[Paddock & Breakfast/Liiek/Pigeon] des figues, des bananes, des noix, et du (punk)-rock
Date : samedi 27 novembre 2021
Finalement, je résiste à la tentation du cocooning en ce samedi soir, et me dirige vers l'International, qui est quasiment vide sur les coups de 20h, si on excepte les quelques personnes qui ont privatisé une partie des lieux pour un anniversaire (ou comment tenter de rentabiliser au maximum chaque espace en diversifiant ses offres...).
Nous ne sommes donc que 8 devant la scène lorsque démarre le set de Paddock & Breakfast, un duo guitare-batterie que l'on avait déjà vu et apprécié à la Pointe Lafayette il y a quelques semaines. Bizarrement, même si les conditions acoustiques ne sont évidemment pas comparables entre les deux lieux, j'ai vraiment le sentiment de ne pas assister du tout au même concert, le son est très correct du début à la fin, et l'atmosphère en devient presque pop, tant on peut apprécier les titres offerts par la chanteuse-guitariste et le batteur. D'ailleurs, dès le second morceau la densité de public augmente, on multipliera rapidement par quatre la quantité de spectateurs, qui apprécient visiblement l'aspect légèrement fragile symbolisé par un chant encore parfois hésitant associé à des sonorités de guitares plus rudes, et une batterie bien carrée (sur l'ensemble du set, si on a cru déceler deux légers pains c'est bien le maximum !) qui ne pâtit pas de l'absence de basse. Car c'est ce qui marque à chaque prestation du duo : on ne se dit jamais qu'il manque un troisième membre, les morceaux sont prévus pour deux et fonctionnent parfaitement comme cela, et même si le batteur doit se battre pour que son micro ne se fasse pas la malle derrière sa batterie, les morceaux s'enchaînent, ont un peu évolué depuis le dernier concert, et si on continue à entendre du Thugs dans l'intro de money, cela n'est sans doute pas par hasard : le duo se risque à la reprise du biking des Angevins, avec une réussite certaine puisque le parti pris est de ne pas copier la version originale. On a donc deux guitares et une basse de moins, ni le batteur ni la chanteuse ne tentent de siffler comme les Thugs, et cela fonctionne très bien comme cela, gageons que les frères Sourice apprécieront cette interprétation lorsqu'ils l'auront dans les oreilles. Pour en terminer, le groupe adapte à sa sauce l'hymne des babus (je ne connaissais pas le titre officiel de cette rengaine), ce qui permet à l'ensemble des spectateurs d'arborer des visages très souriants à l'issue de cette demi-heure très réussie, et qui m'aura permis de confirmer que j'ai bien fait de sortir malgré la froidure et la pluie...
Pour continuer la soirée, c'est un trio berlinois qui grimpe sur scène, et entame son set à 21h pétantes : Liiek est composé d'un guitariste-chanteur, d'un bassiste et d'une batteuse, et très vite on comprend où on va, avec des morceaux courts, très incisifs et saccadés, qui s'appuient sur une basse bien présente et une batterie métronomique, la guitare acidulée et acérée accompagnant parfaitement le chant. Si on cherche des références, on peut citer la filière Crisis/Frustration, mais aussi les Ausmuteants (sans clavier, mais l'idée générale y est, épileptique à souhait), et si certains morceaux s'écartent légèrement de cette voie, ils ne font qu'ajouter au plaisir ressenti devant cette totale découverte. En sus, le groupe se permet de nous emmener sur de fausses pistes avec certaines intros qui pourraient évoquer les Talking Heads par exemple, mais très vite on revient dans le droit chemin, les craintes minimales sont levées au bout de quelques secondes, et comme tout cela s'enchaîne à vitesse grand V, le public (qui s'est encore densifié et doit désormais dépasser la cinquantaine de présents) n'a pas le temps de souffler qu'il en reprend de nouvelles doses. Tout cela reste limité à une demi-heure réglementaire, c'est sans doute aussi une explication au rythme auquel les titres se suivent, dans tous les cas c'est une bonne grosse claque, encore bien meilleure que ce à quoi on pouvait s'attendre à l'écoute préalable et rapide des morceaux en version studio : là, c'est la cerise sur le gâteau pour la soirée, qui était déjà réussie après P&B...
Et que dire lorsque le dernier groupe à l'affiche, berlinois lui aussi, entame son set juste avant 22h : Pigeon est également un trio, qui ressemble furieusement à Liiek vu qu'on y retrouve les mêmes membres, qui ont opéré une redistribution des rôles avec la batteuse qui s'est emparé de la basse, le bassiste qui gère désormais la guitare, et le guitariste qui s'est installé derrière ses fûts, tout en conservant la responsabilité du chant... Bien sûr, vous pouvez imaginer que le son n'est pas très différent entre les deux groupes jumeaux, mais chacun a sa spécificité, par exemple Pigeon est plus punk dans le son, même si ses morceaux sont sensiblement plus longs (on est entre 3'30 et 4', contre 2' à Liiek), c'est bien moins saccadé et un peu plus agressif, il y a plus de variations dans le jeu de guitare, et c'est donc également une explication au fait que là les titres sont loin de s'enchainer, chacun doit récupérer (et éventuellement remettre en place la batterie, qui pose visiblement problème dès le début du set) avant d'en remettre une couche... On a sans doute atteint le sommet en termes de remplissage de la salle, il ne reste plus que 2 titres à entendre, lorsque d'un coup tout s'éteint, et pendant un bon quart d’heure les techniciens vont tenter de remettre du jus sur la scène, en vain puisqu'à chaque fois les lumières et le son ne reprennent vie que le temps de se ré-éteindre, et on doit donc en terminer sur cette fin abrupte et imprévue, mais qui n'aura pas gâché l'impression d'ensemble extrêmement favorable : si depuis des mois (des années ?) chacun est persuadé que c'est en Australie que la scène rock est en train de se régénérer, ce soir l'Allemagne a ouvert grand la porte en faisant comprendre que chez nos voisins aussi il y a de la vie, et de qualité !
La suite, ce sera ce jeudi, au Petit Bain, avec le retour des rouennais de We Hate You Please Die.