[Frustration / Sleaford Mods] tweet tweet tweet
Date : vendredi 27 mai 2016
Et coup de chance ou timing bien calculé, notre arrivée dans la Grande Halle coïncide avec l'arrivée sur scène des quatre Londoniens de Sauna Youth, un groupe qui m'était jusqu'alors totalement inconnu, bien qu'il affiche au moins 5 années au compteur et un nom en forme de jeu de mots plutôt rigolo... Un trio basse-guitare-batterie en guise de musiciens, une chanteuse à la coiffure... différente, dira-t-on, qui use avec parcimonie une boîte à bidouilles, et une énergie punk/post-punk dévastatrice, décidément le parallèle avec les australiens Ausmuteants (qui ouvraient le festival l'an passé) est assez facile à faire, et le public encore maigre (il faudra attendre 22h00 avant de sentir un peu de densité) réagit plutôt bien aux titres courts et incisifs qui nous sont proposés. Si la voix de la chanteuse n'offre pas toutes les garanties, elle est la plupart du temps contrebalancée (et soutenue) par celle du chanteur, et là ce serait plutôt the Fall et le chant, disons personnel, de Mark e. Smith qui vient à l'esprit. Scéniquement, il n'y a rien de folichon, chaque musicien s'occupe de son instrument, sans trop regarder les autres, tandis que la chanteuse reste également derrière sa machine et son micro, il n'y a ni cascades ni même tentatives d'approche du public, mais cela importe peu, l'essentiel est de sentir l'excitation qui vous parcourt le corps au fil des morceaux. Ceux-ci se terminent parfois de manière très abrupte, et c'est plutôt bien, car l'inattendu crée l'intérêt, mais au bout d'une vingtaine de minutes, on sent que notre attention se relâche, la faute sans doute à un côté répétitif qui nuit au groupe, dans la mesure où tout est très carré, pour revenir aux Ausmuteants le bordel sur scène ne laissait pas l'occasion de regarder sa montre, tandis que ce soir on finit par plus regarder autour de soi que vers la scène. Alors, lorsque les 35 grosses minutes se terminent, le constat est simple : oui, le groupe est intéressant, sa musique est agréable, mais il devra varier un minimum pour pouvoir dépasser le statut de "groupe sympa qui n'oblige pas à quitter la salle mais qu'on aura oublié dans deux heures"...
Le temps de recharger les batteries, et les verres (6 euros la pinte de Grolsch, on a connu pire, mais on n'en abusera pas), et c'est un quintet américain qui arrive sur scène : White Fence est emmené par un chanteur-guitariste à l'immonde pull rouge (et pourtant, je suis mal placé pour donner des leçons en matière vestimentaire !), ses trois acolytes étant clairement accompagnateurs et non membres à titres égal du groupe. Il suffit de quelques instants pour comprendre qu'on va souffrir, tant on constate que la voix de Tim Presley, le chanteur, m'est totalement insupportable, et comme la musique aux relents psychédéliques de la fin des 60's ne me convient pas plus, il n'y a pas lieu de rester sur place plus de deux titres, même si le bonhomme a joué avec the Fall cela ne pardonne pas tout, et comme il y a encore deux concerts derrière, on profite du beau temps pour sortir respirer un coup, reposer les esgourdes et attendre la suite.
Et cette suite, c'est avec le retour à Paris de Frustration, qui après avoir tourné en province ou à l'étranger (Allemagne, Japon), revient 7 mois après avec un set encore plus orienté sur le futur nouvel album (dont Fabrice, le chanteur, nous annoncera la sortie en octobre, de 2016 si tout va bien). La set-list a bien changé, d'ailleurs le titre introductif m'est totalement inconnu : ce insane, sans la moindre guitare (Nicus n'est sollicité que pour les chœurs), est un retour en force vers la cold répétitive et assez synthétique, mais totalement réussi, enthousiasmant, les qualificatifs peuvent manquer tant ce début de set est puissant. On revient à du plus connu, dès dreams laws rights and duties, quoique le titre fasse partie de l'album attendu, mais cela fait de longs mois qu'il est joué, et il est désormais reconnu immédiatement par des spectateurs désormais nombreux, surexcités, et qui bougeront beaucoup, dans la fosse comme sur scène. On remarquera par exemple un pseudo-sosie de Junior qui viendra plusieurs fois exécuter des danses tribales devant un Pat un poil médusé, certains grimperont sur scène pour danser longtemps, bien trop longtemps, déjà que les slammeurs peuvent être lourds, ce soir c'est un peu la fête du slip pour une partie du public ! On se demande d'ailleurs si ce sont les mêmes qui passeront une partie de leur temps à jeter leurs bières, vers l'avant ou vers l'arrière, des spectateurs aux porte-monnaies bien remplis, car à 6 euros la pinte, la bière, même de la Grolsch, ne se jette pas comme ça... Menfin, il suffit de prendre un poil de recul pour éviter de finir trempé et puant, et de continuer à apprécier se qui se passe sur scène, et qui vaut décidément le coup : les titres les plus anciens (midlife crisis, we miss you, uncivilized par exemple) ont subi un léger relooking qui permet de ne pas tomber dans la routine, sans toutefois perdre de leur efficacité, et la machine de guerre qu'est Frustration sur scène, si elle perd ce soir en densité ce que l'on peut ressentir dans un lieu plus petit, profite de l'ampleur des lieux pour conquérir de nouveaux adeptes. On ne s'attardera pas sur les quelques petits pains, qui passent inaperçus sauf aux oreilles des pinailleurs tels que moi, pour se refocaliser sur la set-list, et l'attente qu'elle crée envers le futur opus, tant un even with the pills ou un empire of shame ("le top poilade", selon Fabrice) suscitent de réactions enthousiastes et méritées. Il n'y a d'ailleurs pas un seul instant de repos pendant les 63 minutes de prestation, on a à peine le temps d'applaudir que cela reprend de plus belle, et quand le quintet nous insère un assassination au milieu de nouveaux morceaux tout aussi percutants, comprenez qu'il ne s'agit pas de baisser d'un ton, mais de maintenir un niveau d'énergie et d'exigence impressionnants. Après un the drawback que je ne connaissais pas non plus (hormis sur des vidéos en provenance d'Extrême-Orient), et qui n'est pas non plus une reprise de Warsaw, Fabrice peut enfin révéler la surprise finale qu'il avait annoncée un peu plus tôt : Jason, le chanteur de Sleaford Mods, est invité à venir sur une reprise de tweet tweet tweet, peut-être la première fois que ce morceau est jouée avec des musiciens sur scène, et la rencontre est pour le moins réussie, le titre original correspondant idéalement à ce qu'exécutent habituellement les cinq parisiens. Cela permet également d'offrir une autre vision du morceau, en forme d'apothéose à un concert qui aura laissé sur place beaucoup de sueur, de bière, mais aura surtout confirmé pour la énième fois la place centrale que Frustration devrait tenir dans le paysage rock français... Bonne nouvelle : il n'y aura pas aussi longtemps à attendre avant de les revoir, puisqu'ils participeront au festival punk de l'été, au Gibus, le 2 août !
Set-list :
- Insane
- Dreams laws rights and duties
- Midlife crisis
- It's gonna be the same
- We miss you
- Uncivilized
- No trouble
- Even with the pills
- Cos you ran away
- Empire of shame
- Excess
- Angle grinder
- Minimal wife
- Assassination
- Mother earth in rags
- The drawback
- Tweet tweet tweet
Pour le coup, le changement de matériel n'est pas bien long, puisqu'en ôtant tous les instruments et amplis de Frustration, il n'y a qu'à ramener un petit laptop, le brancher sur ampli, installer le micro, et Sleaford Mods peut arriver. Le duo, que l'on avait vu il y a un an à Pantin, n'a pas changé ses habitudes, puisqu'il est composé d'un lanceur de musiques, qui ensuite peut se contenter de dansouiller lentement en souriant niaisement et en buvant sa (puis ses) bière(s), et d'un chanteur-harangueur qui reste souvent accroché à son pied de micro, et si cette description peut ne pas faire rêver, la présence vocale autant que physique de Jason, responsable des paroles et leader du groupe, est vraiment impressionnante. Même s'il m'est impossible de reconnaître le premier titre, il est du même acabit que ceux qui vont suivre, c'est-à-dire qu'il appuie le phrasé à la fois coulant et brutal de Jason sur des musiques à la rythmique mécanique, à la basse lourde, et dont le côté répétitif est, pour le coup, essentiel à la tenue des morceaux. Certains diront qu'ils se contentent d'apprécier le groupe sur disque, il n'empêche que je trouve que la version live apporte un vrai plus, la gestuelle de Jason (dont son tic consistant à se brosser rapidement le côté droit de la tête avec la main), l'emprise qu'il réussit à imposer à l'ensemble des spectateurs sont à montrer à tant de peu charismatiques chanteurs, et si l'utilisation d'enregistrements ne laisse aucune place à la faute ni à l'improvisation, on sent que ces musiques sont un poil boostées pour la scène par rapport aux versions originales, et si le dernier album en date "key markets" se taille la part du lion avec plus de la moitié des titres, ses prédécesseurs ne sont pas oubliés, et on constate que les titres issus de ceux-ci ont éventuellement pas mal évolué. Le public, dans les mêmes dispositions que pour le concert précédent (au niveau vol de bières et envahissement récurrent de la scène), semble connaître la discographie du groupe par cœur, puisqu'il s'agite dès les deux premières secondes de chaque titres, ce qui fait visiblement plaisir à Jason, heureux de ressentir autant de bonnes réactions dans la salle. Ce punk/hip-hop, qui pourrait paraître facile sur le principe, est pourtant très travaillé, le partage entre musique et impact des mots et du phrasé aboutit à des morceaux d'une puissance folle, et si l'ironie souvent présente dans les textes peut passer à l'as pour nos oreilles peu anglophiles, cela n'empêche pas d'apprécier le spectacle. La performance physique de Jason est également à noter, car tenir à bout de voix une salle comme cela sans quasiment s'interrompre pendant 62 minutes est un travail de force, et si le dernier titre permet de comparer la reprise effectuée par/avec Frustration précédemment avec l'orchestration originale de tweet tweet tweet (je dois avouer que le minimalisme conserve ma préférence), on comprend qu'il n'y ait pas de rappel, le duo doit conserver ses forces et sa voix pour les concerts à venir... Confirmation donc, pour mon compte, de la puissance du groupe, le duo montrant en même temps son côté je-m’en-foutiste et sa force, et si le groupe anglais veut bien conserver son rythme d'une date parisienne par an, cela me conviendra tout à fait, cela lui laissera dans le même temps l'occasion de sortir encore d'autres pépites !
Set-list :
- ??
- Arabia
- Bronx in a six
- Live tonight
- No ones bothered
- Face to faces
- Fizzy
- Tiswas
- Giddy on the ciggies
- In quiet streets
- Silly me
- The blob
- Tied up in nottz
- Kill it clean
- Showboat
- Jobseeker
- Tarantula deadly cargo
- Tweet tweet tweet
Après avoir récupéré ses esprits, et consulté sa montre, il faut se résoudre à quitter les lieux, sous peine de devoir rater les derniers transports en commun, mais on ne regrettera vraiment pas de s'être déplacé ce soir, cela fait du bien de sentir des groupes aussi impliqués et un public aussi réactif (il n'y avait pas que du négatif dans la fosse !).
La suite, ce sera mardi, dans le cadre du même festival, au Cabaret Sauvage pour le coup, avec le retour de Protomartyr.