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l'ayatollah du rock
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17 décembre 2021

[La Muerte] shoot in our ears

Date : vendredi 17 décembre 2021

 

Cela faisait un bon moment que je ne m'étais pas rendu du côté de Beaubourg, c'est l'occasion de découvrir que la rue Quincampoix abrite désormais un Hellfest Café, et aussi un "Bar à céréales", ou comment tenter de nous faire croire qu'il y a des gens suffisamment fans des corn-flakes pour se retrouver et en tester de tous les goûts et toutes les couleurs... En fait, en ce vendredi soir c'est juste à côté qu'on se rend, au Centre Wallonie-Bruxelles, un lieu que l'on en profite pour découvrir partiellement. Et, Belgique oblige, on est agréablement surpris de constater qu'il y a open bar (en quantité limitée, tout de même), avec bière (la Zinne Bir, qu'on goûte pour la première fois, et qu'on apprécie) ou soda (qui ne fait pas beaucoup d'adeptes), histoire de se mettre d'excellente humeur avant de descendre dans la salle de spectacle, puisque l'entrée était également gratuite... Je dis spectacle car c'est places assises pour tout le monde, en version gradins, ce qui évitera sans doute les pogos endiablés mais n'empêchera pas d'apprécier la musique...

 

Il n'est pas encore 21h lorsque les lumières s'éteignent, les musiciens entrent sur un fond musical sombre, la déco est limitée mais classique : deux immenses crucifix rouges à l'envers, un crâne entouré& de quatre bougies, on ne s'est pas trompés de lieu, et dès que La Muerte entame son set, avec un i lost my hand récupéré des années 80 mais qui a conservé toute sa puissance, on sait qu'on a bien fait de réserver la soirée... Il y a 6 ans, les Belges nous avaient offert un retour fantastique et inespéré à Dour, dans une configuration identique (deux guitaristes qui se partagent le lead et la rythmique, un bassiste finalement pas si lourd, un batteur qui martyrise ses fûts et ses cymbales à notre plus grand plaisir, et un chanteur caché sous une toile de jute) voire similaire (j'ai juste un doute sur le batteur, mais les autres musiciens y étaient assurément déjà présents). Ce soir, le "groupe le plus bruyant de Belgique" (ça évite de chercher à les caser entre punk, métal, power rock, heavy rock...) va, l'espace de 55 minutes, faire preuve d'une puissance phénoménale, sans un seul solo mais en ne lésinant pas sur les montées en puissance, en piochant dans les années 80 tout comme dans les derniers titres, tirés des sorties depuis 2015 et sa résurrection. C'est court, donc ça pourrait passer pour un best-of, mais ce n'est pas le cas, puisqu'il manque certains incontournables (ni kustom kar kompetition, ni hate love, ni speed steel & gasoline, entre autres), mais personne ne s'en plaindra, tant ce qui nous est proposé est ébouriffant. Bien sûr, les musiciens réussissent à monter un mur sonique impressionnant, sans non plus trop en faire, scéniquement parlant, et le chanteur, s'il arpente sans relâche la scène, montre qu'il a conservé une forme physique étonnante, entre coups de pieds dans le vide et sauts sur les genoux (avec petite piste d’atterrissage amorti tout de même, histoire de ne pas trop se niquer les ménisques...). Mais c’est évidemment vocalement qu'il se montre le plus impressionnant, avec un chant souvent guttural (mais ni screamo ni crust) mais qui se révèle parfois presque haut perché, et si les paroles sont la plupart du temps quasi impossibles à comprendre, cela ne suscite aucune récrimination dans le public. En arrière-fond, des vidéos, souvent un patchwork d'images évoquant la peur, la mort et autres sentiments de saison, sans forcément de lien entre elles ni avec les morceaux, d'ailleurs, et il s'agit plus de remplir l'espace que d'attirer l’œil en permanence. C'est donc un concert sombre et puissant, mais pas plombant pour un sou, c'est l'excitation qui l’emporte à chaque instant, les sièges sont agités des vibrations de chaque spectateur, certains headbangent sur place tandis que d'autres demeurent figés, hypnotisés par ce qui déferle dans leurs oreilles et leur corps entier. Bien sûr, en un temps aussi contraint, il est hors de question de palabrer dans le vide, alors l'échange avec les spectateurs se limitera à quelques gestes des mains en début et fin de set, souvent on enquille deux titres sans laisser le temps pour les applaudissements, et on ne note aucune rupture qualitative entre titres anciens et plus récents, l'enthousiasme est le même et l'écoute aussi attentive pour un public composé majoritairement d'aficionados, qui profitent à plein de cette venue trop rare du groupe à Paris. Pour ma part, je suis totalement comblé avec la version magistrale de shoot in your back, qui n'est à mon sens que le point d'orgue d'une prestation sans aucun moment faible, que même les spectateurs peu connaisseur du groupe auront largement appréciée. Ce concert se terminera après un lucifer sam qui prouve une fois de plus que si on veut apprécier un morceau de Pink Floyd, il faut qu'il soit repris et trituré par d'autres, celle-ci laisse chacun pantelant, et tandis que surgit le "générique de fin" du concert (je ne sais comment nommer autrement ce morceau lié, pour le coup, au clip qui défile en fond de scène), les spectateurs restent assis à espérer (en vain) un retour des cinq musiciens sur scène, preuve qu'une ou deux bouchées de plus auraient bien contenté nos appétits pas totalement rassasiés. La bonne nouvelle, au moment où l'on quitte tranquillement les lieux après un passage prolongé au merch, c'est que le groupe semble décidé à nous offrir un nouvel album, ce qui pourrait signifier une nouvelle tournée. En France, on l'espère, sinon on se laissera peut-être tenter par un voyage outre-Quiévrain, tant le concert de ce soir nous aura contentés tout en nous donnant envie d'en reprendre une dose à la première occasion !

Set-list :

  1. i lost my hand
  2. black god, white devil
  3. evil land
  4. she did it for lust
  5. shoot in your back
  6. lsd for the holy man
  7. lost
  8. i would die faster
  9. whack this guy
  10. couteau dans l'eau
  11. lucifer sam

 

La suite (et la fin de l'année) ? Cela pourrait bien être au Supersonic, puisque mercredi prochain s'y produiront les Choices. Mais s'il y a autre chose avant, on n'hésitera pas à se bouger...

 
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