[30 ans des Zuluberlus] la paix à Colombes
Date : samedi 19 mars 2022
C'est samedi soir, c'est direction Colombes, une destination plutôt inhabituelle, mais comme Konstroy a été invité par les Zuluberlus à venir tenir un stand pour les 30 ans de l'association, on va découvrir la salle du Tapis Rouge, sise juste à côté de la police municipale, et si le lieu est pour le moins accueillant (et je ne dis pas ça uniquement pour les boissons et le repas !), on regrettera au fil de la soirée de ne pas voir plus de spectateurs...
C'est un jeune groupe local, Lutt, qui est chargé d'entamer les hostilités, un peu après 20h, c'est même plutôt un chanteur accompagné de musiciens, et si le concept s'avère plus souvent typé chanson que rock, en dépit du fait que les instruments pourraient le permettre (deux guitares, basse, batterie, synthé), on est plus souvent proche d'un pop-rock à la française, un peu à la jean-Louis Aubert (parfois, on retrouve même presque le timbre de voix), et cela va jusqu'à la ballade uniquement à deux guitares, qui nous montre un préposé au synthé qui semble presque s'ennuyer... Mais si cela devrait pouvoir plaire au public, assez familial ce soir (on verra pas mal de familles - pas assez pour remplir la salle), il y a certains moments où cela se rockifie un brin, malheureusement on découvre que dans le même temps le synthé lui aussi passe la surmultipliée, ce qui ne me sied guère. Cependant, un groupe jeune qui reprend du Lili Drop (sur ma mob), c'est rarissime, même si cette cover ne vaut pas forcément l'original, l'effort est notable, et rien que pour cela on peut l'apprécier. On assiste même à l’apparition d'un sax, et si la quarantaine de minutes du set ne m'aura pas enthousiasmé de bout en bout, finir par une autre reprise, celle du town called malice des Jam, est également une bonne surprise, on ne peut donc pas reprocher au groupe d'avoir de mauvaises références, mais peut-être devrait-il moins hésiter entre chanson et rock pour me tenir en haleine sur toute la durée de son set...
Cela continue avec Vex, groupe également local et très lié avec les organisateurs, ainsi que le guitariste-chanteur nous l'avait expliqué il y a quelques semaines à Konstroy, et qui nous ramène régulièrement du côté des années ska-punk, même s'il ne dédaigne pas non plus le rock ou les influences punk. D'ailleurs, dès le second titre le groupe (deux guitares, basse, batterie et deux cuivres) accueille Marina, et l'ancienne chanteuse de Marousse (ça nous ramène plus de 15 ans en arrière) s'offre (et nous offre) le plaisir de reprendre l'un de ses titres (à tous ceux), et reste également sur le titre suivant, de Vex celui-là, ce qui permet de constater qu'elle n'a perdu ni de sa voix, ni de sa tonicité sur scène, passant son temps à sautiller, chercher le public, et évidemment prendre un grand plaisir à retrouver la scène. Par la suite, si Fred s'occupera de l'essentiel des voix, son acolyte guitariste aura droit lui aussi au micro, et pendant les trois gros quarts d'heure de set les musiciens vont tout faire pour agiter la salle, qui s'est un poil remplie mais sans jamais donner l'impression d'être bondée, ce qui ne nuit pas au set, puisque les musiciens jouent avec la même ferveur que s'ils étaient devant un Zénith bondé. Je dois avouer là encore n'être pas forcément en permanence emballé par ce qui est proposé, mais là encore une reprise va permettre de replacer la barre très haut : mois de mai, tiré du dernier album de Starshooter, est approprié par le groupe avec un talent certain, et se permet d'y inclure une partie extrêmement pêchue, qui donne envie de replacer ses oreilles au contact des morceaux de Kent et ses acolytes... Au bout de cette prestation, le groupe a tout donné, les spectateurs ont apprécié, et l'engagement du groupe (il n'y a pas que de l'amour et des petites fleurs dans la vie) est bien mis en valeur avec énergie et - pour ceux qui aiment ça - avec la possibilité de se trémousser devant la scène, ce dont certains ne se priveront pas.
La soirée se termine avec la tête d'affiche, sacrément honorable puisque c'est le quatuor Lofofora qui est chargé d'éteindre les dernières forces subsistant encore dans la salle, et même si c'est la première fois que je vois le groupe sur scène, je sais qu'il sait y faire. Et effectivement, d'entrée de jeu le groupe (guitare basse batterie et chant) dégaine son punk métallisé, emmené par un chanteur qui sait y faire en termes de présence scénique et de charisme, permettant à ses trois acolytes de gérer la musique sans avoir à s'occuper de l'interaction avec le public. Les morceaux s'enchaînent, musicalement on n'est pas si éloigné d'un Tagada Jones, même si la guitare est un peu plus martyrisée ici, et le public (qui a commencé à partir, mais reste suffisant pour créer de l'ambiance) peut continuer de danser d'un bout à l'autre du set, la dizaine ou quinzaine de pogoteurs semblant à l'unisson de musiciens qui, quoique concentrés sur leurs parties (c'est très carré, d'ailleurs on n'aura pas noté de pains manifestes tout au long de la soirée), sont heureux de jouer, d'être là, et de pouvoir défendre leurs albums - y compris des titres tout neufs ajoutés lors de la réédition de l'album maudit sorti pour le Covid... Reuno (chant) rappelle certaines des reprises effectuées par le groupe (Bérus, Arno ou Brassens), et introduit ainsi l'adaptation de borderline, chipé à Philippe Katerine, et improbable morceau dans la set-list mais qui pourtant ne le gâche en rien, tant il est pris en mains par le groupe pour le faire sien. Bien sûr, je ne m'y retrouve pas forcément tout le temps, quand ça flirte trop avec le métal particulièrement, mais au bout de ces 75 minutes je suis à la fois content d'avoir enfin vu le groupe sur scène, et plutôt bluffé par un savoir-faire qui n'est pas qu'une posture tant on sent que les musiciens se sont donnés à fond. Pour clore cette soirée, c'était effectivement un joli choix des Zuluberlus !
La suite, ce sera probablement mardi soir au QG Oberkampf avec Panik, avant d'aller découvrir les Whispering Sons jeudi au Petit Bain.