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l'ayatollah du rock
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12 juillet 2016

[Punk DIY Summer Fest] waiting for them

Date : mardi 12 juillet 2016

 

Une foule hétéroclite et assez peu convenable (au sens Macron, j'entends) rôde autour du Gibus en ce mardi soir, du skin et du keupon, du jeune et du moins jeune, qui profite des derniers instants d'absence de pluie pour rester au grand air - et éventuellement protéger un peu ses oreilles car la soirée s'annonce longue et potentiellement forte en décibels...

 

Une bonne nouvelle, dès qu'on arrive au bar : la bière est très abordable (2,50€ la canette de 33cl), on n'avait pas gardé ce souvenir de nos dernières venues ici, et si une tireuse aurait été encore plus appréciable, on comprend pourquoi les organisateurs ont choisi ce lieu pour cette première soirée (la seconde se déroulera le 2 août) du "Punk DIY Summer Fest" organisée par le Unpleasant Meeting Festival, et la version selon laquelle il y a eu un changement de propriétaire - et donc de politique - prend tout son sens ce soir.

Même en arrivant un poil à la bourre (on rate les cinq premières minutes), on s'aperçoit que cela n'est pas encore la grande foule devant le trio colombien Mandelbajo, qui dans un style assez linéaire (le jeu de batterie semble tout du long n'être qu'un immense tagada-tagada assez hippique) nous offre un mélange plutôt efficace de surf et punk, pour entamer la soirée c'est plutôt pas mal, et si la reprise du ring of fire de Johnny Cash est extrêmement (trop ?) fidèle à l'original, on sent que le groupe a ingéré beaucoup de bonnes références avant de monter sur scène, et cela se ressent, et s'apprécie suffisamment pour les spectateurs présents, on pourrait même regretter que l'assistance n'ait pas été plus dense pour un groupe venu d'aussi loin... Comme la plupart des groupes de la soirée, le set n'est pas très long, le deal étant qu'il faut de la place pour tout le monde (il y a 6 groupes à l'affiche, et il faut terminer avant minuit) et sans doute aussi que les spectateurs ne doivent pas trouver le temps trop long s'ils n'apprécient pas ce qui leur est proposé...

 

L'exemple-type suit quelques minutes plus tard, lorsque le trio parisien Rixe arrive sur scène : là, on est dans la oï très classique, à grands renforts de chœurs, mais la salle est désormais bondée, à croire que le public s'est plus motivé pour les groupes locaux que pour les étrangers... Ce n'est pas que cela soit mauvais, loin de là, mais ce n'est plus trop ma tasse de thé depuis bien longtemps, alors on prend un peu de recul, on en profite pour aller (grandement) apprécier les salades vegan proposées à la vente, tout en reconnaissant que la reprise du morceau éponyme de Camera Silens est très bien jouée, là encore sans doute plus que fidèle à la version originale, mais on ne crachera pas dans la soupe, il faut bien faire plaisir à tout le monde et permettre à tous les publics de trouver leur compte ce soir !

 

D'ailleurs, le quatuor anglais qui suit, Regret, touche encore certainement une autre population, mais le hardcore crust qui est reconnaissons-le un poil bourrin me laisse pour le coup bien indifférent, voire même assez désireux de passer à la suite, mais là encore il trouve son public, on est au passage rassuré pour les organisateurs de constater que le pari est sans doute gagné de trouver suffisamment de spectateurs prêts à débourser 15 euros, ce qui permettra de défrayer les groupes étrangers tout en n'en étant pas trop de sa poche, si on veut que la scène continue à vivre il faut bien de temps à autres accepter que tous les concerts ne soient pas gratuits... Un petit conseil, en revanche, pour la seconde soirée du festival à venir début août : si quelques sacs poubelles pouvaient être installés ça et là dans la salle, cela pourrait sans doute éviter de voir rapidement des tas de canettes vides un peu partout, car on sait bien combien le spectateur a du mal à aller reposer sa bière vide sur le comptoir alors que le pogo bat son plein dans la fosse...

 

Retour en Colombie avec le trio Polikarpa y sus Viciosas (ouf !), qui est censé être totalement féminin mais dont la guitare est bien jouée par un homme (les tournées lointaines peuvent poser problème), et qui entame son set par un discours introductif, traduit avec quelques difficultés passagères (le débit de la bassiste est hyper rapide, et le contenu très dense), et qui explique le pourquoi du groupe et sans doute le contenu des textes à suivre : féminisme, liberté(s), engagements à tout va, on ne sera pas surpris par ce que l'on comprendra pendant le set. On constate très vite que la bassiste et la batteuse se partagent le chant, qui est d'une douceur toute relative, que le logo installé derrière la batterie peut évoquer autant celui de Crass que celui de Conflict, et que la musique exécutée est vraiment très variée, cela peut friser le hardcore mais également se caler très vite, y compris au sein d'un même titre. À l'aune de mes connaissances, c'est de Conflict que je rapprocherais le plus la musique proposée, mais c'est sans exclusive, tant le trio réussit à se diversifier tout au long du set. Il y a un petit moment de flottement, lorsque le guitariste casse l'une de ses cordes, il cherche d'abord une autre guitare ou une corde, puis ensuite un accordeur, alors pour passer le temps le duo basse-batterie se lance dans une petite reprise sympa du last rockers (Vice Squad), preuve de goût et de connaissance vu que les musiciennes n'étaient peut-être pas nées lorsque le groupe anglais a créé son morceau... Le groupe reprend enfin sa marche en avant, toujours sur de mêmes bases très carrées et majoritairement réussies, et si tout n'est pas génial dans ce qui nous est proposé, on passe tout de même un excellent moment, et on apprécie au plus haut point cette découverte !

 

Retour sur Terre avec le hardcore peu inventif des quatre américains de M.D.C., qui remuent les foules et même les autres musiciens (Joe 'Shithead" Keithley semble un fan absolu), tandis que j'attends la suite avec impatience : si les titres des morceaux peuvent être rigolos ou sympathiques (comme par exemple john wayne was a nazi ou patriot asshole), musicalement cela me passe totalement à côté. On en profite pour prendre une dernière binouze (elles ne sont pas vraiment très fraîches, mais on fait avec), en attendant que les dernières notes de beat somebody up s’éteignent pour se rapprocher un peu de la scène...

 

Car la raison première de ma venue ce soir est la présence en tête d'affiche d'un trio canadien immanquable : D.O.A. est de retour, et comme il se murmure que cette tournée pourrait bien être l'ultime du groupe (Joe aurait des envies politiques, paraît-il), il est hors de question de rater une miette de cette prestation ! Le groupe, qui tourne depuis presque 40 ans, démarre quelques minutes avant l'horaire affiché, et s'appuie bien évidemment sur ses titres les plus anciens pour embarquer la foule dans son sillage, entamant son set par les très anciens the enemy (Donald Trump est dans la boucle), class war (une reprise des Dils), world war 3, avant de diversifier un poil la chronologie des titres au fil des albums qui suivent plus ou moins régulièrement sa carrière (already dead). Musicalement, on s'y attendait, on n'est pas déçus, c'est un mix entre punk et hardcore, sans trop céder à la facilité du riff métallique, l'essentiel est dans l'énergie, et après 5 heures de festival il en faut pour continuer à autant bouger, autant sur scène que dans la salle ! Le groupe enchaîne les morceaux sans discontinuer, à de rares moments Joe glisse un mot mais sans s'éterniser, cela tombe pas mal vu que son accent est tout de même assez incompréhensible, et on reprend avec les hymnes, d.o.a., race riot, ou encore la reprise de war. On voit sur les visages environnants que chacun est satisfait de ce qu'il voit et entend, et si la reprise d'un titre de Johnny Cash est de nature à faire se retourner dans sa tombe le "Man in Black", tant elle est rentre-dedans et éloignée des standards du bonhomme, le fuck you qui suit doit faire bien plaisir aux Subhumans qui l'ont composé... Terminant sa quarantaine de minutes de prestation sur un the prisoner toujours aussi efficace, le groupe peut se retirer avec le sentiment du travail bien fait. Certains spectateurs se précipitent alors vers la sortie, mais la patience des autres est récompensée, puisque les Canadiens reviennent pour un rappel de quatre titres, entamé par un police brutality qui vaut son pesant de cacahuètes, aussi brutal dans sa forme que dans ses paroles... La mode (compréhensible, au demeurant) étant au Trump-bashing, le groupe a recyclé son vieux titre fucked up ronnie (déjà passé par la case fucked up bush, en son temps) pour en faire un fucked up trump de belle facture, qui clôt en beauté cette soirée. Enfin, c'est ce que l'on pourrait croire, mais il reste encore une pépite, cette reprise encore plus couillue que l'originale alternative ulster (Stiff Little Fingers), qui touche sans doute autant les autres spectateurs que moi-même, et on doit frôler les 55 minutes de prestation lorsque les lumières se rallument définitivement, et qu'il faut donc songer sérieusement à se rapprocher des transports en commun... On retiendra tout de même une excellente soirée, indépendamment des qualités diverses des groupes qui y ont participé, le timing a été tenu, l'organisation a été au top, et tout cela présage d'un début août en fanfare, au même endroit, avec entre autres Frustration, les Adolescents ou 1919 (il y a 13 groupes à l'affiche !).

 

D'ici là, il y a un peu de temps et d'autres concerts à se mettre dans les oreilles, on laisse donc passer le long week-end, et on reprendra dès lundi avec Whodunit au Supersonic.

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