit sondage pour vérifier que les spectateurs aiment bien le Trabendo, pour savoir si l'an prochain (ou dans deux, trois ou quatre ans, si la fin du monde n'est pas intervenue d'ici là) c'est ici qu'on se retrouvera pour la prochaine tournée : une ballad of bodmin pill plus loin, et les lumières se rallument, on vient d'en rependre une heure et demie, mais évidemment le public n'est pas totalement repu, et tant que les lumières ne se rallument pas on peut tenter sa chance...
Et effectivement le groupe revient pour un rappel quasi inespéré, un gros quart d'heure de vieilleries incontournables (Justin avoue que "avoir annoncé qu'on jouerait 3h, c'était un peu stupide"), en refusant les demandes des spectateurs ("on a 250 titres !"), et c'est donc la trilogie no rest/51st state/i love the world qui conclut ces 150 minutes de musique, intenses, merveilleuses comme d'habitude, qui font regretter à ceux qui en ont raté une partie d'être restés coincés dans les bouchons... Eh bien oui, il fallait faire l'effort d'être là, et on en a été bien récompensés, et vivement la prochaine venue du groupe (avant la fin du monde, ce serait pas mal...).
Set-list :
Partie 1
- family life
- one bullet
- snelsmore wood
- die trying
- lovesongs
- a liberal education
- inheritance
- bad old world
- frightened
- red earth
Partie 2
- christian militia
- lust for power
- never arriving
- here comes the war
- believe it
- 1984
- the charge
- devil's bargain
- maps
- where i am
- angry planet
- born feral
- before i get old
- vagabonds
- the hunt
- fate
- ballad of bodmin pill
- Rappel : no rest
- 51st state
- i love the world
La suite, c'est vendredi et samedi, à la Maroquinerie avec Frustration qui fête ses 20 ans sur deux soirs...