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l'ayatollah du rock
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2 août 2016

[Punk DIY Summer Fest] what a ritual !

Date : mardi 2 août 2016

 

La rue du Faubourg du Temple est en travaux, ce qui explique que la concentration de punks, skins et autres rockers de tous poils devant le Gibus Live paraisse encore plus importante qu'il y a trois semaines, lors de la première soirée du Punk DIY Summer Fest, toujours organisée ce mardi soir par le Unpleasant Meeting Festival. Remarquez, il y a de l'abus de langage à parler de "soir", puisque les hostilités commencent dès 15h, et sont censées se clore après 5h le lendemain matin, un programme de fou, donc, avec 13 groupes à l'affiche, et un public qui a répondu à l'appel, on n'oserait pas parier sur le nombre d'entrées, mais vu le sourire affiché en permanence par Wil tout au long de la soirée, on jurerait bien que son pari est une vraie réussite !

 

Qui dit début de festival à 15h signifie que les premiers groupes ne vont pas avoir droit à une salle pleine, pour les spectateurs qui bossent avant de venir (j'en fais partie) il sera compliqué de voir les prestations de Coupe Gorge, Naked Agression ou Total Chaos, et en voulant prendre un Picon avant la soirée on se permet même de rater les Icons of Filth, mais si vous comptez bien vous constaterez qu'il reste encore 9 groupes à l'affiche, et pas loin de neuf heures de musique quasi ininterrompue, puisque les DJs prennent le relais dès que les groupes en finissent avec leurs sets...

Par rapport au 12 juillet, on remarque que l'espace utile est bien plus vaste, la (toujours excellente) restauration est située à l'étage, on a fait de la place en bas pour tous les stands (groupes, merch, distros diverses), et il y a également plus de place devant la scène, il faut dire que l'impression de l'extérieur de la salle se confirme à l'intérieur : il y a du monde, beaucoup de monde, venu de près ou de loin (on croise une exilée berlinoise que l'on n'avait pas dû voir depuis plus d'une demi-douzaine d'années, mais il y a également des provinciaux et des spectateurs étrangers), et une ambiance de feu, cela danse sans arrêt, si les tarifs des bières (toujours pas de tireuse, snif...) ont un peu augmenté ils restent raisonnables, et la clim coupée ce soir empêche la perspective d'une pneumonie de devenir réalité, même si on la retrouvera en fin de nuit... Ce sont les Américains de the Casualties qui sont sur scène à l'heure où l'on arrive, et si l'on n'irait pas jusqu'à dire que le quatuor est très inventif, il reste un groupe punk de série très écoutable, même si la voix du chanteur est presque caricaturale tant elle correspond à tous les poncifs que l'on peut imaginer sur le rock sans paillettes. Ledit chanteur arbore un t-shirt "Motörhead", et ce n'est pas un hasard si le groupe reprend le r.a.m.o.n.e.s. de Lemmy en hommage aux faux frères new-yorkais, cette simple reprise pourrait bien symboliser les références du groupe, et le titre punks ans skins correspondre à son public bien mélangé. Alors, we are all we have, c'est un programme, et il doit bien coïncider avec la vie du groupe, qui fait le job de manière à contenter beaucoup de monde.

 

La suite, c'est un autre groupe très attendu, puisque Chron Gen n'a a priori jamais mis les pieds en France, ni avant ni depuis sa reformation, et l'attente est terrible chez les nombreux fans qui ont fait de cette venue l'un des points d'orgue de la soirée. Histoire de régler l'un des moments incontournables du set, la reprise de jet boy jet girl (l'ancêtre de ça plane pour moi) est exécutée dès le deuxième titre, et on peut ainsi se concentrer sur la musique du groupe. Globalement, on est assez loin du hardcore qu'on a pu deviner chez les Casualties, on est plutôt dans un punk-rock assez gentil et plutôt propre, qui est sympa mais finit par devenir un peu répétitif au fil du temps. Cerise sur le gâteau, en guise de confirmation, le groupe se fend d'un rappel, qu'on imaginait impossible tant le timing de la soirée semble serré, qui s'avère d'une inconsistance folle, et qui a dû doucher l'enthousiasme de ceux qui avaient adoré le reste du set. Première en France, donc, mais sans doute pas un souvenir impérissable, en tout cas carrément pas pour moi !

 

Le seul groupe pour lequel on a des certitudes ce soir, c'est bien Frustration, tant le groupe parisien a acquis d'expérience et de savoir-faire au fil des années, transformant chaque concert en une expérience ne laissant personne sur le carreau, l'intensité des musiciens comme du chanteur ne faiblissant jamais et les nouveaux morceaux continuant à créer l'excitation chez leurs suiveurs. Pour l'occasion, pas de risques pour le quintet, puisque la set-list ressemble beaucoup à celle qui a très longtemps tourné jusqu'en fin d'année dernière, habile mélange de titres du dernier album en date (le worries introductif, l'hyper punk assassination, la lente montée en puissance de uncivilized...), de titres plus anciens (no trouble, le terminal blind, for them no premises), et de titres encore inédits, quoique désormais immédiatement reconnus puisque rodés depuis bien longtemps sur les scènes françaises comme internationales. Cela permet ainsi aux spectateurs, comprenant qu'il ne va pas y avoir de nouveauté ce soir, de se lâcher dans la fosse, qui devient une zone franche de pogo, sans violence gratuite, ça sue tout de même à grosses gouttes, car le tempo n'est pas de tout repos, et le groupe fait le job et même plus, il n'est pas question de faire les choses à moitié, car même si le son n'est pas totalement abouti dans la salle il n'est pas question de repartir avec un sentiment d'inachevé. Bon, il y a bien l'épisode où on retrouve le faux jumeau de Junior en guise de danseur un peu balourd et un tantinet envahissant sur scène (we miss you), on espère que ce qu'on prenait pour un one-shot à la Villette ne va pas devenir un incontournable des concerts du groupe car sur ce genre de scène, on n'en voit quasiment plus les musiciens. Mais on oublie rapidement cet épisode pour se concentrer jusqu'à la fin, car on sait que la prochaine occasion de revoir Frustration ne sera qu'à la mi-octobre, mais avec une double dose à la Maro à l'occasion de la sortie du nouvel album... Histoire de terminer en beauté, pour une fois ce n'est pas Junior qui abandonne ses claviers pour faire son petit tour sur le public, mais c'est bien Pat le bassiste qui a droit à son porté, sans s'interrompre de jouer, cela restera une image plutôt sympa pour un festival qui ne l'est pas moins, et le confirme au fil des heures.

 

Set-list probable :

  1. Worries
  2. For them no premises
  3. Midlife crisis
  4. Minimal wife
  5. Excess
  6. Uncivilized
  7. We miss you
  8. No trouble
  9. Even with the pills
  10. Just wanna hide
  11. Assassination
  12. Dreams laws rights and duties
  13. Mother earth in rags
  14. Blind

 

On se remet de la tornade Frustration, en se réhydratant et en profitant de l'immense fumoir malheureusement pas vraiment aéré, et on vient jeter une oreille à la prestation des Adolescents. Le groupe californien est mythique, il a vu passer des membres éminents de la scène punk-hardcore en son sein (Rikk Agnew ou Pat Smear, par exemple), mais ce soir il ne me laissera guère de souvenirs, tant son hardcore me semble d'un intérêt limité, et est loin de me transporter. Cela n'empêche pas une bonne partie du public de s'enthousiasmer, tant mieux, il en faut pour tous les goûts, il paraît...

 

Le verdict n'est pas loin d'être le même en ce qui concerne le set de TSOL, dans un genre un poil différent puisqu'on est toujours du côté hardcore de la force, mais avec bien plus d'énergie que ce que les Adolescents ont été capables de nous montrer. Parfois certains peuvent y voir un côté NoMeansNo, pas évident à remarquer, c'est plutôt l’énorme chaîne bling-bling du chanteur qui détonne, dans tous les cas on finit par se lasser au bout d'un moment, et il faut résister à la fatigue qui pointe son nez, car s'il est quasiment 1h, le programme est loin d’arriver à son terme...

 

Heureusement, ce sont les Espagnols de Decibelios qui occupent ensuite la scène, et si a priori la perspective d'un concert de oï ibérique ne fait pas forcément rêver les foules, il faut revoir rapidement cette opinion, car si les titres purement oï ne valent le coup que grâce à l'énergie déployée, la scène prend une toute autre envergure lorsque le choriste (oui, moi aussi je trouvais ça bizarre) emploie son sax et emmène le groupe vers des terrains bien plus enlevés, on est dans un territoire où le ska a toute sa place mais conserve l'énergie du début du set, et comme le chanteur ne fait pas les choses à moitié, on se retrouve au final très agréablement surpris de cette découverte, s'il s'agissait vraiment de la première visite du groupe à Paris on peut être content de faire partie de ceux qui sont restés jusque là pour en profiter !

 

Car il faut bien avouer que si le Gibus ne semble pas vide, il voit les spectateurs partir petit à petit, la conjonction d'un concert en semaine et hyper tardif n'incite pas à trop traîner, sauf bien entendu si vous êtes impatients d'assister à l'une des dernières prestations à l'affiche. Cela tombe bien, car après avoir esquissé un semblant de sieste pendant le changement de plateau, on se réveille complètement dès que les quatre Anglais de 1919 entament leur set. Si le groupe, dans sa version originale, n'a guère duré, et laissé finalement assez peu de traces discographiques, celles-ci sont suffisamment emballantes pour avoir envie de voir ce que cette re-formation (seuls le guitariste et le batteur sont d'origine) peut donner... D'entrée de jeu, on comprend que le groupe n'est pas là par hasard, et que ses musiciens sont hyper motivés, reprenant des titres anciens (control, cry wolf) en y insérant des nouveautés (revenge, death note), histoire de relier l'histoire passée à la réalité actuelle. Emmené par un "jeune" chanteur qui s'impose autant vocalement que visuellement, le quatuor nous propose, 53 minutes durant, un mélange pour le moins explosif et extrêmement abouti de batcave et de post-punk, sans jamais pouvoir réellement se fixer dans un style précis. Le guitariste, dont l'instrument sort des sons qui pourraient être joués par Geordie, arbore d'ailleurs une casquette (portée à l'envers) que ne renierait pas le membre de Killing Joke, mais on est moins dans le côté industriel, c'est même parfois sombre, parfois dansant, une chose est sûre c'est qu'il n'y a pas un seul temps faible, et l'intensité du pogo le démontre amplement. On regrettera d'ailleurs un peu que certains, plutôt que d'y participer de l'intérieur, préfèrent se jeter sur les spectateurs à l'extérieur du pogo, ce n'est pas forcément la chose la plus intelligente qui soit, mais il faut également constater que pogoter en conservant son parapluie n'est pas non plus très courant, et on ne s'étonnera donc pas que la bière asperge tout le monde (oui, on n'achète pas les bières pour les boire, c'est plus fun de les balancer), quitte à énerver ceux qui perdent un peu plus facilement patience, passé 3h du matin... Revenons à nos moutons, le concert, pour regretter de n'avoir pas assisté à la prestation du groupe au Klub en début d'année, car ce genre de groupes doit être consommé avec autant d'appétit que possible, d'autant que l'osmose entre les différents musiciens est totale, on voit une bande copains heureux d'être sur scène, et de partager ce qu'ils savent faire (et bien faire !) avec des spectateurs considérés avec une bienveillance évidente et non comme des vaches à lait. La preuve, à peine le concert terminé, le chanteur se retrouve au stand de merchandising, avec plus grand chose à vendre mais prêt à échanger avec chacun, prenant le temps de parler (avec un bel effort en français), de demander le prénom de chacun (c’est bien la première fois que je vois cela), et on a désormais hâte de deux choses : d'abord de se jeter sur le CD et le EP récupérés, pour confirmer que ce n'était pas un mirage auditif, et ensuite de pouvoir revoir le groupe sur scène. Pour la deuxième partie, cela va être compliqué, sauf pour ceux qui auront la chance d'aller par exemple ce week-end à Amsterdam ou en Belgique voir le groupe partager la scène avec Plomb... Clairement, cette prestation aura été la claque de la soirée, on regrettera seulement que ce concert ait été programmé aussi tard, car on connaît pas mal de spectateurs partis bien avant 3h qui auraient grandement apprécié 1919 !

 

D'ailleurs, en sus de la fatigue, qui nous atteint profondément alors qu'il est déjà 4h passées, c'est également un peu l'envie de rester sur ce souvenir qui nous incite à quitter les lieux, ratant donc les deux derniers concerts du festival, ceux de Zone Infinie et d'Artweg. Ces deux groupes étant français, on aura sans doute l'occasion de les tester à une autre occasion, et ce n'est plus une heure ni un état physique pour faire des découvertes... On retiendra donc que ce festival a été, comme sa première partie en juillet, préparé de main de maître par Wil et ses comparses, que cela aura été une franche réussite, indépendamment des préférences musicales des uns et des autres, et que cela fait plaisir de voir qu'on peut attirer du monde avec une belle affiche, même en plein été. Je l'avais déjà dit en juillet ? Eh bien, cela reste toujours valable : bravo Wil, et merci à tous !

 

La suite, après s'être remis de cette longue nuit, ce pourrait être dès ce mercredi soir, au Point FMR avec Louis Lingg and the Bombs, la seule certitude est que Jello Biafra revient, le 21 août, au Petit Bain cette fois-ci.

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